‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 25 sur 73 · Denkm,, III, 114, 6, g. Prisse, Mon. ég,, XVII · texte numérisé non relu

Denkm,, III, 114, 6, g. Prisse, Mon. ég,, XVII

milieu de quelques légendes rédigées sous son règne, prouve qu'il succéda à Akhenaten. Les monuments nous forcent donc bien à placer entre Horus et Aménophis trois règnes tout entiers, et ce résultat est, comme je l'ai dit, d'autant plus singulier que les deux plus sérieuses autorités que nous possédions sur la chronologie de cette époque, Manéthon et la table d'Abydos, sont d'accord pour présenter comme successifs les règnes des deux rois qui viennent d'être nommés.

Or la question est de savoir maintenant — en premier lieu si le roi dont la fig. 7 donne le cartouche est le même que l'Akhenaten dont nous venons de voir la place; — et en second lieu, quel pourrait être, dans le cas où ce roi ne serait pas Akhenaten, le roi nouveau qui vient se joindre aux trois que nous connaissons déjà et compliquer ainsi la fin de la XVIIP dynastie.

Sur le premier point, je pense qu'effectivement le nom n'est pas celui d'Akhenaten; mais je m'empresse d'ajouter que ce résultat, tout positif qu'il me paraisse, doit cependant, en bonne critique, être accueilli avec une certaine réserve, et je vais montrer pourquoi. L'individu qui fit le proscynème en tête duquel il a, par flatterie, introduit la personne du roi, s'appelait ^^ Q Q ^ ^^h ^t avait le titre de ^ T^

Bék-en-Amen, c'est-à-dire serviteur d! Ammon. Mais Akhenaten fut le persécuteur d'Ammon. Sous son règne s'introduisit en Egypte le schisme fameux qui, au culte du dieu principal de Thèbes, substitua l'adoration du disque solaire dont les rayons divergents sont terminés par des mains humaines. Akhenaten qui, avec la persistance opiniâtre d'un fanatique religieux, fit marteler, partout où il put l'atteindre, le nom d'Ammon, aurait-il permis qu'un de ses sujets servît ce dieu si exécré? Ce n'est pas probable. D'un autre côté, l'Akhenaten de la stèle du Sérapéum ne se présente pas sous les traits bien connus de ce roi. Je ne sais pas si Akhenaten fut, malgré sa femme et ses sept filles \ un eunuque qui poursuivit dans Ammon le dieu de la génération. Ce qu'il y a de certain, c'est que les nombreux portraits que nous avons d'Akhenaten nous engageraient presque à reconnaître dans tout l'ensemble de sa personne ce type particulier et étrange que la mutilation imprime sur la face, les pectoraux et l'abdomen de ces malheureuses victimes de la barbarie orientale. Or l'iconogra-

1. Nous avons, de notre temps même, quelques exemples de ces alliances. Dans ce cas, les infortunés que la civilisation musulmane admet dans son sein à de si révoltantes conditions, épousent des veuves, leurs compatriotes ou leurs alliées, aux enfants desquelles ils transmettent les bénéfices des charges élevées que, malgré leur mutilation, il leur est permis de remplir. Il est probable que si Akhenaten éprouva réellement le malheur dont ses traits semblent révéler l'évidence, ce fut pendant les guerres d'Aménophis III au milieu des peuplades du Sud. L'usage de mutiler les prisonniers et les blessés est, parmi ces peuplades, aussi ancien que le monde.

phie du roi de la stèle du Sérapéum n'est pas différente de celle de tous les autres rois de l'Egypte. Il semblerait donc, d'après cette double constatation, que ce roi n'est pas celui que nos listes enregistrent sous le nom d'Akhenaten. Je répète cependant que le doute, en cette occasion, ne doit pas être admis sans contrôle, et que, de même que certains motifs nous forceraient à ne pas lire dans le cartouche de la fig. 7 le nom du roi qui abolit le culte d'Ammon, de même aussi certaines autres raisons pourraient nous engager à l'y reconnaître. Le règne d'Akhenaten peut en effet se partager en trois périodes : — celle où il s'appelait Aménophis IV ^, et où, par les titres seuls que le roi s'attribue*, l'hérésie du disque peut déjà se prévoir; — celle où il s'appelle Akhenaten, mais où ses représentations ne sont pas encore des portraits, et où, inaugurant son règne à la manière de Cambyse, c'est-à-dire par des concessions aux lois et aux usages du pays, il rend hommage à la fois au dieu Ammon et à son prédécesseur Aménophis III ' ; — enfin celle où ce monarque, se mettant à la tête du mouvement religieux, se montre sur les monuments avec les traits repoussants de son visage, et poursuit avec acharnement le nom proscrit du dieu vaincu. La stèle du Sérapéum appartiendrait-elle à la seconde de ces trois époques? La critique, en ce débat, a des arguments tout prêts et également solides dans les deux camps, soit qu'on prétende lire dans le cartouche la légende de l' Akhenaten qui, sur le pylône de Soleb, adresse une prière à Ammon, soit qu'on cherche à soutenir le contraire. Tout ceci n'est donc plus, en définitive, qu'une question d'appréciation, qui dépend en quelque sorte du coup d'œil, ou plutôt de la manière de voir la stèle et d'y démêler, au milieu des accidents de la pierre, les véritables éléments du cartouche. Pour moi, j'hésite à mettre le nom d'Akhenaten à côté de celui d'Ammon ; j'hésite également à voir au-dessous de la légende de ce roi un personnage qui n'a

Page 1