Voy., sur le bouc émissaire, LévU., XVI
Apis IV. Il est évident que quand, au fond d'un caveau creusé tout entier à même du rocher, on rencontre un mur, ce mur ne peut être qu'une cloison élevée entre la chambre que l'on connaît déjà et une autre chambre contiguë.
Mais comme nous venons de voir que la chambre d'Horus avait été enduite de stuc, on conçoit que, tant que ce stuc restait intact, on ne pouvait savoir si les quatre parois étaient le rocher lui-même, ou bien si, en un point de l'une d'entre elles, les pierres d'un mur ne se cachaient pas derrière ce même stuc.
H était donc essentiel, pendant l'exploration de la chambre, d'en sonder attentivement toutes les parties, ce que n'avaient pas fait les premiers fouilleurs. Effectivement, après avoir successivement constaté la présence du roc aux côtés est, sud et ouest, je m'aperçus qu'au côté nord je n'avais plus, sous le stuc, le rocher naturel, mais bien une cloison construite en pierres du Mokattam.
Une seconde chambre existait par conséquent à côté de celle d'Horus, et après avoir fait desceller une des pierres de la porte d'entrée, je ne tardai pas moi-même à m'y introduire.
C'était un souterrain beaucoup plus petit que la chambre peinte que je venais de quitter. Au centre s'élevait une construction en pierres blanches, qui renfermait un cercueil rectangulaire, sans peinture, et onié sur chaque face de panneaux allongés au milieu desquels apparaissait plusieurs fois la légende :
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HaPI HeSIRI NeTeR AH WeNT âMeNT NeV(T) A^NKH T'eTeN
Apis Osiris, dieu grand, qui réside dans TAmenti, le seigneur vivant à toujours.
Quatre grands canopes ^ avaient été placés, par groupes de deux, à droite et à gauche de cette construction. Le tout reposait sur une couche de sable pur.
Cette fois je n'avais donc plus affaire aux chambres dévastées d'Aménophis, d'Amentouonkh et d'Horus, et quoique tout l'ensemble que j'avais sous les yeux n'accusât pas un grand luxe de funérailles, je ne devais cependant avoir aucun doute sur l'origine de la sépulture, qui était bien celle d'un Apis, dans l'état même où l'avaient laissée, trois mille six cents ans auparavant, les ouvriers chargés de l'arrangement matériel de cette tombe.
Ici je demande à poser immédiatement les termes du problème dont cette découverte et celle de quelques autres chambres également inviolées nous permettront par la suite de trouver peut-être la solution. Quel était le mode d'ensevelissement d'Apis?
1. Ils sont au Louvre et portent les numéros S. 1160, 1161, 1162 et 1163.
Il n'est personne qui ne sache que les procédés d'embaumement en usage chez les Egyptiens avaient acquis un degré remarquable de perfection, et que souvent, par ces procédés, on a réussi à conserver aux cadavres l'apparence de la vie, au point que les cheveux et le poil des morts se sont retrouvés avec leur couleur antique, et que, quelquefois même, les chairs de certaines parties grasses ont prouvé qu'après un grand nombre de siècles elles n'avaient pas encore complètement perdu leur élasticité.
Appliqués aux Apis, ces mêmes procédés auraient dû, par conséquent, avoir pour résultat de faire de la momie d'un Apis un véritable taureau, emmaillotté dans des bandelettes. Peut-être, pour plus de solidité, l'animal pouvait-il être agenouillé à la manière des sphinx; mais sous les bandelettes devait se trouver la peau, encore couverte de ses poils; sous la peau les chairs plus ou moins desséchées; sous les chairs les ossements toujours intacts, et dans l'intérieur du cadavre, les aromates et le bitume odorant mêlé d'amulettes et de figurines qu'on a l'habitude d'y rencontrer.
Voilà la théorie ou plutôt l'embaumement d'Apis tel qu'on peut, par avance, se le figurer. Mais est-ce un Apis de cette sorte que nous livra le cercueil vierge de notre nouvelle chambre d'Horus? Aucunement.
Quand, en effet, je levai le couvercle, je crus que la tombe était vide. Mais en prêtant un peu plus d'attention, je distinguai bientôt, au fond du cercueil, une tête de taureau, et sous cette tête une masse noirâtre qui lui servait comme de support.
J'examinai d'abord la tête. Elle n'adhérait à rien et avait été posée sur la masse. La peau avait complètement disparu, et tous mes efforts pour retrouver les traces des bandelettes furent inutiles.
J'examinai ensuite le support. Il était de forme ovale, assez régulier, et mesurait un mètre environ de longueur, trente centimètres de largeur, et autant à peu près d'épaisseur. Quant à sa nature, je reconnus qu'il était formé d'un amas confus de bitume et de gros ossements de bœuf brisés, le tout amoncelé sans ordre sous une enveloppe de mousseline.
Tel était l'Apis inviolé d'Horus. Pas une amulette, pas une statuette ne fut trouvée. La sépulture, comme je l'ai dit, était aussi pauvre que possible, et en même temps s'éloignait, de plus loin même que je ne l'aurais soupçonné, du mode d'ensevelissement si généralement adopté dans toute l'Egypte.
Je n'en dirai pas plus ici. Le problème est maintenant, je l'espère, bien clairement posé. J'aurai occasion d'y revenir.
APPENDICK 131
La seconde chambre d'Horus est représentée au Louvre par les quatre canopes que j'y ai recueillis. Il paraît que l' Apis mourut subitement, car trois seulement d'entre ces canopes avaient leur couvercle. Nous avons placé, sur le quatrième canope sans tête, le couvercle unique trouvé dans la chambre peinte. On peut voir par là que les dens Apis de nos chambres contiguës sont tellement du même temps que les quatre têtes humaines, sorties toutes tes quatre du ciseau du même artiste, ne se distinguent pas entre elles.
Apis V. La chambre oii a été déposé l'Apis nouveau en présence duquel nous nous trouvons est encore une de celles qui ont été taillées sur le modèle uniforme de la première série des hypogées du Sérapéom.
Pendant qu'on y travaillait, j'y découvris trois stèles* qui, au premier abord, me semblèrent donner, d'une manière incontestable, la date de la chambre Fîg- '■ et le nom du roi qui en avait ordonné le percement.
Sur l'une de ces stèles* était gravé un proscynème, en tête duquel un roi, nommé par son cartouche ainsi iiguré (fig. 7), est introduit par le dieu Horus en présence d'Osiris.
Or on conçoit qu'au milieu du désordre inévitable des fouilles, et n'ayant entre les mains qu'an monument que je n'avais pas le temps de débarrasser du sable durci dont il était couvert, j'aie pu assimiler ce cartouche à celui du fameux roi que nous connaissons sous le nom d'Akkenaten,
et y voir avec d'autant plus de facilité le nom propre que, par une exception dont le cartouche de la reine épouse d'Akheiiaten a donné d'autres exemples^, le mot []^^ aurait pu se renverser, et, seul de tout le groupe, s'écrire en cette forme dans le système rétrograde.
L'Apis fut donc classé comme appartenant à Akhenaten, et la stèle, de son côté, fut expédiée à Paris comme provenant du règne de ce même roi.
Maintenant on va comprendre, par quelques explications, comment un plus mûr examen de la pierre nous force à abandonner cette identification, et comment, au lieu d'Akhenaten, le roi qu'Horua présente à Oairis est un monarque nouveau dont
2. S. 1168. Elle est exposée dans l'une dus armoires de l.i salle Historique, Les ileui autres sont à leur rang chronologique dans la salle d'Apis.