VI
J'ai revu le jardin autour de la maison, Il est plein de zéphyrs et plein d'oiseaux encore Et le même treillis, n'importe la saison, Laisse passer Vénus, Sirius et l'Aurore.
Mais le gazon qui pousse et le chemin sablé. Du lac et du bassin le familier rivage, Et cette belle fleur plus jaune que le blé, Ne reconnaissent plus mes pas ni mon visage
vil]
Le jour à son déclin semait tout le couchant D'un fiocon velouté de couleur amarante. Seul sur le quai désert, immobile ou marchant. Je laissais sur la mer aller mon àme errante.
O misère! ô destin! Je me pris à songer, Et j' avais à la bouche une fade amertume . . . Mais la vague en courant montait pour se briser Dans le joyeux élan de ses éclats d'écume.
Quand de hi tragique vie Se condense l'épaisseur, L'âme se sent assouvie De tendresse et de douceur
Mais soudain la flamme brève D ' un mystérieux trésor Illumine , et dans un rêve La bouche sourit encor ;
Et d ' espérance s ' égaie Notre ancienne douleur , Comme se pare une haie Apre d ' une jeune fleur .
Aujourd'hui ma pensée erre sur le Céphise
Et je soupire après
Les pâles oliviers et la cime indécise
Qu'élance le cyprès.
Mais que me font mes yeux, qu'ai -je à marquer la trace
De mes pas terriens?
O mon âme, ô torrent, c'est l'absence et l'espace
Qui forment vos liens.
Mon cœur n'est plus le rameau tendre Qui reverdit sous le ciel bleu; Il n'est plus même cette cendre Qui couve encore un sombre feu.
Mais ma blessure est si profonde, Virgile, ô Dante, mes aïeux!
Que j'envelopperai le monde Dans un amour plus orgueilleux.