‹ Le sergent Frédéric comédievaudeville en cinq actesChapitre 56 sur 83 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Utiles, FRÉDÉRIC.

Frédéric, «'approchant ci prenant le papier que tend le roi.

Merci , mon père !

LE ROf, avec un rrl de Joie.

Ah!... (Reprenant »a sévérité.) Hcinf... qu’est-ce à dire*...vou* voilà, vous!... Le voilà I... Mon ûls I (Il *c»t attendri par degré.)

FRÉDÉRIC, tombant à ac* pied*.

Mon père !

LE ROI, de plu* en plu* ému.

Vous lut faites de belles fravours, à votre père!... et la reine!... voyez dan» quel état VOUS l'avez mise!... (Trés-atteudri ) Vous faites pleuier votre mère !

la reine, à irédérlc, qui eai venu l'embrasser.

Ah ! mon Frédéric !

LE ROI

Alt cal mais, par lo fait, me» ordres n’ont pas élé exécutés I

Au contraire, sire... Oh! rassurez-vous, vous avez élé obéi ponctuellement, au doigt et à l'œil, comme disent vos officiers de recrutement : vous allez en juger... Bien enveloppé dans lo manteau de Keitt, le chapeau rabattu sur le front, me voilà sortant de cetto maudite prison... Je m'attendais a monter en voiture et à rouler vers Spandau, Cuslrin, ou toute autre maison de plaisance, au choix do votre Majesté... Point du toutl...

On s'arrête — Ab ça! me dis-je tout bas, nous ne pouvons

encore être arrivés... où diable me conduit-on t — et, levant la tête avec précaution, je reconnais lu place d'Armcs!... I.a nuit était sombre... Tout-à-coup, à la lueur do quelques flambeaux, j'aperçois vos grenadiers rangés en bataille, droits et immobiles comme des soldais do plomb... Quels hommes!... Jamais ils no m’avaient paru si grands I... ils avaient sept pieds I... Les précautions prises, la foule qui *e formait, tout cela avait la mine d’un événement passablement sinistre, etie commençais à comprendre que j'avais débarrassé mon pauvre Keitt d'une vilaine corvée... Attendant le signal qui devait m’annoncer sa délivrance, les secondes me semblaient des heures!. .. Ecoutez donc, on a beau être philosophe, cela produit un certain effet... Un peloton s’avance et s'ai fête devant moi... (Imitant le roulement du tambour.) Décidément, cela devenait sérieux... El le signal ! le signai qui n'arrivait pas!... La compagnie fait un mouvement, puis un second... et j'entends... crac! (Bruit d«- fusil» que l'on anuc.) DU I alws, vous l’avouerai-je, j'ai eu peur I

LE KOI.

Hein f

El vous aussi, mon père !

LE ROI

Moi?

Oui, oui, vous avez eu peur, convetiez-oii.

LE ROI

Enfin?... enfin?...

Enfin... j’entends, du fond de la place, une voix bien connue qui chante : « Quand le roi va-l-à tachasse, il attrape des...» KeiU est sauvé I m'écrie-je I... et, telant mon manteau au nez du caporal, je me découvre poliment, en disant : messieurs, je vous salue... Le corntpaadanl, étonné, étourdi en me reconnaissant, n'a que le temps de s’écrier, à son tour : soldjl» ! redressez armes I portez armes! présentez armes 1... La troupe s’agite, le peuple m'entoure, les bonnets saulenteu l’air, au en réputé de : vivo le prince Fiédcnc ! vivo le prince royal!

Ma foi, mes amis, ai-je répondu, je ne demande pas mieux, et, pour ne pas faire la part si petite: vive tout le monde I... Ramené par la population entière, jusqu’aux portos de ce palais, j’y suis entre, avec In cœur plein de joie, plein d’espoir, et me voila I... Mais c’est égal, jo puis dire franchement que je l’ai échappée b. Ile!

LA REINE

Oh ! j’ai retrouvé mon fils '... que tout lo reste soit oublié!

LE ROI

Oublié?... non pas!... il y a ici quelqu'un qui va payer pour tous!

LE BARON, à part.

Ah ! c’est moi I

Qui donc, siro?

LS Roi, montrant Keitt.

Luil

Impossible, mon père!

le noi.

Comment! impossible?...

Le lieutenant Keitt I sa grâce!... Oh ! il n’y a pas b s’en dédire... vous l’avez signée... la voici 1 (a Kvùt.) Viens remet* Clef le roi... (Sellt vleol tomber au pied du roi.)

LE ROI, releva ni Keitt.

Eh bien, soit... relevez-vous... (Au Rendrai.) Dans tout ceci, ce diable de petit bonhomme a montré de la résolution, du courago. (Allant à Frédéric.) Tiens, je commence à croire que lu feras un Inave soldat ... que tu sera* comme moi... que tu aimeras ie mouvement, l'action, la bataille... hein ?

Oui, sirol

La guerre est l'élément d'un peuple à sa naissance.

Elle affermit ses droits, elle accroît ta puissance! l'u roi nouveau n'est rien que son premier soldat.

Qu’Il soit, durant la pais, toujours prêt au combat,

Qu*ll suit, comme mon père, ambitieux de gloire.

Calme dan* U batailla et grand dans la victoire!

LF. ROI.

Bravo! .. c’est superbe I... El quel est le poète qui a dit do ai belles choses?

C’est moi, siro... dans mon poètuo do l'Art de la guerre.

le roi.

Toi, mon Ois!... tu as écrit sur l’art de la guerre!.. . Je veux qu’on imprime cet ouvrage, et jo souscris d'avuncu pour... doux exemplaires.

La fortune de mon libraire est faite !

LE BARON, à part.

Deux exemplaire* 1... Qu’on diso encore qu’il n’y a pa* profit a travailler pour le roi de Prusse.

LE ROI, prenant Élisabeth par la main.

Ma belle- fille, vous étiez venue ici pour donner votre main à un sergent... vous pourriez bien avoir épousé un grand roi.

ÉLISABETH

J’y compte, sire.

Ah t mon Dieu , je me contenterai tout bonnement d'ctie un grand homme, comme mon ami Voltaire.

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