‹ Le serf et le boyard drame en trois actes imite de l'allemandChapitre 2 sur 33 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PETBTOFF, OSSIP.

, pETxaorF. Un mariage! serait-ce cette comtesse Emma Laxinski , dont les domaines touchent à cette terre ? Je l’ai vue à Saint-Pétersbourg.

ossir, Fâcheuse affaire pour nous. Uu amant malheureux est un mauvais maître, et le prince ne me semble pas heureux dans «s amours.

peteroff. Si elle était notre égale j eo aérais bien amoureux aussi 1

ossip, riremenf. Toi! insensé ! tu penses à l’amour ! un serf, un être qu’on vend , qu’on change , qu’on donne , qu’on jouet.

<yui veux-tu aimer ? une femme que ton maître peut enlever à tes eûtes pour satisfaire ses désirs ou l’offrir aux plaisirs d’un hôte libertin ?.. dans quel but veux-lu aimer? pour augmenter le nombre de ces créatures que l’on bat, que l’on fouette...

aimer !.. le peux-tu même ? ton Smc l’appartient elle ? peux-tu eq disposer sans l’aveadeton maître?

petesoff. Voilà de singulières raisons; à t’entendre oudiraitqu’ilnous est défendu d’aimer! cela ne t’cst-il jamaisarrivéà toi?

ossip , avec un frémissement. A moi I.

oui!,, oh i oui, j'ai fait cette folie une fois..., c'est une drôle d’histoire.

peteroff. Vraimenll en effet, toi amoureux 1 ça doit être amusant, conte-inoi ça.

ossip. Vois-tu, Peteroff, je suis néserf:

mon père, ma mère l’étaient, et cependant, dans mon enfance, je ne pouvais m'accoutumer à cet état. J’avais peine à comprendre pourquoi il me fallait penser, dire, souffrir, oufaire ce qu’unautre m’ordonnait... cela me paraissait bizarre.

peteroff. Rien de plussiiuple pourtant:

tu es serf. Au reste, je ne connais pas d’état plus heureux que le nôtre: nous mangeons à la table d'autrui, buvons A son verre, couchons daus son lit, portons ses babils, et pour tout cela, nous n’avons pas un souci... Les soucissoat la partdu maître è qui nous naissons, à qui nous mourons.

ossip. Je ne pouvais penser ainsi; je le payais souvent d’une manière cruelle. Parfois, il est vrai, j'échappais à la punition pur des folies et des bons mots ; c'est ainsi que peu à peu je suis devenu le bouffon du château. Homme raisonnable, on me traitait eu esclave ; fou, j’obtins presque la liberté.

peteroff. C’était bien calculé. Les bouffons sont toujours les mieux traités.

ossif. Oui, comme les siogeset les perroquets. En effet, je menais une assex douce vie, notre maître ne pouvait se passer de moi , je croyais être bien sûr de sa bienveillance... lorsque je vis Axinia: c'était la plus jolie des temmes de la princesse...

esclave comme moi. Nous nous primes d’amourl’un pour l’autre... dans ce tempslà mes traits n’étaient pas encore déformés psr le rire forcé auquel je suis contraint; l'amour ine fit perdre la tête: je commençai à croire que nous u’èlions pas tout-jfait maudits de Dieu, et que Dons pouvions prétendre au bonheur comme le» hommes libres... Dis, n’étais- je pas bien fou?

fbtetoff , avec intérêt. Eh bien 1 qu’arriva-t-il?

ossip. Nous demandâmes au prince la permission de nous marier. Il refusa, disant que je ne serais plus aussi amusant, aussi gai quand jaurais une femme, et des enfans. Et il avait raison 1 pour être gai sans cesse, il faut avoir le cceur vide. Nous eûmes beau prier, supplier, il nous dit nou. C’était justice: il était In maître. Moi, fou que j'étais, je voulus l’empoiter :

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« Il s'appnisera , quand nous serons unis » secrètement. » Axinia répondit à mon amour; bientôt il ne fut plus possible de cacher notre mariage, elle allait deveryr mère; nous nous jHflmes aux genoux du mnftre, noos buisfimes ta poussière de ses pieds... en tain! Moi, je fus rudement i châtié... elle, une femme est toujours mieux traitée, le maître In donna à un autre serf, valet d'écurie qui se maria, pour la troisième fois... A l'autel, oh! ce fut une joyeuse noce 1 à l'autel, Axinia dit: non I On feignit de ne pas l'entendre, car le prince avait ordonne le mariage. Gomme elle vil que cela n’empôcherait rien, elle se livra uu désespoir, et mourut en mettant au monde mon enfant.... mais, Dieu soit loué! elle l'emporta avec elle dans la tombe... Eli! bien, frère! pourquoi ne ris-tu paa !

peteropf, essuyant une larme. Rire!., pauvre Ossip !

ossip , durement. Allons , à ton poste...

Les voici, le GU du meurtrier d'Axinia.

De» serf* paraissent portant un album, une boîte à pistolets ; bientôt arrivent Isidore et Alexis les bras entrelacés. Isidore remet à Peteroff son mauteau , sua chapeau; Ossip, Pcteruff et tes fcrl’-î qui portent les effets d'Isidore sortent par la droite.

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