SCÈNE VIH
Les Mêmes, hors LE ROI.
FRÉDÉRIC, à lui-mémo.
Condamné!... lui!... et moi, moi, le plus coupable!...
LA REINE, Ica regardant loua deux.
Pauvres enfants !... c'est que je vous aime presqu’autant 1 un que l'autre I
FRÉDÉRIC, allant à sa mère.
Ah! je vous remercie de ce mot-là, ma inèrol
LA reine, tendant la main à Keitt, qui la baise avec èmolion.
Mon bravo Keitt!;.. nous sommes déjà do vieilles connaissances.
KBITT.
Votre majesté m'honore trop, en daignant s’en souvenir.
LA REINE
Le cœur n’oublie pas, mon ami.
KRIÎT.
Voire majesté a sans doute lu désir de s'entretenir seule avec le prince, je lui demanderai la permission de me retirer.
LA REINE
Oui, mon chor Kcitt, va, va.
(KciU salue et sort par une porte latérale, à gauche.)
LA REINE, «c rapprochant do Frédéric.
Frédéric, mon fils... il faut le sauver I
FRÉDÉRIC, de plus en plus animé.
S’il faut le sauver, ma merci... oh! oui... oui... oou9 le sauverons!... Quand on a vingt ans, du cœur, et une mère comme vous, on ne laissopas mourir un ami comme Keittl... N'est-ce pas vous, vous-même, mère, qui me diriez que je n’en aurais jamais de plus loyal et de plus dévoué?
LA REINE
Juges-cn, mon fils... et apprends à le connaître... car tu ne le connais pas encore assez... Non, tu no sais pas tout ce qu'il y a de bon, de généreux, de... (Avec une émotion graduée.) Frédéric... Ah ! il m'en coûte de réveiller des souvenirs, auxquels se rattache une pensée bien douloureuse. .. (Elle a*a»sled près de la labié, Frédéric suit tes mouvements avec anxiété. ) Il y a dix ans à peu près, la calomnie, qui s’attaque à une femme... c’est-à-dire, co qu'il y a do plus infâme et ao plus lâche... la calomnie, qui peut atteindre même une reine, avait déchaîné contre moi la colère du roi... Je lui pardonne, mon Dieu I la colère ne raisonne pas... Unjour, il se présente devant moi, l'œil en feu, les lèvres frémissantes, tenant une lettre à la main... et , sans m'interroger, sans daigner m’entendre... oh! il fallait qu'il fût bien malheureux, pour être aussi cruel !... il m’accabla de mots outrageants, et, sa fureur croissant toujours, irritée par mon regard ferme et calme.... il osa lever sur moi... moi I la reine, moi I la mère!...
FRÉDÉRIC, tombant à »ea genoux.
Obi...
LA REINE
Un de mes pages, qui était près de là, entend un cri qui m’est échappé, s’élance, et ose arrêter les bras du roi.. .Ce n’élail cependant qu'un enfant de quinze ans à peine... Le roi, alors, tourne contre lui la canne qu'il avait levée sur une autre... il lui fait au front uno horrible blessure... puis, s' 1 'oigne... ou, plutêt s’enfuit... honteux du sa violence... (Pleurant.) Le pauvre enfant était tombé à mes genoux, pâle, inanimé... et, tandis que j’étanchais son sang, en m’écriant : il va mourir, mon Dieu I il va mourir I... — Mourir I me répond une voix faible, mourir I... mais pour vous, madame, pour épargner un outrage à ma souveraine! etses veux exprimaient une noble ûcrtér...Cet enfant
si courageux, si dévoué, c'était lui mon fils... c'était Gustave de Keittl
FRÉDÉRIC, après un effort, cherchant à sourire.
Ab! c’était .. c’était lui?...
LA REINE
Il m’en a coûté de te faire cet aveu, mon Frédéric, mai9 je tenais à t’apprendre pourquoi je t’ai dit tant do fois : sois l’ami de ce jeune homme, mon fils, etaime-le bien... Aujourd hui, il s-aeit do lo sauver I... je me jeterai aux pieds du roi, jo lui raprvelerai, s’il le faut, cetto scène affreuse, dont il ne m'a jamais parlé depuis... Compte sur moi, nous le sauverons... oui, nous le sauverons I (Elle «ori précipitamment.)