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Le sentiment et la pensée

L’étude qui suit a pour objet la recherche et la détermination au moins approximative des rapports principaux qui peuvent exister entre le sentiment et la pensée, ces deux mots étant pris dans leur sens le plus communément accepté, le premier désignant les phénomènes de la vie affective et dont l’origine, du moins chez l’individu, est subjective ou interne, le second désignant les phénomènes de la vie représentative et dont l’origine est externe ou objective.

Cette recherche dérive logiquement des travaux de la psychologie expérimentale contemporaine qui possède dès à présent, sur le mécanisme de la pensée, des notions très nettes et quelques théories qui peuvent être considérées comme très satisfaisantes, sinon définitives. Considérés dans leur ensemble, les résultats acquis laissent entrevoir que la pensée ne se suffît pas à elle-même, que les lois qui la régissent

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sont dépendantes d’autres lois plus profondes, en un mot que la tendance encore assez forte aujourd’hui, surtout en Allemagne, à considérer la pensée comme la source unique de toutes les manifestations psychiques et à n’attribuer au senliment qu’une origine dérivée et une importance secondaire (intelligence diffuse) doit être abandonnée ou au moins très modifiée, le problème devant prendre une orientation nouvelle et, en un sens, opposée.

Les lois fondamentales de la pensée ont pu longtemps se résumer par la théorie de l’association des idées, théorie très large en apparence et dont les travaux de détail ne faisaient qu’étendre l’application.

Mais le point faible de la théorie de l’association des idées c’est qu’elle ne s’explique pas elle-même. Elle montre comment les représentations mentales se groupent et se reproduisent, mais elle ne donne pas le 'pourquoi de ce groupement et de cette réviviscence. Cet agent de l’association des idées qui ne se trouve pas dans la pensée, il était naturel qu’on le cherchât ailleurs, et on ne pouvait le chercher que dans le sentiment, forme opposée et complémentaire de la vie consciente. C’est en ce sens que se dirigent la plupart des travaux contemporains et celui que nous essayons n’est que l’application d’une idée souvent formulée dans le courant de ces dernières années.

Cependant le problème des rapports du sentiment

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et de la pensée n’aurait pas pu se poser ici d’une façon bien nette et qui permît d’entrevoir un commencement de solution si, en outre des nombreux travaux sur des questions psychologiques qui ont préparé la question, les recherches récentes sur les mouvements n’avaient permis de la transporter sur un terrain nouveau, en accentuant, du reste, sa couleur psycho-physiologique.

Le rôle des mouvements en physiologie avait été ignoré jusqu’au jour où l’on se préoccupa des réflexes médullaires. Déjà, en 1784, Prochaska s’était demandé s’il n’y avait pas une âme de la moelle. Vers 1850, Laycock et Carpenter reprirent la question et émirent l’opinion (dont on a tiré par la suite un si grand par ti) que le réflexe est le type de toute l’activité nerveuse et, par suite, de toute l’activité mentale. Hulings Jackson généralisa cette théorie. Herbert Spencer en fit une des bases de sa psychologie. Vinrent ensuite les recherches sur les localisations cérébrales qui permirent d’avancer l’opinion (encore invérifîée mais très vraisemblable) que tons les centres sont sensorimoteurs. Il y eut alors une véritable réaction pour restituer à l’étude des mouvements leur importance réelle. Les généralisations se formulèrent bientôt; en Amérique, d’abord, où M. Warm essaya d’expliquer les émotions par les seuls mouvements sans tenir compte des événements psychologiques, et plus récem-

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ment, en Angleterre, où M. Mercier prétendit éliminer les phénomènes de conscience de toute la psychologie.

Ces dernières tentatives, sous leur apparente étrangeté, offraient un grand intérêt. D’abord elles étaient très conformes à l’hypothèse qui est à la base même de toute recherche de psycho-physiologie; c’est à savoir que tout fait de conscience s’accompagne d’un phénomène corporel réductible, en dernière analyse, à des mouvements, et qu’il n’est pas interdit d’essayer de trouver à to,ut sentiment et à toute pensée un équivalent moteur , ensuite elles utilisaient implicitement cette autre idée émise depuis, après de nombreuses expériences, par M. Pierre Janet1, que partout où il y a vie, il y a conscience.

Si, en effet, parlout et toujours la conscience accompagne la vie, et si la vie se réduit à des mouvements — qui ne diffèrent des mouvements inorganiques que par une complexité plus grande et une forme de groupement particulière appelée adaptation — on pouvait rapprocher les lois qui régissent ces combinaisons de mouvements de celles qui président au groupement des faits de conscience. Considérés en eux-mêmes, le sentiment et la pensée nous laissent mal reconnaître leurs rapports réciproques. Mais si nous remarquons qu’un sentiment s’accompagne constamment de phénomènes organiques, ou mouvements (battements du cœur, constrictions

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