Manéthon
roi lui -même appartenait à la branche cadette des Scheschonk, issue d'Osorkon II et de la reine Hes-en-kheb^ La branche aînée, représentée par le même Osorkon II et la reine Kéromama, se serait donc éteinte, soit dans la personne de Scheschonk IV, soit plutôt dans celle du dernier roi de la XXIII° dynastie.
La légende de Bocchoris nous était inconnue avant la découverte du Sérapéum. Quelques stèles* et une inscription tracée en noir sur l'un des murs de la tombe d'Apis nous l'ont révélée en cette forme :
/VNA^/SA
/S/WWA
Nous devons incontestablement au nom propre BeK-eN-RaN-ew la transcription grecque B6%jii>piç, Je ferai remarquer cependant que, par la permutation ordinaire des articulations OU et B, le nom propre BoK-Xco-Ptc ou BoX-Xco-Ptc se retrouve également, et avec une exactitude aussi grande, dans le prénom OUaH-Ke-RA^
Il est à noter d'ailleurs que l'Apis mort l'an 37 de Scheschonk IV, dernier roi de la XXn* dynastie, et l'Apis mort l'an 6 de Bocchoris, l'unique roi de laXXIV% furent ensevelis dans la même chambre, et que l'étude de la tombe prouve que ces deux
1. Voyez le tableau généalo^que de la dynastie des Bubastites joint au § 6 des Renseignement sur les soixante-quatre Apis (cf. p. 172 de ce volume).
2. Entre autres une jolie stèle dont le sommet, taillé en pointe, est occupé par le cartouche nom propre du roi et la date de Fan 6 du règne. Le personnage qui fit graver ce proscynème était attaché au temple de la déesse Bast, situé dans Tun des quartiers de Memphis. La différence déjà signalée (voyez
Bulletin, novembre 1855) entre W , Bast, et V j Pakht, est constante. Une inscription de PhilaB s'exprime ainsi en parlant d'Isis (Champollion, Notices »«#., p. 192) : opj T ^"^"^ 1 Y ^ ^ D ^^ U » ^^^ détrtiU (dissolvit) en état de Bast; eUe réunit en état de Pakht, C'est cette même Pakht qui autre part {Denkm., Abth. III, pi. 196, o) est appelée : y i) ' ^^ ' Pn n U» Pakht, celle qtii détruit comme Set, On peut encore comparer le nom propre Pé-té-bast, écrit une fois sur Tune des stèles du Musée britannique a W VKi, et une autre
EF8IC8, Ausw,, pi. XVI). La déesse Bast, épon3rme de Bubastis, est donc à distinguer homophonie des types I et r , elle est rendue certaine par les variantes des papyrus (cfr, p. 169, note), et les noms propres Pé-té-bast et Herbes (id., loc, cit.), dans lesquels M et M ont certainement la valeur de S, Il faut dire cependant que cette valeur 8 n'est attribuée à H qu^en faisant violence
à la nature de ce caractère. £n effet, le trône [j est plutôt une syllabique. Il est égal à A°S dans le
r — ^ ef\ éA
nom propre d'Isis, Ju (copte «^c, vêtus, antiquus, d'où les Grecs ont appelé Isis IlaXafa). Il est même
employé pour HeS dnns^eux autres variantes du même nom propre, empruntées jzomme les précédentes
aux stèles du Sérapéum, fi IH J) et jl( ^s^rj)- (Cf. Denkm.,lY, 82.) Si H a quelquefois la valeur
simple 8j c'est donc d'une manière oetournée, et en vertu d'une certaine finesse d'écriture inconnue à notre alphabet moderne, et qui aura poussé les écrivains sacrés à faire entrer dans le nom de la déesse Bast (la forme d'Isis adorée à Bubastis) celui de la déesse Isia.
fois de
) Pakht. Quant à l'home
Apis occupèrent successivement et sans intermédiaire Tétable sacrée de Memphis. Aucun Apis ne se mauifesta donc immédiatement après T Apis de Scheschonk IV, et par conséquent la XXIII'' dynastie, pendant les quatre-vingt-neuf ans de Manéthon, fut privée de la présence du dieu.
Mais je ne crois pas que ce résultat, si clair qu'il soit en apparence, doive être accepté sans discussion. Il a en effet un giave inconvénient : celui de nous amener en présence d'une lacune bien plus considérable qu'aucune de celles que nous connaissons, et de nous faire voir que cette lacune, par un hasard bien remarquable, correspond à la durée d'une dynastie entière. Avant d'aller plus loin, nous sommes donc en droit d'examiner si la vacance de l'étable sacrée est aussi réelle qu'elle paraît l'être, et si effectivement la XXIIP dynastie est représentée dans les souterrains du Sérapéum par un vide précisément égal à la place que la manifestation normale du dieu lui eût fait occuper.
