‹ Le Sérapéum de MemphisChapitre 65 sur 73 · Clinton, FaaU Ifellenici, vol. I, p · texte numérisé non relu

Clinton, FaaU Ifellenici, vol. I, p

2. Cf. £. DE Saulcy, Ctnicordance de la chronologie monumenttUe égyptienne avec les dates calculées astronomiquement, p. 10 du tirage à part; extrait du numéro de janvier 1856 des Annales de Philosophie chrétienne. Hérodote nomme Séthos le roi égyptien que la Bible appelle Tahraka. L'erreur de T historien d'Halicamasse est si évidente, qu'il n'est personne qui n'en ait été frappé. Les exploits du véritable Séthos, qui porta ses armes jusqu'en Asie, et ceux de Tahraka, qui, aux yeux des Grecs, passait pour avoir atteint les colonnes d'Hercule, se seront brouillés dans la mémoire d'Hérodote qui, sans s'inquiéter ici plus qu'ailleurs des exigences de la chronologie, aura confondu les deux conquérants.

Psammitichus P', qui monta sur le trône en 665, aurait donc eu pour prédécesseur Tahraka qui aurait commencé à régner, 48 ans auparavant, en 713. Mais je n'ai pas besoin de faire remarquer que ce résultat, déjà si difficile à admettre au point de vue de Thistoire, est formellement contredit par le dogme lui-même qu'Apis représentait. Si en effet Apis est Osiris descendu sur la terre, la vie et la mort du taureau sacré étaient, en vertu de cette identité, la vie et la mort d'Osiris. De là la fin cruelle imposée au dieu; de là la règle sacrée, attestée par l'antiquité classique tout entière, qui fixait, non pas à 25 ans comme on Fa cru sur l'autorité du seul Plutarque, mais à 28 ans l'âge fatal que le taureau ne pouvait dépasser ici-bas. Apis ne vivait donc que 28 ans, et quand la vieillesse le conduisait à cet âge, on le noyait. Or un Apis né, dans l'hypothèse que nous combattons, en 688 et mort en 645, aurait atteint, à l'époque de ses funérailles, sa 43*^ année. Notre Apis aurait donc vécu quatorze ans pleins au delà des limites assignées, et il devient ainsi superflu de démontrer qu'une erreur de quatorze ans au moins se cache sous l'une des deux années 645 et 688 pendant lesquelles nous supposons qu'eurent lieu la naissance et la mort du dieu. Mais la question est de savoir de quel côté se trouve cette erreur. La devons-nous à la date de la mort qui repose sur les données inattaquables fournies par les stèles du Sérapéum? ou plutôt n'est-elle pas due au rang trop élevé assigné par les commentateurs de la Bible à l'année pendant laquelle Sennachérib vint occuper la Judée? Cette dernière correction est incontestable. Le maximum des vingthuit années de vie accordées à Apis nous force donc à reporter à698ou699au plus l'expédition de Sennachérib, et il n'est pas inutile de faire remarquer que, d'accord avec les stèles du Sérapéum, les inscriptions cunéiformes ont démontré à M. HiNCKS^ la nécessité d'une correction à peu près semblable, en fixant à l'an 700 (la 48^ année de Nabonassar) le gi-and fait que les autorités les plus suivies en matière de chronologie biblique avaient placé en 713. De tout ce qui précède, il résulte donc que Tahraka était monté sur le trône vers 698, et que l'Apis, né l'an 26 de son règne, avait fait son entrée vers 673 dans l'étable de Memphis, où il -était resté pendant vingt-sept ou vingt-huit ans, jusqu'à l'époque de sa mort survenue en 645^.

1. HiKCKSf On the chronology ofthe 26 th dynoêty, p. 430. Cf. de Rougé. Notice de quelques textCê hiéroglypliique»,

2. Le !•' Thoth répondait en 645 au 1" février de Tannée julienne. L*Apis mounit donc le 16 janvier 645, et fut enseveli le 26 mars de la même année. Le jour de la mort est compris dans les soixante-dix jours. — Les bases sur lesquelles ces calculs reposent étaient an'êtées et Tétude des monuments de la XXV* dynastie achevée, quand M. de Rougé a fait paraître son article sur les Textes hiérogli/phiqiies publiés par M. Greene (voir VAthenœum françcUtt de Î855, j). 956 et 1083). Je suis heureux de voir que les résultats obtenus par l'éminent auteur du Mémoire sur Vimcription d'^Ahmhi ne contredisent pas ceux auxquels j'étaia

Voilà donc, en résumé, les chiffres qui nous sont fournis par les renseignements que nous possédons sur cette époque; mais je tiens à ajouter que je produis ces chiffres sous toute réserve et en faisant remarquer que, l'âge de TApis en 645 ne nous étant pas connu, nous pouvons faire une erreur de cinq ou six ans, selon que TApis mort à 22 ou 23 ans au lieu de 27 ou 28, aura rapproché Tan 26 de Tahraka de Tan 20 de Psammitichus I""'.

