ISIDORE, ALEXIS
ALEXIS , serrant ta main de son frire. Encore une fois, soif le bien venu dans la maison paternelle, cher Isidore P
Isidore. Merci, mon ami. Ton accueil m’est doublement cher aujourd'hui, que lu mort a fermé la bonche d’où j’espérais entendre ces paroles bienveillantes. J’étais A Venise lorsque la triste nouvelle m'est venue, je songeais avec regrets i cette demeure... où je ne devais plus retrouver notre bon pire... mais dis, pensail-il A moi?
alkxiS, Sa mort fut prompte; cependant en ce cruel instant il me serra la main et prononça péniblement ton nom ; sa dernière volonté était sans doute que je fisse pour toi ce qo’il n’avait pu faire... car il était extraordinaire, et, je l’a vouerai, je fus frappé d’étonoement lorsqu'au parcourant les papiers je ne trouvai nulle disposition en ta faveur. Point de testament qui assurât ton sort. *■
isidobe. En ai-je besoio? ne sommesnous pas frères?
Alexis. Oui, oui! et tn peux être sans Crainte.
isidobe. Je le suis... Te voilà maintenant insîtrede 1a destinée de plusieurs mil-
liers d’hommes, sois jusle, affable, bon!
Oublie ce malheureux droit que la tyrannie a donné à nos aïeux. Que de fois la rigueur de notre père m’a fait verser des larmes. Tu es un enfant des jours de luinière, laisse t.i bonté triompher de l'esprit de ténèbres qui veut encore gouverner le monde par ses gothique» lois.
Alexis. Je ne te dirai pas de croire à mes paroles, mon frère, mais demande quel adoucissement a déjà éprouvé ie sort de mes serfs.
tsiDOEE. Reçois mes actions de grâce avec les leurs; car je sais, je n’oublierai jamais que ma mère était esclave... Oui.
tu es bon et tu resteras tel; mais prends garde à bien choisir celui qui te représentera. Que ce ne soit pas un de ceux qui ont eux-mêmes porté la chaîne, elle endurcit le cœur comme la main, et l'esclave se venge de ses maux passés sur ceux qui lui obéissent. J
alexis. J'y veillerai moi-même.
Isidore. En ce moment, sans doute; mais plus tard...
Alexis. Peut-être toujours.
Isidore. Toujours! tu pourrais te fixer dans ces contrées éloignées de la capitale, toi I ami du fracas et du tumulte, qui dans ton enfance ne trouvais jamais la tempête assez bruyante !
alexis. J’ai suivi nos armées, habité les camps, je me suis embarqué pour l’Amérique sur les flottes de l’Angleterre, rien n'a pu, j’en conviens, affaiblir cette horreur du calme cl du repos, assouvir ce bcsoin d’agitation que j 'éprouvais a lors. Nulle part je n’ai trouve le bonheur.
isidore. Pour y parvenir, ce n’est point à ton imagination vive et ardente qu’il fallait demander des conseils, c’est à ton cœur. Le bonheur se trouve dans l’amour, l’amitié, la culture des arts, les affections douces et les plaisirs purs
alexis. Je ne le croyais pas jusqu’ici ; t mais à présent je suis de ton avis.
isidore. Quel changement I alexis. Si tu savais... si je pouvais te dire... mais non... plus tard, je t'apprendrai cela. Nous sommes pour loug-temps ensemble, n’est-ce pas mon frère ?
Isidore. J'espère que rien ne nous forcera de nous séparer.
ALExts. Oui, tu resteras avec moi... dans cette terre... tu y retrouveras une ancienne Connaissance , une amie de notre enfance.
isidore. Qoi donc?., qui reux-tu dire?
alexis. La comtesse Emma Lazinski.
isidore. Elle!., elle est icil alexis. Depuis tm mois; le château de
tu famille est voisin du mien. D’où vient ton étonnement?
Isidore , troublé. Je ne savais pas qu’elle fût dans ce pays., elle ne m’avait pas dit...
Alexis. Comment!., mais, en effet , je me rappelle. ..elle m’a raconté t’avoir rencontré dans ses voyages en Italie, lu lui enseignais In peinture.
Isidore. Il est vrai; sa mère, qui l’accompagnait alors, me témoignait de l’amitié...
Alexis. Tu parais fatigué... le voyage?..
Isidore. Quelques instant de repos suffiront pour me remettre; permets-moi de me retirer.
Alexis. Soit! ton appartement est préparé. (Il frappe dans ses mains : Ossip parait si la porte de droite.) Ossip , conduis mon ■frère.
Isidore. Je te reverrai bientôt.
Il sort par la droite.