‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 56 sur 73 · Deiikm., III · texte numérisé non relu

Deiikm., III

3. Stèle datée de Tan 2 de Pikhaï-, voy. la traduction, p. 161—164. L'Apis qui se manifesta vers cette époque ne fut trouvé qu'après trois mois de recherches.

Il faut donc attribuer au hasard la vacance de Tétable sacrée. En somme, de Scheschonk IV, qui restera pour nous, jusqu'à preuve du contraire, le dernier roi de la XXn® dynastie, la série de nos Apis passe donc à Bocchoris, l'unique roi de la XXIV*', et si cette lacune a, comme je l'ai fait observer, l'inconvénient d'être trop considérable et de nous montrer que la XXIIP dynastie tout entière n'eut pas l'honneur de la présence du dieu, nous devons, je crois, accepter tout simplement le fait et l'enregistrer au nombre de ceux dont nous nous étonnons, mais dont nous ne révoquons pas en doute l'authenticité.

Je ne veux pas terminer les longues explications que suggère F Apis de la XXIV dynastie, sans appeler l'attention sur une petite stèle découverte à la porte même de la chambre sur les parois de laquelle les légendes de Bocchoris et de Scheschonk IV ont été tracées.

Cette petite stèle est divisée en deux registres. Le registre inférieur représente l'Egyptien qui a dédié la stèle au dieu ; des tables d'offrande et ime courte prière écrite en hiéroglyphes sont placées devant la figure du personnage. Le registre supérieur nous fait voir, selon l'ordinaire, la momie du taureau divin. Mais ce qui rend cette représentation remarquable, c'est qu'à la place où, dans les usages des stèles du Sérapéum , auraient dû être gravés les noms ef titres du dieu , nous rencontrons une légende royale. Quelle est cette légende royale? Est- elle celle du roi sous lequel l'Apis est mort? Il suffit de jeter un coup d'œil sur le monument pour se convaincre du contraire. Cette légende accompagne en effet l'Apis auprès duquel nous la trouvons; par sa place, ses dimensions, sa disposition générale, elle fait en quelque sorte partie du groupe divin; les hiéroglyphes eux-mêmes, tournés dans le sens du dieu, prouvent que l'intention du scribe a été d'appliquer les titres qu'ils contiennent au taureau momifié, tandis que si ces titres n'eussent dû rappeler que la personne d'un roi, ils auraient été respectueusement tournés de l'autre sens, et auraient marché au devant de la iigure divine au lieu de la précéder. La légende royale de notre stèle ne s'applique donc pas à un roi, et je crois cette attribution assez démentie par le ton général du monument pour que nous n'ayons plus à y revenir. Mais serait -elle alors celle d'Apis lui-même? Il faut bien en arriver là. Apis, en vertu d'une règle qui assimile les dieux aux rois et leur donne les titres royaux, serait donc ici considéré comme dynaste, et sa légende royale serait par conséquent celle que, diaprés notre monument, je reproduis ci-contre. — Mais qui ne sait que cette légende n'est pas inconnue à la

sciences et que déjà on Fa trouvée inscrite sur le pourtour de la porte qui donnait

entrée dans Tune des chambres de la pyramide de Sakkarah? Cette chambre aurait

ni^ donc contenu, non pas la momie d'un roi, ce qu'il avait toujours été si dîffi-

'ci cile d'admettre en l'absence du cartouche, mais la momie d'un Apis, dont

' les titres , tels qu'on les lit sur le pourtour de la porte , déterminaient suffi-

o samment le dieu, puisque la stèle du Sérapéum n'en a pas employé d'autres. Ainsi notre stèle ouvre à l'archéologie des pyramides un horizon tout nouveau, en nous faisant voir que l'un de ces gigantesques monuments a pu jadis abriter les restes d'un dieu. Maintenant est-ce là la conclusion à laquelle nous devons définitivement nous arrêter? Je le crois. J'irai même plus loin, et je dirai de suite que, dans mon opinion, la pyramide à degrés de Sakkarah a été bâtie pour des Apis, et qu'ainsi, un Sérapéum n'étant que le temple du taureau mort, cette pyramide est le Sérapéum de l'ancien empire, c'est-à-dire le temple de Sérapis trois ou quatre mille ans avant notre ère. Que l'on n'oublie pas, en effet, que si la pyramide de Sakkarah est une pyramide par sa forme extérieure , elle est aussi loin que possible de ressembler aux autres monuments de ce genre par sa disposition intérieure. A Gyzeh, à Daschour, à Abousyr, partout oii le voyageur rencontre des pyramides à visiter, il trouve à la face nord du monument un seul passage qui, par une pente plus ou moins rapide, le conduit à une chambre, souvent à deux, et quelquefois à trois*. A l'extérieur même simplicité; seulement les faces des pyramides sont si parfaitement orientées, que la science moderne, avec toutes ses ressources, n'atteindrait pas à une précision plus grande. Voilà une pyramide ; voilà le type général dont aucune des nombreuses pyramides qui peuplent le désert libyque ne s'est écartée, même dans un détail. Au contraire, comment a été construite la pyramide de Sakkarah? D'abord, seule de toutes les pyramides, elle n'est pas orientée, puisque les lignes formées par ses côtés est et ouest inclinent de 4^ 35' vers l'est du nord vrai\ Seule encore, elle a quatre entréps, et une série de passages intérieurs, de couloirs horizontaux*, d'escaliers, de chambres, de caveaux qui font ressembler à un labyrinthe

1. Elle a déjà été publiée par Burton, Excerpta hieroglyphica, pi. xxvii, n® 6; par Wilkinson, Modem Egypt and Thtbu, t. I, p. 368; par le colonel Vtbe, Opérations carried on al Gy»eh, appendix, vol. III, pi. c, et par M. Lepsius, Auswahl, pi. VII, et Denkm., II, 2.