3° Eusèbe attribue à Tahraka vingt ans de règne que l'Africain réduit à dixhuit, M. Bunsen ^ corrige ce dernier chiffre en vingt-huit, et les monuments du Sérapéum, qui nous font aller jusqu'à Tan 26 prouvent que, selon toute vraisemblance, la correction du savant allemand n'est pas exagérée. Tahraka aurait donc gouverné l'Egypte pendant vingt-huit ans, et son règne se serait terminé en 670, c'est-à-dire cinq ans pleins avant l'année à partir de laquelle Psammitichus I®' aurait compté son propre règne. Il y aurait eu par conséquent entre Tahraka et Psammitichus I*"' un intervalle qui peut être au maximum de cinq ans, si l'Apis qui nous donne ce chiffre a vécu 28 années, mais qui peut aussi être réduit de beaucoup et même totalement retranché si l'Apis n'a vécu que les 18 ou 20 ans qui forment la moyenne de la vie des taureaux sacrés à Memphis. Maintenant laquelle de ces deux hypothèses est conforme à l'étude des faits que les monuments nous permettent d'observer? Je n'hésite pas à dire que c'est celle qui place «ntre la fin du règne de Tahraka et le commencement de celui de Psammitichus I^' un intervalle plus ou moins prolongé. Les monuments introduisent en effet entre ces deux princes un roi de sang éthiopien,

moi-même arrivé. Un seul point essentiel nous sépare : M. de Rouqé a fixé à vingt-cinq ans le maximum de la vie des Apis; plus hardi que lui, j*ai cru pouvoir reculer jusqu'à vingt-huit ans Tâge que ces animaux ne pouvaient dépasser, et faire remonter ainsi jusqu'à la cinquantième année du Canon Tavénement de Tahraka. Cet arrangement présente, je crois, un double avantage. Â deux ans près, les dates égyptiennes se rencontrent avec les dates assyriennes, tandis que la dernière année de Tahraka et la première de Psammitichus laissent entre elles, en s'éloignant Tune de Tautre, un vide dans lequel Piankhi trouve une place suffisante pour son règne, qui ne dut pas être très court, à en juger par les souvenirs assez nombreux qui nous restent de sa femme Amnéritis. — Du reste, que ce Piankhi, époux d'Amnéritis, ait porté, comme le pense M. de Rouoé, le célèbre prénom de Thothmès III, c'est ce qui serait à discuter. Le

roi t Ra-men-kheper de la stèle du Louvre a plus d'un lien qui le rattache à la XXI*> dynastie, et le

véritable nom de ce roi peut aussi bien avoir été Pikhài, ou tout autre nom semblable, que Piankhi, D'un autre côté, M. Lisant a copié à Thèbes la légende d'un Ra-8-nofré Piankhi qui a régné au moins douze ans, si nous en croyons les inscriptions d'une bandelette de momie conservée au Musée britannique (voy. Greene, FouiUes exécutées, etc., pi. VIII). Il est impossible qu'un règne de cette longueur passe inaperçu, et cotte considération me ferait croire que le Jia-s-no/ré Piankhi de Londres est le Piankhi, époux d' Amnéritis, auquel nous devons la statue de Médinet-Abou. Peut-être fuMl lui-même un usurpateur et compta -t-il ses douze ans de l'an 20 de Tahraka (ce qui expliquerait le chiffre de Manéthon)-, peut-être aussi Psammitichus fit-il dater sa première année de l'un des douze ans de son prédécesseur. Comme on le voit, toute cette période est compliquée de difficultés qu'il serait téméraire de vouloir débrouiller dans une simple note, et que je me contente par conséquent d'indiquer. 1. EgypC» place, t. II, p. 597.

