XXVI" DYNASTIE. — CINQ APIS
Apis I (37), né Tan 26 de Tahraka;
intronisé le 9 de Phannouthi;
mort Tan 20, le 20 de Mésori, de Psammitichus l^;
enseveli Tan 21, le 25 de Paophi.
Apis II (38), mort l'an 52 de Psammitichus I**. Apjs III (39), né Tan 63, le 19 de Méchir, de Psammitichus 1"]
intronisé Fan 54, le 12 d'Hathyr;
mort Tan 16, le 6 de Paophi, de Néchao;
enseveli Tan 16, le 16 de ChoYac:
âgé de 16 ans, 7 mois et 17 jours.
Apis IV (40), né l'an 16, le 7 de Paophi, de Néchao;
intronisé l'an 1, le 9 d'Epiphi, de Psammitichus II;
mort Tan 12, le 12 de Phannouthi, d'Ouaphrés;
enseveli l'an 12, le 21 de Payni;
âgé de 17 ans, 6 mois et 5 Jours.
Apis V (41), né l'an 5, le 7 de Thoth, d'Amasis;
intronisé l'an 5, le 18 de Payni;
mort Tan 23, le 6 de Phamenoth;
enseveli l'an 23, le 15 de Pachons;
âgé de 18 ans, 6 mois.
Apis I. Quand l'enlèvement des collines de sable qui s'élevaient au-dessus de l'entrée du Sérapéum eût permis de pénétrer dans les Petits Souterrains, je remarquai que la chambre située à l'extrémité de cette partie de la tombe d'Apis avait conservé presque intact le mur bâti selon l'usage en avant de la sépulture divine. Une seule pierre enlevée avait donné passage aux anciens envahisseurs du monument.
Au centre du mur était encastrée une stèle de bon style, ornée d'inscriptions remarquables par les dates et les cartouches nombreux qu'elles renferment. C'est ici que, pour la première fois, la tombe d'Apis nous met entre les mains un monument dont l'importance n'échappera tout à l'heure à personne : je veux parler de l'une des épitaphes destinées à accompagner les momies des Apis à côté desquels elles étaient officiellement déposées.
Notre épitaphe est divisée en deux registres. Au premier registre, un roi fait une libation et l'oflfrande du feu devant Apis. Le dieu, dont la figure a subi l'injure du martelage, est recouvert de ses ornements sacrés. Au-dessus de sa tête on lit Tins-
criptîon : ^# | ^^T ^ mu n "^j (Apis) vivant, qui est Osiris résidant dans VAmenti. Sans nous arrrêter à ce titre qui, une fois de plus, donne raison à l'opinion par laquelle Apis est regardé comme une incarnation d'Osiris, je ferai remarquer que le martelage dont on a flétri la face du dieu s'est étendu aux signes qui servent à écrire le nom propre. Or, cette vengeance ne s'est exercée que sur celles des inscriptions qui ont été trouvées en place, et elle a épargné toutes les stèles que j'ai recueillies sur le sol où on les avait jetées en démolissant les murs qui donnèrent entrée dans les chambres sépulcrales. Il ne faut donc pas attribuer aux Arabes la destruction des souterrains du Sérapéum. C'est à une époque où le secret de l'écriture hiéroglyphique n'était pas encore perdu, et conséquemment sous les Egyptiens, que cette destruction eut lieu. La remarque précédente nous apprend même qu'une fois l'anéantissement de la tombe résolu, on courut au plus pressé, et que le dernier outrage dont nous avons constaté la trace sur la figure et le nom hiéroglyphique de notre épitaphe, fut infligé au dieu après que la momie sacrée eut été mise en pièces. Tout l'intérêt du monument est dans le second registre, où l'on trouve une inscription disposée en six lignes horizontales d'hiéroglyphes. Nos épitaphes intéressant avant tout l'histoire et la chronologie, il est inutile, je crois, de les soumettre ici à un examen philologique. Je me bornerai donc à en transcrire le texte que je ferai suivre, soit d'une traduction, soit d'un résumé qui metti-a en relief les faits dont il nous importe de prendre possession. L' épitaphe de l'Apis mort en l'an 20 de Psammitichus est ainsi conçue :
Ti^k^fj.îTMr,"T^::^p=pt^k[:n:
ov5]p^^«^^°ia^yk^s:rrf
c:-Tjt:iiliii-<2>- r^nn
c'est-à-dire : «L'an 20, et le 20 de Mésori, sous la Sainteté du roi de la haute et de »la basse Egypte, Ra-ouah-het, du fils du Soleil, de sa race, Psamétik, (eut lieu) ja » manifestation de la Sainteté d'Apis vivant vers le ciel; a été amené ce dieu pour »se réunir avec le bon Amenti en l'an 21, le 25 de Paophi; voici qu'il était né en »ran 26 du roi Tahraka, et qu'il fut introduit à Phtah-hat-ka le 9 de Pharmouthi. :^Fait (la stèle) en l'an 21^».