Les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer pour mieux faire valoir l'importance des renseignements que le Sérapéum nous livrait sur la XX!!*" dynastie, ont dû prouver au lecteur que cette XXII^ dynastie, telle qu'elle nous restait entre les mains après les périls de la discusion, était sensiblement plus longue que celle dont Manéthon nous a conservé l'ensemble. Aux neuf rois de Manéthon, les stèles du Sérapéum opposent en effet onze princes ^ tandis que les trente-sept ans de règne de Scheschonk IV, le dernier de ces princes, forment un autre empêchement à l'adoption du chiffre trop restreint par lequel Manéthon a représenté la durée de la famille des Bubastites. Nous reconnaissons donc que, sous le double rapport du total de la dynastie et du nombre des rois, il y a un excédant en faveur du Sérapéum, dont les mesures dépassent ainsi celles qui ont été conservées par l'historien national. Maintenant ne serait-ce pas là que nous trouverions la solution du problème dont nous venons de poser les termes? l'excédant de la XX!!"" dynastie du Sérapéum n'équivaut-il pas à la XXni^ dynastie, dont Manéthon place le siège principal à Tanis? Pikhaï et Scheschonk IV ne forment-ils pas^ une XXIII^ dynastie que Manéthon ne mentionne pas, parce qu'il l'aurait écartée de ses listes pour y introduire les rois
1. Voy. le tableau généalogique de la dynastie des Bubastites.
2. Peut-être avec Tnephaethus, père de Bocchoris. Plutarque {De la. et Osir., 7) appelle ce personnage Technatia, et Athénée (X, p. 418) Néochabia, J\ porta sans doute le nom de ^ Q "1" ® > T'aT-PTaH- ANKH-ew Crnephankhés?), si généralement usité à la fin de la XXIP dynastie. Selon Diodore (I, 45), Tnephaethus, père de Bocchoris, régna un grand nombre de générations après Menés; Diodore lui attribue une campagne en Arabie. Les mêmes faits sont rapportés par Plutarque [l. c).
Tanites, reconnus plus tard pour les souverains cle la branche légitime^? En d'autres termes, Scheschonk IV et Bocchorîs, au lieu de vivre à près d'un siècle d'intervalle, ne deviennent-ils pas des rois contemporains sous lesquels un seul et même Apis aurait pu naître et mourir? J'avoue que si ces faits étaient reconnus exacts, les difficultés nées de la présence simultanée des légendes du dernier roi de la XXIP dynastie et de l'unique roi de la XXIV dans le même caveau du Sérapéum seraient définitivement écartées. Mais ces faits sont -ils de ceux qu'une critique exigeante peut accueillir? Il est très embarrassant de répondre à cette question. Ce n'est pas cependant que les preuves dont on pourrait appuyer l'opinion du parallélisme des deux dynasties soient complètement sans valeur. Déjà nous savons, par les stèles du Sérapéum, que Pikhaï et Scheschonk succédèrent immédiatement au neuvième des onze rois de la XXII'^ dynastie, dont les monuments nous ont livré les noms. Si Manéthon nous force à terminer la XXIP dynastie au dernier de ces neuf rois, Pikhaï et Scheschonk IV prennent donc la tête de la dynastie suivante, et comme il n'est pas moins certain que cette XXIII^' dynastie est formée du Pétubastis, de l'Osorchon et du Psammus de l'Africain, il s'ensuit, comme conséquence naturelle, que les deux familles furent contemporaines, ce qui conduit à penser qu'elles furent rivales. D'un autre côté, l'antagonisme des deux dynasties semble trouver une confirmation dans le tableau des troubles intérieurs dont la Bible nous prouve que l'Egypte fut alors affligée. Si, en effet, une excursion de ce genre ne devait nous entraîner au delà des bornes que nous nous sommes assignées, je montrerais que certains chapitres du prophète Isaïe se rapportent à des faits de l'histoire égyptienne qui nous sont assez connus pour que nous puissions leur assigner une place à peu près sûre dans la chronologie; je ferais voir que le chapitre XX, entre autres, a incontestablement rapport à l'Egypte de la XXV dynastie et aux entreprises de Sennachérib pendant la domination éthiopienne sur les bords du Nil; j'essayerais surtout de prouver que le chapitre XIX fait allusion à des faits qui se sont accomplis à une époque antérieure, et nous transporte précisément au milieu des années auxquelles nous devons les monuments contemporains de Bocchoris que le Sérapéum nous a rendus. « J'ex- »citerai, dit le Seigneur, l'Egyptien contre l'Egyptien; l'homme combattra conti'e »son frère, l'ami contre l'ami, ville contre ville, royaume contre royaume*.» Le texte sacré nous fait en ces termes la peinture de l'Egypte, partagée, sous la XXIIP
1. Probablement la branche issue d'Osorkon II par la reine Kéromama.