nommé Piankhi, lequel avait épousé, selon les inscriptions d'une statue découverte à Thèbes par M. Greene\ la reine Amnéritis, celle-là même qu'Eusèbe place en tête de la XXVI° dynastie sous le nom de !^|Ji|Jiepcc* Puisque cet étranger régna à Thèbes après Tahraka et avant Psammitichus I*"^, l'interrègne dont nous cherchons la trace fut donc bien réel. Je n'en dirai pas plus. Cette question n'intéressant qu'incidemment la série de nos Apis, je me contente de renvoyer aux excellents développements que M. DE ROUGÉ lui a consacrés dans sa Notice des textes hiêroglyphiquesy publiés par M. Greene. On y verra quelle part Piankhi prit au gouvernement de l'Egypte, et comment Psammitichus I'^'', en faisant compter son avènement de la première année de la dodécarchie d'Hérodote et de Diodore, engloba dans son règne celui du Stephinatès, du Nechepsos et du Néchao de Manéthon. Pour moi, tout ce que je désire faire remarquer en terminant la troisième des observations que suggère l'épitaphe de notre Apis, c'est que cet Apis, ayant vécu vingt ans sous Psammitichus, deux ans sous Tahraka, atteint par le règne qui sépare ces deux souverains, l'âge avancé que déjà nous Jui avions attribué sur la seule nécessité de ramener à un chiffre raisonnable la différence qui existe dans les calculs sur lesquels les monuments de l'Egypte et de l'Assyrie d'une part, et le texte de la Bible de l'autre, s'appuient pour placer l'expédition de Sennachérib.

Il paraît que l'Apis en souvenir duquel fut gravée cette épitaphe obtint plus qu'aucun de ses prédécesseurs la sympathie de l'Egypte. A sa mort, la tombe du dieu ne reçut pas moins de cent-soixante-huit stèles, qui toutes sont aujourd'hui conservées au Louvre. Comme ces stèles n'ont pas toujours été trouvées à leur place antique, on conçoit que le classement d'un pareil nombre de monuments souffrirait de grandes difficultés, si nous n'étions aidés dans cet ingrat travail de nomenclature par les stèles elles-mêmes et les renseignements qu'elles nous fournissent sur leur propre origine. Cinquante-trois d'entre elles sont en effet datées du règne de Psammitichus, et comme quatre -vingt- une autres sont de la main des scribes qui écrivirent ou gravèrent les cinquante -trois premières, il s'ensuit que cent- trentequatre des monuments s'entraînent mutuellement à la place qui leur appartient- Notons en outre que plusieurs stèles sans date proviennent de certaines famille» que, par d'autres stèles datées, nous savons contemporaines de Psammitichus. L'obscurité dont paraissent s'envelopper les stèles du premier Apis de la XXVP dynastie

1. Fouilles exécutées à Thèbes pendant Vannée 1855, par. M. Greene, pi. VIII. de Rocgé, Xotice de quelques textes, etc., p. 36 et suiv.

cède donc à l'étude attentive des monuments, et sur nos cent soixante-huit stèles il en est à peine une trentaine pour lesquelles, dans le travail d'attribution, nous soyons réduits aux seules indications du style.

J'ai dit que cinquante-trois de ces stèles sont enrichies d'une date. Mais les unes portent celle du jour de la mort du dieu (le 20 de Méchir de l'an 20, qui correspond au 16 janvier 645), d'autres celle du jour de ses funérailles (le 25 de Paophi de l'an 21, ou 26 mars de la même année); les plus nombreuses sont du 1^* Thoth de l'an 21 (l*'' février). Ainsi le renouvellement de l'année fut pour les habitants de Memphis un jour de fête que plusieurs d'entre eux célébrèrent en allant faire un pèlerinage à la tombe d'Apis. On remarquera d'ailleurs qu'aucun des proscynèmes étudiés jusqu'ici ne porte une date qui ne soit celle de l'un des soixante-dix jours compris entre la mort et la cérémonie de l'enterrement du taureau. Le témoignage de Pausanîas conserve donc sa valeur, et le Sérapéum proprement dit, c'est-à-dire le souterrain où reposait la momie du dieu, n'était ouvert qu'à l'époque indiquée par le célèbre écrivain grec.

