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Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à Eschyle

Sous ce titre un peu général je me décide à présenter ici une suite d’idées que depuis longtemps déjà j’ai essayé d’exposer à l’Ecole normale. Je ne sais si je me fais illusion, mais il me semble qu elle aide à comprendre le génie grec. Cet ensemble de conceptions morales et religieuses , déjà si frappant dans Homère et dans Hésiode, et qui aboutit au drame d Eschyle, renferme, je crois, les deux principes les plus féconds qu'il y ait eu en Grèce, on pourrait dire dans le monde civilisé : le sentiment de la vie et le sentiment de l’harmonie. On ne peut nier qu’ils aient été les causes déterminantes de la façon dont les Grecs ont envisagé la divinité et l’homme.

Dans la religion, le sentiment de la vie a eu pour effet de leur faire animer la nature qu’ils adoraient

INTRODUCTION

primitivement. La matière inerte, ou le mouvement automatique qui produit les divers phénomènes, ne pouvait leur suffire. Ils ont transformé l’objet de leur culte au point de lui prêter l’activité volontaire du corps organisé et la mobilité infinie de la passion et de la pensée. Quand leur attention s'est reportée sur eux-mêmes, ce qu’ils ont senti le plus profondément, e’est leur propre énergie. Par cela même qu’ils ont eu conscience de leurs facultés naturelles, ils n’ont que mieux mesuré les entraxes qui en arrêtaient l’expansion; mais aussi ils ont eu foi en eux, ils ont aspiré à liberté, ils ont été poussés par l’espérance vers le progrès.

La vie, pour un Grec, n’est pas uniquement le mouvement sans cause ni sans but. Lin être vivant, c’est un être organisé; la vie y est le résultat du jeu des organes qui s’aident et se complètent les uns les l autres. Chacun a sa fonction déterminée, à laquelle il suffit sans en dépasser la fin; chacun subordonne ou unit son action à celle des autres; et de ce concours ainsi que de cette appropriation il résulte un tout animé et complet, dont la vue, suivant la remarque d’Aristote', produit un genre de plaisir particulier. Ce plaisir n’est autre que la jouissance que le senti -

Ainsi, chez les Grecs, le sentiment de la vie est inséparable de celui de la mesure, de la proportion, de l’harmonie. Or ce second sentiment a chez eux une puissance vraiment merveilleuse.

De très-bonne heure ils conçoivent un système re-

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