‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 132 sur 205 · I.E DITHYRAMBE · texte numérisé non relu

I.E DITHYRAMBE

fêtes de certains liéros et d’une divinité, c’est ce qui s’explique par l'esprit propre de ces fêtes et par le caractère d’une antique poésie dont les chœurs tragiques ou dithyrambiques recueillirent la tradition. 11 s’agit en effet d'honneurs rendus à des héros qui ont été éprouvés par les revers ou par les souffrances, dont la mort a été, comme celle d’Adraste, causée par la douleur morale. La tristesse se mêle donc à cette gloire qui les désigne aux hommages de la postérité : comment célébrer leur vie sans rappeler ces disgrâces du sort? Comment ne pas s’y attacher au contraire, comme à des liens sympathiques et douloureux entre ces puissances du monde infernal et les hommes qui invoquent leur protection? Bacchus, arraché au milieu des flammes du sein de sa mère foudroyée, menacé dans son enfance par des rois ennemis, déchiré même, suivant une légende, par des divinités jalouses, exposé enfin, avant son triomphe définitif, à tous les périls des divers éléments et même du Tarture, sollicitait bien plus vivement encore les témoignages d’affliction de ses adorateurs.

D’un autre côté, la poésie grecque, dès sa naissance, avait pleuré la destinée d’êtres légendaires qui personnifiaient tout ensemble les tristesses humaines et les souffrances apparentes ou les influences funestes de la nature. Ainsi s’étaient formés de toutes parts des chants populaires, par lesquels les hommes soulageaient leurs âmes et conjuraient la colère de la mystérieuse divinité qui pouvait frapper leurs champs de stérilité ou tarir en eux-mêmes les sources de la vie. A l’époque de la moisson et des ardeurs meurtrières de la Canicule, retentissaient dans les plaines

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de la Grèce les chants plaintifs de Linus, auxquels semblaient répondre de tous les rivages de l’Asie- Mineure, de la Syrie et même de l’Egypte les harmonies à demi barbares des chants de Bormos, de Lit) ersès, d’Adonis, do Manéros: sorte de concert, variant de l’expression de la mélancolie à celle du désespoir, que formaient toutes les races, unies dans un même sentiment de crainte et d’adoration en face de la puissance universelle qui les tenait dans son étroite dépendance.

Des phénomènes de la nature, le gémissement de Linus {Ælinus, OEtolinus ) passa aux calamités humaines. « Chante Ælinus, Ælinus, et puisse le bien l’emporter : » tel est le refrain qui retentit dans le premier chœur de Y Agamemnon d’Eschyle au milieu des présages et des prédictions qui accompagnent le départ du roi et lui promettent une victoire si chèrement payée. En même temps se constituent les chants des funérailles, les tlirenes, que la muse grecque paraît avoir commencé à façonner dès l âge épique, au moment où l’idée de la gloire, ennoblissant la mort comme la vie, désigna aux regrets des objets mieux déterminés et adoucit la douleur de la famille ou de la cité par le sentiment de son illustration. « Auprès du bûcher et du tombeau d’Achille se tinrent les vierges de l’Hélicon, répandant sur lui une lamentation, honneur immortel, » dit Pindare1. Homère avait représenté la scène complète, en montrant autour des Muses Thetis, accompagnée des Néréides, et toute l'armée achéenne sous le charme do la divine mélodie.

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