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civilisations énervées. Craignons que dans l’instinct qui depuis la lin du dix-buitièrae siècle porte nos imaginations vers la nature, il n'y ait un peu de la lassitude et de l'impuissance de ces empereurs devenus jardiniers et de ces voluptueux devenus anachorètes. Les enthousiasmes rustiques des contemporains de Rousseau et de Rousseau lui-même tiennent beaucoup du goût des vieillards pour l’inaction et la retraite, et de celui des épicuriens blasés pour les mets et les senteurs agrestes.
Dans Rousseau , malgré ses prétentions opposées, l’amour de la nature est solidaire d'un certain amollissement de la volonté et du coeur. Il se lie à celle réaction dont il est le plus éloquent organe contre le monde et les sentiments héroïques, contre les anciennes vertus, les anciens devoirs et les classes qui, jusqu'alors, les avaient représentés. Une morale nouvelle, le contraire du stoïcisme antique et de l’ascétisme chrétien, une morale qui donne aux actions des hommes le sentiment, c’est-à-dire la passion pour mobile et pour juge, commence à Rousseau. Cette morale envahit le monde avec les classes nouvelles dont elle émane. Si les poètes tiennent à ne pas se faire les complices de cette décrépitude que la foule prend pour de la jeunesse, ils doivent tenir leur goût inné pour les magnificences de l'univers visible sous la sévère domination du sentiment de l’idéal et de la pensée morale et religieuse. Il faut qu’a travers toutes ces voix de la rêverie la fibre héroïque frémisse sans cesse, qu’elle soit prête au besoin à couvrir toutes les autres de ses vibrations, et que les notes les plus mélodieuses, ajoutées depuis quarante ans à la lyre de la France, n’étouffent pas dans notre cœur les mâles échos du grand Corneille.