Nous arrivons à peine à la XX VP dynastie, et déjà l'on s'aperçoit, en étudiant les stèles du commencement de la famille des Saïtes, que l'Egypte est gouvernée par une race nouvelle et indigène. Plus de noms étrangers. Les Scheschonk et les Sargon sont maintenant bien loin, et les Éthiopiens ont fui sans même laisser une trace derrière eux. Chose remarquable, trois ou quatre cents habitants de Memphis, tous contemporains des premières années de Psammitichus , nous sont connus par nos stèles, et il n'en est pas un qui n'ait un nom égyptien, ou qui ne témoigne de son respect pour le roi en s'appelant comme lui Psamétik ou Ra-ouah-het. Evidemment l'Egypte n'a plus ses regards tournés vers le haut Nil, ou vers les plaines de l'Asie qu'arrosent l'Euphrate et le Tigre. Son attention se concentre maintenant en elle-même; elle refait son homogénéité, et si le bruit de l'étranger se fait encore entendre à ses portes, ce bruit vient du Nord et d'un peuple dont elle n'a rien à craindre, puisqu'à ce peuple appartiennent «les hommes d'airain sortis de la mer» auxquels Psammitichus dut la défaite de ses complices et sa propre élévation au trône. L'Egypte marche ainsi à l'accomplissement de ses destinées. Psammitichus, par une politique nouvelle et déjà bien remarquée, ouvre son royaume à l'ennemi qui doit plus tard l'anéantir, et l'Egypte, trop occupée de sa sécurité intérieure, ne laisse apercevoir d'autre indice de la plaie nouvelle et incurable qu'elle porte dans son sein, que la magnificence subite du culte d'Apis mort, comme si les Grecs amis

de Psammitichus, pressentant dans Osorapis la fortune de Sérapis, avaient déjà pris

une place inaperçue dans les conseils religieux de l'Egypte.

Apis II. Nous pénétrons avec cet Apis dans la magnifique tombe qui servit de sépulture aux taureaux divins jusqu'à la chute des Lagides et la réduction de l'Egypte en province romaine. L'Apis I" de la XXVP dynastie fut en effet le dernier taureau qui vint reposer dans les souterrains inaugurés par Ramsès II. A une époque qui se place entre l'an 20 et l'an 52 de Psammitichus I", un éboulement eut lieu dans la partie de la tombe où avaient été déposés les Apis dont nous venons de présenter la nomenclature, et cette circonstance, jointe à l'extension qu'avait prise le culte d'Apis et à la mauvaise qualité du roc à travers lequel le souterrain était creusé, détermina les Egyptiens à ouvrir autre part une nouvelle et plus spacieuse galerie. C'est dans la première chambre de cette nouvelle galerie qu'a été déposé notre Apis II.

Il est peu d'Apis qui ait laissé moins de souvenir que celui-ci. La partie du souterrain réservée à sa sépulture se composait d'une grande chambre et d'un vestibule, orné sans aucun doute de nombreux proscynèmes. Mais un taureau étant mort sous Cambyse, on trouva commode d'arranger ce vestibule pour le nouveau venu, et dans les travaux d'appropriation les proscynèmes furent détruits ou replacés dans un endroit que je n'ai pas retrouvé. L'épitaphe elle-même fut enlevée. Au centre de la chambre qu'on laissa intacte, j'ai heureusement recueilli une grande stèle qui, sans avoir l'importance ordinaire des épitaphes, n'en est pas moins précieuse à bien des titres. En voici le texte que je reproduis avec d'autant plus d'empressement que la pierre n'est pas arrivée au Louvre, et n'est encore connue de personne :

^l!-^^îS-^--llr^k±^n^fl^4kî«^«

A/WVVA

l.i^^fl^r7:P

AA/WW

/VWNAA

mr,

K^Afil

Ce qui, en mot à mot, se traduirait : «L'Horus qui grandit le cœur^, le roi de la » Haute et de la Basse-Egypte, le maître de la région supérieure et de la région ♦inférieure, le seigneur de l'action, l'Horus triomphant et victorieux, Ra-otmh-het, »le fils du Soleil, et de son flanc, qu'il aime, [ligne 2] Psamétik, vivant à toujours, »aimé d'Apis le second Phtah^. L'an 52, sous la Sainteté de ce dieu bienfaisant.

1. La concision de ces titres royaux empêche souvent d'en bien saisir le sens. U faudrait ici I - , comme dans f^l "^j SeHeR IleT, celui qui trang^uaiiêe le cceur (Denkm, IV, 30, 37; Aimo, PI. XVII), n 9 , SeKHePeR ToTI, celui qui faU être le viande, titre du roi AY (Denkm, III, 114), fl'**^!

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