2. Voyez les plans de toutes les pyramides ouvertes, dans Touvrage du colonel Vysb, Opérations carried on ai the pyramida of Gyseh.

3. Selon les mesures de M. Perrino. Cf. Opérations, etc., t. III, p. 41.

4. Parmi lesquels je ne compte pas le grand couloir du sud et les vingt-deux colonnes qui y ont été trouvées. Personne ne met en doute l'origine de ce couloir qui est le résultat d'un remaniement bien postérieur. Deux ou trois de ces colonnes étaient ornées de légendes hiérogl3rphiques ; on y a lu les titres

l'ensemble de ces souterrains. Seule enfin elle présente dans son axe et comme point central de tous les chemins qui y aboutissent à différents étages, une chambre de vingt pieds de largeur, de quatre-vingts pieds de hauteur, dans le dallage de laquelle un énorme bloc de granit, taillé exactement en forme de bouchon, peut à volonté se déplacer et livrer passage pour descendre à un caveau inférieur dont la destination est difficile à fixer, puisque ce caveau est trop petit pour avoir jamais contenu un sarcophage ^ La pyramide de Sakkarah n'est donc une pyramide que par sa forme extérieure, et à Tintérieur elle diflfère tellement de tous les autres édifices du même genre, qu'il n'est pas un voyageur qui n'ait été frappé des contrastes qu'elle présente. Quant à moi, j'ai visité cette pyramide bien souvent, j'y ai même passé quelques nuits, et plus j'ai connu le monument, moins je me suis expliqué ces nombreuses chambres, ces couloirs de tout travail et de tout temps, ces galeries de toute forme, destinées, selon une opinion que je partageais alors, à la seule famille d'un roi. La légende royale gravée sur la porte de l'une de ces chambres me paraissait même un embarras. Des quatre ou cinq parties dont, suivant l'époque, a dû se composer cette légende, l'inscription ne donne en effet que celles de ces parties qui constituent des titres, et s'arrête précisément au nom, qu'elle nous laisse ainsi ignorer. Or c'est tout le contraire qui aurait dû avoir lieu. Il y avait, par conséquent, dans l'inscription gravée sur le pourtour de notre porte et l'attribution de la chambre à une sépulture de roi, une anomalie qu'il était assez difficile d'expliquer. Aujourd'hui il me semble que le mystère est peut-être éclairci. Du moment où les titres royaux inscrits sur la stèle du Sérapéum désignent suffisamment l'Apîs qu'ils accompagnent, la légende de la pyramide de Sakkarah n'en avait pas besoin d'autres. Là reposait par conséquent un Apis, et la pyramide peut ainsi devenir la tombe de l'Apîs des anciennes dynasties. Les taureaux qui, depuis le règne de CéchoUs, habitaient le temple de Phtah étaient donc, à leur mort, ensevelis comme les rois sous la masse d'une pyramide, ou plutôt les rois, incarnation comme Apis du Verbe égyptien depuis le jour où ils se sont proclamés fils du Soleil, les rois, dis-je, à l'exemple du dieu, ont voulu reposer sous l'un de ces monuments dédiés à l'astre éclatant dans lequel la philosophie égyptienne voyait un révélateur de Dieu. Ainsi la pyramide de Sakkarah serait le Sérapéum primitif, et comme on y compte environ trente caveaux, rien

d'un fonctionnaire. M. Birch, il y a déjà bien longtemps (voy. Operatiom, etc., t. III, p. 55), pensait que ces légendes ne remontaient pas plus haut que la XVIII* dynastie; nous savons aujourd'hui par le fragment de colonne qui a été apporté à Berlin que le style est celui du régne de Ramsés II. 1. Voyez Perrixo, Opération», t. III, p. 41.

n'empêche que cette pyramide , aux pieds de laquelle passe l'allée des sphinx du Sérapéum nouveau, n'ait l'origine que nous lui attribuons sur l'autorité de la légende gravée en tête de l'une des stèles aujourd'hui conservées au Louvre.

Rien d'ailleurs de plus modeste, de moins fini, rien qui sollicite moins l'attention que le monument auquel nous devons ces explications ; mais rien aussi de plus important et de plus imprévu que les conclusions auxquelles nous venons d'être amenés. Ainsi la cause la plus humble en apparence a produit en réalité l'effet le plus remarquable. Que ceci serve d'avis' aux nombreux voyageurs qui, tous les ans, parcourent la vallée du Nil. Qu'ils se rappellent qu'un colosse qui ne nous apprend rien n'a pas pour la science la valeur d'un éclat de pierre qui nous livre un lambeau de ce passé que nous sommes si avides de connaître. Que surtout ils sauvent de l'avidité inintelligente des Arabes tout ce qui porte un mot d'écriture. En archéologie, rien n'est à négliger, et il est certain que si, par impossible, les misérables fellahs qui vivent des ruines étaient des archéologues, nous verrions chaque jour nos richesses se décupler, et la vieille et mystérieuse Egypte, toujoura plus explorée et toujours plus féconde, nous initier rapidement à la connaissance de ce monde ancien à la tête duquel les nations la virent pendant si longtemps marcher.

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