CHAPITRE I
LE DITBYHAMBE.
Qu’était-ce que te dithyrambe tragique? — Ses rapports probables avec le thrène. — Le thrène do la tragédie. Les lamentations de l’épopée indienne. — Le dithyrambe lénéen. — Importance croissante de la divinité de Bacchus dans les fêtes athéniennes, vers la fin du sixième siècle.
L’esprit du culte de Bacchus, tel qu’il se reconnaît dans les Mystères et chez les Orphiques, existait-il à la fin du sixième siècle dans le dithyrambe? Sans entrer bien avant dans les obscures questions d’origine et de chronologie, on peut affirmer que dès le principe, le dithyrambe, le chant propre de Bacchus, avait une parenté avec les chants consacrés au culte des héros, et qu'il était l’hymne enthousiaste par excellence.
Le souvenir de Stésichore nous a montré dans la Grande-Grèce, comme ornement principal des fêles célébrées en T honneur des héros, des chants développés d'un caractère pathétique; et, d’un autre côté, nous avons remarqué qu'une partie considérable des légendes de Bacchus le présentait sous le même aspect que les héros. Or la tradition la mieux établie au sujet
LE DITHYRAMBE. 371
d'Arion le fait aller successivement à Tarente et à Corinthe, et inventer, ou tout au moins perfectionner dans cette dernière ville le dithyrambe' : n’est-il pas vraisemblable que l’éclat de ces fêtes héroïques qu’il avait vues dans la Grande-Grèce, lui ait suggéré la pensée d’en transporter quelque chose dans le culte poétique d’un dieu qui était le premier et le plus merveilleux des héros ?
Quelle que soit la valeur de la supposition que je hasarde ici, le rapport qu’elle tend à établir est suffisamment attesté dans une autre ville dorienne, à Sicyone, par un passage d’Hérodote qu’on a souvent cité*. L’historien* y constate, vers l’époque d’Arion, l’existence d’un culte solennel rendu par des chœurs tragiques au héros Adraste. Le tyran Clisthène, considérant, à ce uu’il paraît, Adraste comme un allié de l’aristocratie avec laquelle il est en lutte, le dépouille de ses honneurs, les transfère en partie au héros Théhain Mélanippe, qu’il a fait venir exprès de Thèbes, dit Hérodote, comme le mortel ennemi de l’antique roi d’Argos, car dans la guerre des Sept Mélanippe lui avait tué son frère Mécistée et son gendre Tydée : quant aux chœurs tragiques, il les restitue ou, suivant une autre interprétation du mot grec (Amiiaxi), il les attribue à Bacchus.
Qu’était-ce que ces chœurs tragiques? Quand même on y reconnaîtrait, à la suite de Bœckli, une tragédie lyrique, très-antérieure à la tragédie dramatique et destinée à se perpétuer à côté d’elle, ils auraient né-
1. Hérodote, I, 23. Aristote, a/). Procl. Chreslom., p. ’i 1 9 sqq. (I.ips. 1832). - 2. V, 67.