LE GÉNÉRAL, LOUISE
(Lé général e*t a**i« et vult des yeux Louise qui est debout snr le perron du pavillon et regarde au loin.)
ATCRKER, à part.
Toujours rêveuse I toujours préoccupée !... Jo l’ai quittée ainsi, ainsi je la retrouve... (Haut.) Comtesse?...
ft
LOUISE
Générait
STURNER.
Qu’avez-vous donc?
LOUISE
Moi T
STURNER.
Voyons, venez donc vous assooir là, pré* de moi, et causons... Laissez-vous gagner à ma franchise militaire... un peu brusque, c'est vrai... et diles-moi nettement vos pensées, comme je vous dis mes sentiments.
LOUISE, assise.
Quel secret ai-je donc à vous apprendre?
8TCRNKR.
Aucun qui ne puisse m'êlre révélé, jVn suis certain... Mais pourquoi êtes .vous ainsi préoccupée, rêveuse?... pourquoi vous retrouvé-]® comme jo vous ai laissée, il y a trois semaines. quand je suis allé à Vienne, par ordio du roi, demander officielleineut la main de la jeune princesse pour notre futur souverain?... Un visage triste au départ, cela fait presque plaisir ; mais un visage triste an retour, c'est bien dînèrent, n o.*tce pas, comtesse?... El voilà co qui m’inquiète, ce qui^ m’alarme... Allons, chere enfant, un peu de confiance... Qu’cst-ce qui vous afflige?... est-ce le mystère dont j'ai entouré nolro mariage?
LOUISE
Ma mère y avait souscrit.
STURNER, ae levant.
Et j’y tenais... j’y liens plus que jamais... Je ne veux pas qu’on oise : le général Slurncr a cinquante-six ans... (Oh I je ne peux pas cacher cela, c'est écrit tout au long dans l'Almanach de la cour.) le général a cinquante six ans, et sa femme en a vingt-deux... Quand j'ai demandé voire main, Louise, je savais que ce mariage me conduirait droit au bonheur, ou droit au ridicule... Eh bien I scs ridicules, il faut les cacher quelquefois... et son bonheur, il faut le cacher toujours... (Reprenant.) Si ce n'est cela qui vous trouble, est-ce la solitude où nous vivons?... cette résidence assez peu gaie, à dix lieues de Berlin, où votre vie a pour horizon le mur d’un parc, oi pour toutes distractions vos promenades du soir sous ces grands arbres?... Regrettez-vous Berlin, ses plaisirs, ses fêles?
LOUISE
Vous ai-je jamais prié de m’y condoire, mon ami?
LE GÉNÉRAL, «'animant.
Vous y conduire!... pour que tous ces freluquets delà course permettent... Ah! tenez, comtesse, je suis jaloux !... je ne vous le cache pas, je ne vous l’ai jamais caché... et ma jalousie impatiente n'est pas de celles qui admettent la surveillance et l’examen... Un soupçon me suffirait, à moi, et la vie d‘un homme paierait l'outrage d’un regard !... (stolbacb parait au fond , traverse lentement le parc el «omble écouler.)
LOUISE, souriant.
Oh I s'il en est ainsi, n’allons jamais à Berlin... Ce monde, cette cour, cet éclat, puis-je les regretter, no les ayant jamais connus?... Ce que jo regretterais à Berlin, ce iraient ces beaux arbres, sous lesquels il est si doux de rêver.
STURNER, l'observant.
Si ce n'est, ni au présent, ni même à l’avenir qu’il faut de- ’ mander le secret de vos tristesses, est-ce donc au passé?... (La regardant txémeni.) Madame... le général Siurner, en demandant la main de Louise Walslein, aurail-il brise un autre lion ? LOUISE.
Monsieur!...
STURNER, vivement.
Vous vous troublez !... (Stolbacb, qui «'était éloigné, reparaît tout-à-coup.) Hein?... qui vient là?... (voyant stolbacb.) Au diable!