LES MÊMES, ÉVELINE
( Pendant le commencement de cette scène , Mulot s* exerce à marcher au pas dans le fond. )
MATHIEU
Entrez... entrez, il n'y a plus personne... il n'y a que lui.
ivELINE.
Eh quoi ! vous e'tiez là ?
MATHIEU
Et mille z'yeux , il le fallait bien , après les dangers que vous aviez courus î Hier soir , quand V re'giment fit halte dans rctt' p'tite ville de Blauskernn , j'appris qu' vous étiez en sûreté ici , dans c'te chambre , j'accourus , mais vous étiez endormie... comm' j' n'avais pas 1' droit d' mettre une sentinelle à votre porte , c'est moi qui ai fait la faction. . . là.
ÉVEI-INE.
AIR : De la T'ieille. (Pas de chagrin qui ne soit oublié. )
Quand je pleurais sur votre absence , Quoi? vous étiez si près de moi?
MATHIEU
Accourir pour voire défense , C'e'tait mon d'voir ; non, plus d'elfroi. Puisque le ciel , dès vot' enfance , D' veiller sur vous me f'sait la loi.
Mais au sommeil, en vain voulant m' soustraire, D'vant vous, d'mon corps j'avais fait un' barrière. Et i'répétais, en fermant la paupière : ( bis) ^ r K N'approchez pas. . . sur ce dépôt sacré, g l » Jusqu'à la mort je veillerai.» {bis.)
P, < ÉVELINE
M I Ail ! vous chérir est un devoir sacré ,
b$ El toujours je m'en souviendrai.
MULOT , revenant.
Eh! cVst la jeune parlicullcre tViiier soir. . . j' la r'cojiuiiis. . . à sa (ii^iire.
MATHIEU
Mais dites - moi donc comment j' vous retrouve à Elauskcrun. . . après tout ce qui s'est passe. . .
ÉVELINE
Le convoi , auquel ou m'avait confié , allait tomber entre les mains de l'ennemi ; le chef même était griivemeiit blesse, lorsqu'un autre oillcier arrivé précipitamment, ranime le courage des soldats , et parvient à nous sauver. Alors , sans m'adresser une parole, sans vouloir se faire connaître, il me protégea, se tint près de la voiture , fit ouvrir devant moi les portes de cette maison , s'élança sur son cheval , et disparut à mes yeux.
MATHIEU
Qui diable çà pouvait-il être?
MULOT , à part.
Comme il me regarde donc, {haut.) Ce n'est pas moi, sergent 1 parole d'honneur î
ÉVELINE
La nuit était obscure, et sou manteau me dérobait une partie de ses traits.
MATHIEU
Qui que çà soit , c'est un brave homme ; n'importe , vous ne voyagerez plus que sous mon escorte Mais voici le Général. Allez rejoindre c'te brave dame, et ne la quittez pas jusqu'à j' vous retrouve ici.
( Eveline sort.)