I. hlhm., Vil
LE DITHYRAMBE
Voilà le tlirène poétique à son origine. Il se développera suivant les tendances du génie grec, empruntant à l’Asie .Mineure, pour les régler par un art plus délicat, des effets plus puissants d’harmonie musicale, se confiant d’abord principalement à l’élégie, puis s'élevant jusqu'à revêtir les formes souples de l’ode de Pindare, ou même jusqu’à remplir la scène tragique de ses pathétiques effusions.
Pour les races douées d'une imagination vive, il y a\ait une abondante source de poésie dans ce sentiment naturel de douleur que fait éprouver la perte d’un être cher ou d’un personnage illustre. Chez les Hindous comme chez les Grecs, il inspira de belles scènes à la grande épopée. La partie la plus héroïque du Maliabharala a pour couronnement une immense lamentation des femmes qui se répandent sur le champ de bataille semblables à des troupeaux de cavales, le remplissent de leurs appels passionnés et disputent en gémissant les restes de leurs époux et de leurs lils aux chacals et aux oiseaux de proie. Dans l’autre grand poème, après la victoire décisive de R'âina, quand le roi de Lanka, Ràvana, le ravisseur de Si ta, a péri sous les flèches divines, il est pleuré par les femmes de son gsnécée, et c’est le sujet d’une belle scène qui fait songer à la tragédie grecque'.
Elles s'élancent, les cheveux épars, toutes souillées de poussière, se frappant de leurs bras tout brillants d’or la tète et la poitrine, « éperdues comme des génisses après la mort du taureau. » O époux ! 6 protecteur! elles font retentir de ces cris le champ de ba-
1. Bamayana, Yuddhacanda, cliap.xciv. xcv. Les traductions qu’on va lire sont faites d’après la version de Gorresio.
LE DITHYRAMBE
taille, couvert de sang et de cadavres, au milieu des chacals et des vautours, au bruit du croassement des corbeaux. Elles trouvent enfin leur seigneur et a se laissent tomber sur son corps comme des plantes de la forêt subitement coupées. » Elles enlacent leurs bras autour de ses membres, embrassent ses pieds, s’attachent à son cou. Celle-ci lève les bras au ciel, puis se roule sur le sol; celle-là contemple ce visage inanimé et s'évanouit ; une autre laisse tomber sa tête sur son giron et éclate en sanglots ; et de ces groupes divers s’élèvent des lamentations, où le souvenir des exploits de ce guerrier qui avait fait fuir Indra et Varna’, frappé d’effroi les Rischis, les Grandharvas et les Souras, fait place à des plaintes contre celte obstination et cette violence funestes qui ont causé une si terrible catastrophe, pour aboutir à une triste glorification de la puissance du destin : « 11 est trop vrai, ô héros des Racshasas, que la cause efficiente d’un si grand malheur n’a pas été ton amour; c est le destin qui suscite toute chose, et toute œuvre humaine est combattue par le destin... Ni trésors, ni caresses, ni ordres, ni force aucune ne peuvent arrêter ici-bas le cours du destin. »
Mais du chœur se détache un personnage principal. Pendant ces lamentations, la plus noble, la plus belle et lapins aimée des femmes de Ràvana, Mandaudari, contemplait son époux avec tristesse. Elle fait entendre à son tour une longue plainte, douloureuse et passionnée, où se succèdent la stupeur, l’indignation, le désespoir, où domine l’expression de l'amour :