OUE FAUT-IL ENTENDRE PAU L'IDÉAL
hommes, nous avons prononcé le nom de Jésus. Saluons* le d’un acte d'adoration et d'amour.
Ainsi, sans l’avoir ni prévu, ni cherché, en obéissant à la logique d’une âme sincère, à travers une simple critique d'art librement faite et sans parti pris, nous arrivons à conclure par une profession de foi religieuse. Il est impossible d’éviter pareille conclusion dans un sujet sérieux. Tout dans l'ordre poétique et moral, dans ce qu'on appelle l 'esthétique, tout dérive de l'idée religieuse; tout y aboutit forcément. Les esprits superficiels sont seuls à le méconnaître; les timides aiment à le dissimuler. A l’heure où nous sommes, toutes les forces de l’esprit humain semblent portées sur la question religieuse, toutes les haines, toutes les lâchetés, toutes les injustices de parti la prennent pour prétexte. Ne nous en plaignons pas; ce retour des passions religieuses fait la grandeur de notre temps. Le besoin de l’idéal a reparu ; la soif de Dieu s'est rallumée parmi les hommes, puisset-elle ne plus s'éteindre ! Que chacun accepte franchement sa part de travail et de blessures dans cette lutte sacrée. Nous rougirions de ne pas proclamer, en finissant, le mot qui peut nous dénoncer aux adversaires acharnés du catholicisme et dont le soupçon sullit à désigner la poésie la plus indépendante à tant d'amères ou puériles critiques. Ce mol n'était pas indispensable au bout d'un livre conçu au seul point de vue de la philosophie et de l'histoire. Nous avons écrit en face de la nature et des faits, oubliant toute autre autorité que celle de la raison ; le plus libre penseur peut signer le volume, en déchirant la dernière page, s'il est peu conséquent ou trop soucieux delà popularité. Nulle influence étrangère à la pure logique ne nous a guidé ; nous avons
suivi docilement le cours irrésistible de notre pensée; c'est la nature elle-même qui nous a conduit au surnaturel, et l'évidence du surnaturel à l’évidence du christianisme.
lCpris des fêtes splendides que donnent les forêts et les montagnes à l'imagination et au cœur, attiré par le prestige de la beauté visible, par les promesses de révélations que fait à l’homme cet éblouissant univers, nous avons vécu dans l'intimité du monde rustique. Il nous a enseigné tout ce que nous savons de l'éternelle poésie. C’est devant lui que notre pensée s'est ouverte, au rayonnement de l'invisible idéal. Nous avons suivi à travers l'histoire la marche du sentiment poétique poursuivant cet invisible au fond de la nature et s'approchant chaque jour davantage de la vraie notion de l'idéal, en faisant une part plus large à la conscience humaine et à la liberté. Au-dessus des magnificences du monde extérieur, les grandeurs de l’ânie et de la personnalité libre nous sont apparues comme la raison d'être et la fin de toutes ces merveilles visibles. Ainsi, commencé au milieu de l'enivrement des solitudes alpestres, dans la société des chênes et des bruyères, continué dans la conversation des grands morts sur les hauteurs de la poésie, ce livre est achevé aux pieds du Christ.