1. J^étais tenté de traduire ' o par a fait (sa vie) en 21 ana, et d'appliquer cette formule à la
durée de l'existence du taureau/Cette traduction, si elle avait été reconnue exacte, nous eût tirés de bien
Ainsi l'Apis mort Tan 20, le 20 de Mésori, de Psammitiehus Ra-ouah-het^ enseveli 70 jours après, le 25 de Paophi de Tan 21 du même roi (les cinq épagomènes sont comptés), était né l'an 26 de l'éthiopien Tahraka. Ce résumé des principales circonstances qui signalèrent la vie et la mort du premier Apis de la XXVP dynastie, nécessite quelques explications dans lesquelles je demande la permission d'entrer :
1"* Une erreur de Champollion, suivie presque jusqu'à nos jours par tous ceux qui s'occupèrent de la science fondée par l'illustre maître, avait donné lieu à une singulière confusion. Des deux Psammitiehus qui occupent la première moitié de la XXVI^ dynastie, l'un avait, en effet, été mis à la place de l'autre, et tandis que le vrai Psammitiehus I*"^, avec le prénom Ra-ouah-het, était classé au second rang et n'intervenait plus dans les listes royales qu'après Néchao, le vrai Psammitiehus II, avec le prénom Ra-nofré-het, occupait sous le nom de Psammitiehus I" la tête de la XXVP dynastie*. Mais bien que, dès le mois de mars 1850, M. de Rougé, en classant les vitrines du Louvre, eût remis les deux rois à leur vraie place chronologique, aucun texte n'était venu jusqu'ici déposer d'une manière formelle en faveur de l'arrangement adopté par M. de Rougé. Notre épitaphe est donc précieuse en ce qu'elle est le premier monument qui nous fasse toucher du doigt le classement définitif de ces rois, et qui nous montre que Psammitiehus Ra-ouah-het, en succédant à Tahraka, ne peut occuper après Néchao la place qui appartient à Psammitiehus Ra-nofré-het. J'insiste d'ailleurs sur ce point avec d'autant d'empressement que la question de priorité a peut-être été jusqu'à présent assez mal jugée. En 1854, M. Bunsen^ attribue en eifet à M. Lepsius la découverte du vrai Psammitiehus I"; M. HiNCKS^, de son côté, ne sait, en 1855, s'il faut en faire honneur au même M. Lepsius ou à M. Brugsch. Le débat me semble maintenant vidé , et la stèle du Sérapéum n'intervient plus qne pour assurer la légitimité d'une restitution* qui, signalée publiquement depuis six ans et demi, appartient à M. de Rougé.
grandes difficultés. Mais la durée de la vie a pour expression sur les monuments de toutes les époques
une phrase si connue i § T , etc., la durée heureujte, etc.) que j'ai dû m'en tenir au mot à mot du
texte, et traduire : fait (la stèle) en Van 21. 11 était d^ailleurs impossible, avec la première version, de rendre un compte exact de la construction grammaticale du groupe égyptien.
1. Cet arrangement est encore celui qui figure dans la série des cartouches royaux peints sur Tun des plafonds du nmsée de Berlin. Voyez K'mùgliche Mween, Abtheilung der jEgt/ptiêchen Alterthumer , etc.; Hùiorischer Stuil, pi. 17. Berlin, 1855.