I. Michelet, Introduction à Vllitloire universelle
U POÉSIE ALLEMANDE
l’Australie, occupe sur le globe les territoires les plus variés.
Mais c’est surtout comme source d’idées que l'Allemagne est a l’Europe ce que l’Inde fut pour tout l'Occident. Une même tendance au panthéisme consacre, à des milliers d'années de distance, la fraternité de ces deux branches de la grande famille aryenne. Dans ce vague et fécond génie, les systèmes les plus divers coexistent et se développent ù travers le monde des idées, de même que les innombrables tribus de cette race se propagent à travers les continents et les îles. Commune à tous les Aryens, cette tendance au panthéisme est restée dans l’Occident plus particulière à l’Allemagne, comme en Orient elle est le caractère essentiel de l'Inde. Un sentiment de la nature plus profond et plus religieux, une allinité plus persistante et plus étroite de l’âme humaine avec tous les objets de la création qui lui semblent animés comme elle : voilà ce qui donne à l'esprit allemand, à la suite de l'esprit indien, sa plus grande puissance de poésie.
Les vieilles mythologies germaniques appartiennent, comme celles de l'Inde, aux religions de la nature. Elles ont gardé beaucoup plus que la mythologie grecque l’empreinte de leur origine orientale et panthéiste. C’est dans les traditions des tribus Scandinaves , restées payennes beaucoup plus longtemps que les autres, que se sont conservés, pour nous, les monuments les plus certains de l'ancienne religion de cette famille humaine.
Il ne saurait entrer dans notre plan de faire revivre ici l’ancienne religion des races germaniques. L’érudition la plus avancée n’a pas encore pleinement éclairci ce sujet.
ES MYTHOLOGIES OEllMANIQUKS. *!>»
L’impression qui résulte de ces mythes et de ces légendes, est celle de leur parenté avec les mythologie* de l'Inde et de leur origine naturiste. Le mythe solaire est le centre de toutes ces fables, comme dans la plupart des religionsaryennes. Elles se rattachent par 1 idée d’une triade divine, d’un Dieu sacrificateur et victime, expiateur et vainqueur du mal, aux traditions les plus saintes du genre humain. Les dieux principaux , par leur nombre, leurs attributions, présentent aussi certaines analogies avec les dieux grecs. Mais on perçoit, à première vue, dans les légendes germaniques le produit d’un climat plus âpre, d’une race plus barbare et plus profondément imprégnée de panthéisme.
Les dieux de l’Edda conservent la monstruosité colossale des dieux de l’épopée sanscrite. Les formes animales, végétales, inorganiques, les éléments les plus vagues se mêlent dans leur structure à la forme humaine. Les héros eux-mêmes, les demi-dieux, les personnages de la légende, ceux même de l’épopée, se revêtent indifféremment de la forme animale ou de la forme humaine. Dans les Sagas islandaises, qui nous présentent sous leur forme la plus antique et la plus primitive les traditions sur lesquelles repose l’épopée des Nicbelungen, c'est par le meurtre de la loutre Ottur et le rapt du trésor enlevé au brochet Andvari, deux nains, deux divinités amphibies, que s’ouvrent les aventures terminées par le massacre des héros burgondes à la cour d Attila.
Il est facile de suivre, dans l’épopée germanique, les traces des divers mythes rattachés au culte du soleil, si répandu chez les Aryens. La victoire du Sigard Scandinave, du Sigfried allemand sur le Dragon, c’est-à-dire sur le nuage, se retrouve dans la légende de l’Apollon
LA H0ES1E ALLEMANDE
grec, du Karna indien, de l'Ormuzd persan, dans toules les traditions indo-européennes. Les dieux et les demidieux germaniques sont pour la plupart, du moins à l'origine, des symboles des divers phénomènes de la création; ils se sont successivement modifiés de quelques trails empruntés à l'histoire de la race, mais sans jamais acquérir celte parfaite humanité, ce complet anthropomorphisme des dieux grecs.
Une profonde différence les sépare pourtant des dieux indiens et de toutes les ligures créées par le panthéisme des brahmes. Cette différence est la même qui caractérise les races énergiques de l'Occident, en particulier l'héroïque famille germaine, et les distingue de ces races passives de l'Inde, endormies depuis des siècles dans un panthéisme énervant. Les dieux et les héros Scandinaves sont pourvus d'une indomptable personnalité. Leur férocité dépasse tout ce qu'on rencontre chez les races les plus barbares. Les plus grandes cruautés des religions helléniques ne sont que jeux dcnfants à côté des atrocités au milieu desquelles se complaisent Odin,Thor, tous les personnages de l'Edda, comme plus lard les héros des Niebelvngen. Mais certains traits de l'héroïsme, absent des fables grecques, se montrent au plus haut degré dans cette poésie : un mépris absolu de la mort, la dignité de la femme et une sorte de loyauté sauvage qui deviendra le point d’honneur chevaleresque. Le carnage est la suprême volupté des héros Scandinaves. Les dieux grecs sont moins sanguinaires; ils sont aussi moins chastes. Les héros d'Homère ne cherchent pas le danger pour lui-même et indépendamment de la pensée des biens qu’il s’agit de conquérir. Les guerriers, les dieux destructeurs, dans les épopées indiennes, tuent el