‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 12 sur 73 · A. OBSERVATION DE L^ÉOTINOXE DU PRINTEMPS, ETC · texte numérisé non relu

A. OBSERVATION DE L^ÉOTINOXE DU PRINTEMPS, ETC

»et Ton a insisté sur les apparences contraires qui s'offriront d'abord du 16 au 19 mars, »puis du 22 au 24, parce qu'un léger défaut dans l'orientation des faces de la py- >ramide, ne les empêchera pas de se réaliser.»

Les observations eurent lieu, comme M. Biot l'avait désiré, et, le 26 mars suivant, j'écrivais du Sérapéum à M. de Rougé la lettre que voici :

Sérapéum, le 26 mars 1853.

«Monsieur,

«Par des circonstances indépendantes de ma volonté, je n'ai pu me trouver que >dans la matinée du 18 mars aux Grandes Pyramides, pour faire les observations >que vous m'avez demandées au nom de M. Biot par votre lettre du 19 décembre. »Ces observations ont duré jusqu'au 26 mars. Pendant ces huit journées, j'ai noté »avec soin les phénomènes qui se sont produits, et je me hâte de vous annoncer »que j'ai été surpris de voir les prévisions de M. Biot si bien vérifiées, quoique ^cependant, comme vous allez le voir, je suis obligé de faire quelques réserves.

«En effet, si, après un examen attentif, ma conviction est que les données de >M. Biot sont exactes, quant aux levers et aux couchers du soleil, je dois cependant » déclarer qu'il m'a semblé que le soleil s'est toujours placé, surtout à son lever, ^quelque peu au sud de l'endroit où, d'après les instructions de M. Biot, je m'atten- »dais à le rencontrer. Cette différence entre la théorie et les faits peut tenir à » diverses causes qu'il est utile de vous faire connaître.

«La première de ces causes a été la difficulté de trouver sur la pyramide elle- -même quatre points fixes qui m'auraient permis d'obtenir deux lignes immobiles ^auxquelles je devais rapporter toutes les observations à fah-e. D'après la note de >M. Biot, j'avais à prendre ces points fixes aux angles mêmes de la pyramide, à >leur intersection avec les quatre bases. Mais de ces points, l'observation des levers >et des couchers du soleil est impossible. Soit en effet que de l'un d'eux on regarde >rorient ou l'occident, il s'élève entre le spectateur et l'horizon de hautes collines >de décombres appuyées sur le milieu même du monument, à une hauteur considé- >rable et allant se perdre à vingt mètres au moins de la base; les deux horizons sont

> ainsi complètement invisibles. Quant aux assises supérieures, elles offrent, lors- >qu'on les approche de près, de telles inégalités de construction qu'on s'aperçoit »bien vite de l'inutilité de chercher au nord et au sud deux de ces assises, non-

> seulement qui soient orientées comme la pyramide, mais même qui permettent.

» d'une de leurs extrémités, d'apercevoir l'autre. Quelques-unes sont sinueuses, » d'autres sont renflées considérablement vers le milieu. H en est qui marchent en » ligne bien droite, mais qui ne sont pas parallèles à l'axe du monument. Comme »les différentes parties de la construction, vues quand on est sur le monument lui- -même, offrent à peu près toutes le même désordre, ce n'est donc pas sur la pyra- >mide qu'il faut chercher les quatre points immobiles. Maintenant les points pris en

> dehors du monument et à une assez grande distance, oflfrent-îls une garantie suf- »fisante? H est vrai qu'en se plaçant, soit sur les tumulus situés au nord de la pyra- »mide de Chéphren, soit sur les collines factices formées par les grands tombeaux »à l'est de la pyramide de Chéops, on obtient des points d'observation assez élevés »pour permettre à l'œil de passer par dessus les décombres amoncelés au milieu »des deux faces, et assez éloignés pour que les sinuosités des assises s'eflfacent ou »que, par la pensée, on les corrige facilement. Néanmoins je pense qu'il y a encore »là des causes d'inexactitude, et que, quoi qu'on fasse, l'enlèvement du parement *plan, le délabrement des faces, dont l'ensemble est bien encore orienté, mais dont

> chaque partie ne l'est plus, sont autant de causes d'empêchement dont il est im- » possible de ne pas tenir compte.

