‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 22 sur 68 · CONSONNES · texte numérisé non relu

CONSONNES

Le tableau ci-dessus nous montre que dans les vers plus harmonieux l'égalité tend à s'établir le plus souvent entre le nombre des voyelles et celui des consonnes ; et si parfois il se produit une différence sensible, c'est plutôt par suite d'un excédent de voyelles. Dans les vers moins harmonieux, au contraire, nous constatons qu'il y a toujours une grande inégalité entre le nombre des voyelles et celui des consonnes, et jamais au profit des premières. Or, puisque les voyelles et les consonnes sont des éléments phoniques très divers, l'égalité approximative, que nous observons entre elles dans les vers plus harmonieux, est la preuve que dans ces vers il y a beaucoup de variété entre les sons et les articulations. Et si parfois l'équilibre se rompt entre le nombre des voyelles et celui des consonnes, il est naturel que ce soit au profit des voyelles, qui, étant des, sons, ont un caractère musical, et non pas au profit des consonnes, qui sont des bruits'.

I. Si les « sons » ont un caractère musical que n'ont pas les « bruits », c'est que dans les premiers les vibrations des sons partiels se trouvent dans un rapport simple avec les vibrations du son fondamental, tandis qu'il n'en est pas de même dans les seconds.

Mais nous devons pousser plus loin notre analyse, en examinant si dans les vers plus harmonieux il n'existe pas aussi une variété plus grande que dans les autres vers entre les voyelles ou les consonnes qui se suivent. A vrai dire, il arrive très rarement que deux voyelles soient en contact ou que deux consonnes se succèdent immédiatement. Néanmoins nous nous croyons permis de considérer que deux voyelles, simplement séparées par une demi-consonne, ou deux consonnes, entre lesquelles s'intercale seulement une demi-voyelle, sont des voyelles et des consonnes à ce point rapprochées qu'on les peut dire successives.

Dressons donc tout d'abord la liste des successions de voyelles dans les deux groupes de vers que nous étudions :

ija, at}, ejc

ei}

éjq, il

éja, âiii, if

owé, ije

aje

im

Comme on le voit, nous trouvons dans le premier groupe de vers un plus grand nombre de voyelles successives que dans le second : résultat qu'il était facile de prévoir, puisque nous avions déjà constaté dans les vers plus harmonieux un excédent de voyelles. Or les successions de voyelles, en raison de leur caractère musical, sont évidemment plus favorables à l'harmonie du vers que les successions de consonnes. Encore faut-il, pour ne pas nuire à l'harmonie, que les voyelles rapprochées remplissent certaines conditions. Avant tout, il est nécessaire qu'elles appartiennent

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