SCÈNE XI
FERDINAND, MATHIEU, Soldats.
FERDINAND , pendant que Mathieu suit Eveline des yeucc.
Je ne puis revenir de ma surprise. Eveline ici! . . . Quel heureux hasard m'a rapproché d'elle, dans ce camp: lorsque j'avais perdu pour toujours l'espérance de la revoir! Malgré le dédain qu'elle affectait , j'ai lu dans ses regards que je n'étais point oublié. Ah! sa présence a doublé mon amour. . . à tout prix , il faut que je la voye ! qu''elie sache tout ce que j'ai souffert loin d'elle.
MATHIEU, qui, pendant ce temps a allumé sa pipe et est venu s'asseoir à gauche sur un banc»
Là y'ià partie ! . . . maintenant j e suis plus tranquille ! . . .
FERDINAND
Sergent!
Lieutenant
MATHIEU
FERDINAND
Cette jeune fille. . . vous la connaissez donc ?
MATHIEU
Oni. . . et vous aussi. . . je le sais.
FERDINAND
Et quel motif peut donc l'attirer ici, dans ce camp!
MATHIEU
Le malheur ! mais , c'est moi , moi seul , qu'elle y venait chercher j moi, le sergent Mathieu — son ami, son père adoptif. . . son protecteur. . . Et, c'est à ce titre que j'ose ici vous demander votre parole d'officier, que de'sormais vous respecterez son repos.
Anriez-vons la prétention de m'imposer des ordres î
MATHIEU
Non, Lieutenant... Mais j'ai le droit de vous parler ainsi. Celle que je vous conjure de respecter , c'est le ciel «iui m'a chargé de veiller sur elle . . . j'en dois compte à
Diea et 5 ses parens '. . . si jamais on les retronre. Elle ne possètle rien , vous avez d' la roitnne , elle est s.ms famille et la vôtre est noble et (ière. Elle ne sera jamais votre femme , voilà la volonté' de votre oncle ; mais la jcime lillc est sage aussi. . . A défaut de richesses elle a des vertus : elle ne sera jamais votre maitresse ; voilà sa volonté , et In mienne.
FERDINAND
Si Ton m'a calomnié auprès d^elle , je veux me justifier; il faut que je la voie , que je lui parle.
MATHIEU
Impossible.
FERDINAND
Et qui m'en empêcherait?
MATHIEU
Moi!
FERDINAND
Sergent ! oubliez-vous que je suis votre supérieur!
MATHIEU
Non , je n'oublie rien , mon Lieutenant! . . . je vous dois obéissance , c'est vrai ! mais comme à mon officier seulement, et dans ce moment, il ne s'agit pas de service militaire j je connais Tordre.
( Il se croise les jambes^ et se remet àj'umer.)
FERDINAND , reprimant un mouvement de colère. (///jûtrt.) Heureusement le hasard m'a fait savoir le lieu de sa retraite.
MATHIEU éteint sa pipe , et se couche , après avoir placé sous sa tête son haire-sac.
Final de M. Doc/ie.
Maintenant elle est en siir'té , J'peux m'endormir avec tranquillité.
Eu attendant la première escarmouche , Allons, allons, Jiraves troupiers , C'est assez briîler la carlouclie.
SCÈ]\E Xlf.
LES MÊMES, MULOT, BÉCHU, Conscrits, Soldats, ils sont entrés avec des bottes de paille.
MULOT , étendant la paille.
Et l'on s'endort sur des lauriers ; Comme on fait son lit , on se couche.
( // se couche. )
Ali ! qu'il est (loux de sommeiller , Quand y a d'ia plum' dans l'oreiller.
BÉcHtr , entrant.
Mon bras à ma patrie , Mon cœur à mon amie !
Mourir gaîment, pour la gloire et l'amour , C'est le devoir d^un vaillant troubadour.
CHCEUR.
Allons, silence! vîfe, taisez-vous; Il en est temps , endormons-nous.
( Se couchant. )
Endormons-nous. ( lis. )
FERDINAND qui ^ enpeloppé dans son manteau , i était jeté sur un banc.
Ils dorment tous !
Eloignons-nous.
Les vedettes veillent là bas , Et cette nuit je ne crains pas Qu'ici l'ennemi nous surprenne. . .
Puisqu'elle a fui , suivons ses pas , Car il faut qu'elle m'appartienne. . .
Demain , avant le point du jour , Au camp je serai de retour.
r // sort. )
( dS ) r.
MULOT, assoupi.
Mon bras à ma patrie,
Miin cœur à mon amie !
I\Iourir gaîmeul pour la gloire et l'amour, C'est le devoir d'uu vaillant troubadour.
( Quelques mesures en sourdine. On entend dans le lointain: qui vive? et deux coups de fusil qui se répondent. )
MATHIEU , se levant et se jettant sur son fusil.
Alerte î aux armes ! Où est le lieutenant , il n'est pas à sou poste ?
( Tous se re'i'eîllent en tumulte, et saisissent leurs armes; bruit de tambours , de trompettes , de mousqueterie. Le comte d'Estève paraît dans le fond, et se met à la tête des soldats.)