«Une autre cause d'erreur pourrait être la différence de niveau des collines situées >à l'occident de la Grande Pyramide, du plateau sur lequel les pyramides sont » assises, et du Mokattam à l'orient. En faisant les observations demandées par »M. BiOT, j'étais tellement sûr d'avance de l'exactitude des phénomènes annoncés, »que je m'étonnais avec raison chaque fois que je venais à remarquer que le soleil »me semblait toujours en retard à son lever, tandis qu'au contraire il était tant soit »peu en avance à son coucher, c'est-à-dire que, dans les deux cas, il apparaissait et » disparaissait toujours quelque peu trop au sud des points où M. BiOT avait annoncé » qu'il se lèverait et se coucherait. C'est là, en définitive, le résultat que j'ai obtenu, »et, s'il m'était permis de l'expliquer, j'attribuerais cette différence des phénomènes »réels et de ceux qu'a annoncés M. BiOT précisément aux causes que je viens

> d'énoncer. Je pense, en effet, que, si le pied de la Grande Pyramide baignait dans »une mer qui n'aurait pas d'autre horizon qu'elle-même, j'aurais constaté l'exactitude » rigoureuse des résultats prévus par M. BiOT. Mais l'horizon occidental est formé »par des collines quelque peu plus hautes que la base de la pyramide, et, d'un autre »côté, le Mokattam, à l'orient, s'élève au-dessus de la vallée du Nil de plus de 600 pieds, » tandis que le plateau de la pyramide ne la dépasse que de 130. Le spectateur placé

»au pied de ce dernier monument ne voit donc plus le soleil alors qu'il n'est pas » encore couché, et il est assez longtemps à l'apercevoir alors qu'il est déjà réelle- »ment levé. H ne l'aperçoit donc pas à sa vraie place pendant aucun de ces moments, »et, par suite du mouvement de l'astre, oblique à l'horizon, il se trouve toujours plus »au sud de l'endroit véritable où il se rencontrerait s'il assistait à son coucher et à »son lever réels. C'est là la seule explication que je puisse donner d'une différence >dont je me suis aperçu dès le premier jour, différence qui porte surtout sur les >levers du soleil et qui, par cela même, devient tellement sensible que, dès le prin- »cipe, je ne savais l'attribuer qu'à un défaut d'orientation du monument.

«Enfin une troisième cause d'empêchement a été l'état de l'atmosphère qu'ont » obscurci trop souvent des brouillards épais.

«Quoi qu'il en soit, les résultats que j'ai notés se sont trouvés, malgré bien des » causes d'erreur, presque conformes aux prévisions de M. Biot, et il m'est sorti de »mon excursion aux pyramides la conviction que les phénomènes du lever et du » coucher du soleil à l'orient et à l'occident de la Grande Pyramide sont bien, à »réquinoxe du printemps, tels que M. Biot les a décrits de son cabinet à Paris.

«Voici d'ailleurs, quant au lever et au coucher du soleil, les observations que j'ai ^rédigées jour par jour et sur les lieux mêmes :

«1853. Mars 18. Lever non observé. Le coucher a lieu au sud de la face australe.

»Le soleil en est écarté, dans ce sens, d'en- >viron trois diamètres de son disque. Il est » totalement invisible dans l'alignement de »la face boréale.

«19. Lever non observé. Le coucher a encore lieu au sud de la face

» australe. Mais le soleil s'en est évidemment » rapproché. H s'en écarte, dans ce sens, »d'un peu moins de deux diamètres de son » disque. L'ensemble de la face boréale est >tout entier dans l'ombre.

«20. Lever non observé. Le coucher a encore lieu au sud de la face

» australe, que le disque déborde seulement »d'un diamètre. La face boréale est encore »dans l'ombre.

Page 1