Apud Eus. Pr. evang.f III
et nous prouvent que les Grrecs n'ont pas été mal informés, en ce qui concerne les signes par lesquels il semblait aux Égyptiens qu'Apis trahissait son origine céleste. H faut même croire que plusieurs de ces signes, connus autrefois des Grrecs, se déroberont pour toujours à nous, malgré nos ressources nouvelles, parce qu'ils tiennent à la nature même de l'animal, et que l'artiste égyptien, si expert qu'il ait été, n'a jamais pu avoir l'idée de les rendre. — Je pense, pour ma part, qu'on pourrait partager les marques auxquelles Apis se reconnaissait, en trois espèces : — celles qui se distinguent à la couleur de la robe; — celles qui sont formées par les épis; — celles qui, comme l'escarbot sous la langue, tenaient à certaines qualités physiques. Les premières se reconnaîtront sur la reproduction ci-jointe (fig. 5) de l' Apis d'Horus. Il a le triangle blanc sur le front; sur le poitrail parait ^>&- ^•
l'une des deux cornes du croissant lunaire ; un autre croissant se dessine sur le flanc, et enfin les poils de la queue sont doubles, c'est-à-dire qu'ils sont alternativement blancs ou noirs. Les secondes, que les peintures ne nous donnent jamais, se trouvent sur les Apis en bronze. Comme on le voit ici (fig. 6), l'Apis a encore le triangle sur le front; Marques dApisd après la couleur de la robe. sur le dos est étalée la housse qui lui sert d'ornement; mais d'un côté se distingue un vautour, les ailes étendues, et de l'autre un scarabée ailé, symbole de la résurrection. Ce n'est pas du tout que je prétende ^ig. 6. qu'autrefois les Apis aient jamais porté sur le dos le dessin régulier et exact soit d'un vautour, soit d'un scarabée. Il est probable que les Égyptiens des anciens temps attachaient aux épis les propriétés heureuses ou néfastes que les Arabes leur attribuent aujourd'hui, et que, de même que
ceux-ci voient sur le poitrail ou la cuisse de leurs ^,,.^„,, ..^^j, ,,,^,,3 1,, .p.,.
chevaux certaines combinaisons d'épis qui leur paraissent former une lance, une tente, ou tout autre objet matériel, de même les Egyptiens des Pharaons devaient distinguer sur le dos d'Apis les contours d'un aigle ou d'un scarabée. Le scarabée, le vautour et toutes celles des autres marques qui tenaient à la présence et à la disposition relative des épis n'existaient donc pas réellement. Les prêtres initiés aux mystères d'Apis les connaissaient sans doute seuls et savaient y voir les symboles exigés de l'animal divin, à peu près comme les astronomes reconnaissent, dans certaines dis-
posîrions d'étoiles, les linéaments d'un dragon, d'une lyre ou d'une ourse. Quant à la troisième espèce de marques, on conçoit, par la définition seule qui en a été donnée, que je ne puisse rien en dire.
Le soin que les Egyptiens ont pris de distinguer, sur les représentations d'Apis, les symboles extérieurs de l'animal, est encore plus sensible en présence des tables d'offrandes dont chacune des parois de notre chambre d'Horus est ornée. Hérodote^ a déjà noté un point remarquable, à savoir que les bœufs mondes étaient réservés à.Apis, et qu'ainsi on immolait à ce dieu des animaux de sa propre espèce. Cet usage religieux est confirmé par les peintures d'Horus. Sur les tables, en effet, sont représentées en nature les victuailles dont on les chargeait, au milieu des oies et des membres de bœufs qui formaient la partie essentielle de ces offrandes funèbres. Mais autant on voit que les prêtres ont mis d'attention à indiquer sur les figures du taureau divin les signes caractéristiques de la divinité, autant ils ont tenu à ce que le bœuf, dont les membres sont exposés sur l'autel, fut marqué des couleurs qui lui sont propres. Ici nous n'avons plus ni triangle ni double croissant. Des quatre espèces de veaux consacrés aux dieux, les î HeT, blancs, les in KeM, noirsy les A^ TeSCHeR, rouges, et les j A^'V, tachetés^ ceux-ci paraissent, contrairement à l'opinion d'Hérodote, avoir été réservés aux autels d'Apis, ce que prouvent les taches irrégulières intentionnellement exprimées sur la tête et les cuisses de la victime. Une autre remarque à faire, c'est qu'Hérodote^ s'est également trompé sur l'usage qu'après le sacrifice on faisait de la tête des bœufs immolés à Apis. La présence de cette tête, partout oii les bas-reliefs du Sérapéum nous ont donné une table d'offrandes, prouve au contraire que, loin de la charger d'imprécations, à la manière des Hébreux ', les Egyptiens la conservaient et en faisaient le principal trophée de leurs sacrifices sanglants. Les offrandes de fleurs et de fruits sont si rares qu'il est difficile de ne pas penser qu'Apis partageait les préférences de l'Eternel, auquel les premiers-nés du troupeau d'Abel furent plus agréables que les fruits du verger de Caïn.
Du reste, la chambre qui nous fournit ces observations avait été anciennement bouleversée avec tant de persistance, que je n'y ai absolument trouvé qu'un couvercle de canope à tête humaine. Mais le hasard nous réservait, à côté même de cette chambre, une découverte importante à laquelle j'arrive avec le second Apis que le règne d'Horus vit mourir.