‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 61 sur 68 · I. Plotin. VI^ Ennéade/\i\rc l · texte numérisé non relu

I. Plotin. VI^ Ennéade/\i\rc l

il n était plus lui-même, s'il faut le dire, mais plongé dans le ravissement ou l'enthousiasme. » De même, le plaisir, que Ton goûte dans la contemplation de la nature, ne résulte-t-il pas de l'éparpillement de notre âme à travers les choses extérieures? J.-J. Rousseau*, qui a souvent connu cet état, l'a fort bien décrit : « Je ne médite, dit-il, je ne rêve jamais plus délicieusement que quand je m'oublie moi-même. Je sens des extases, des ravissements inexprimables à me fondre pour ainsi dire dans le système des êtres, à m'identifier avec la nature entière. » Et l'ivresse des étreintes amoureuses ne consiste-t-elle pas aussi dans la pénétration intime de deux êtres, qui perdent l'un et l'autre la conscience de leur individualité? « Une heure, a dit Renan ^ en parlant de l'amour, où l'être le plus méchant a un mouvement de tendresse, oii l'être le plus borné a le sentiment d'une communion intime avec l'univers, est sûrement une heure divine... La sensation immense qu'il éprouve, quand il sort ainsi de lui-même, montre qu'il touche véritablement l'infini. » Ainsi au. fond de toutes nos émotions les plus fortes nous retrouvons une jouissance de nature panthéis tique. Et nous connaissons maintenant la cause principale du plaisir qui s'attache au sentiment poétique.

Mais il convient d'approfondir ce dernier point et de nous demander pour quelles raisons la suppression passagère de notre personnalité nous cause une joie, si profonde. D'abord souvenons-nous que, pour maintenir toujours en un faisceau solide l'ensemble de nos états de conscience, il nous faut faire un effort sans cesse renouvelé. C'est

I. J.-J. Rousseau. Rêveries d'un promeneur solitaire f']^ promenade). 3, Renan. Examen de conscience philosophique (Revue des Deux Mondes, i5 août 1889). Publié d^ns Feuilles détachées (p. 4a3-424)-

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