SCENE m
LES MÊMES, MULOT , il est vêtu cVune capotte très - large.
Pardon, excuse, Madame; est-ce pas vous qu'êtes la bourgeoise?
M™® DE LASALLE
Que me voulez-vous?
MULOT
C'est moi que j'suis Jacques Mulot, envoyé en estafielte, pour vous annoncer que le Général sera ici dans queuqu' temps , v'ià la dépêche !
( n lui donne un papier cacheté'. )
LINA
Le Génériil, ici?
MULOT , bas à Lina, pendant que madame de Lasalle lit. Mam'zelle! Mam'zellel j'ai^ aussi queuqu' chose à vous
( 28 ) LINA
Eh bien ! qnoi ? parlez !
MULOT
Oh! non, rien; c'est que j'ai chaud, et j' voudrais savoir où c' que . . . ( il fait le geste de boire.) où c' qu'est l'office?
M'"^ DE LASALLE
Mais il ne me mande pas si le lieutenant Ferdinand l'accompagne.
MTTLOT.
Qui çà? le lieutenant de guernadiers? oh! non , non, et par un' bonne raison , c'est qu'hier soir il a désalté.
LINA
Grand dieu! entendez-vous , ma tante?
M™^ DE LASALLE
Ferdinand! je ne puis le croire. Mais suis-moi; rendonsnous au-devant du Géne'ral, et nous connaîtrons la vérité.
( Elle sort vivement avec Lina.)
SCÈÎ\'E IV.
MATHIEU, dormant toujours, MULOT.
MULOT
Eh! eh! Mam'zelle! Eh bien! elles s'en vont sans me dire où c' qu'est l'office. Quoiqu' çà elles sont belles femmes, ces femmes-là! Dame, sur un soldat français, la vue du sesque, çà vous. . . Ah! çà, quand j'étais pour partir à l'armée , on me disait que les soldats ne faisaient que d' se battre, de piller. . . de. . . On s'est bien battu jusqu'à présent, mais le reste., çà n'arrive pas. Oh! elles sont bien belles femmes ! {il soupire.) et puis une figure . . . {il aperçoit Mathieu.) Ah ! mon dieu ! qu'est - ce que c'est qu' çà? c'est aussi un' figure , mais elle a des moustaches, celle - là. Eh ! c'est le fameux sergent qui m'a formé sous le rapport du beau langage et des jolies manières.
MATHIEU, se réveillant.
Mille pipes du di;:blt!
MULOT
C'est ça , c'est lui , ventrebleu.
MATHIEU
Je crois que je dormais. . . où snis-je donc? ali! je me rappelle! elle est là. . . (« Mulot.) Comment c'est toi, conscrit?
Je ne snisplns conscrit, militaire. . . je suis habillé... et largement, j'ose le dire... on m'a pris mesure sur une gue'rite. Mais dites donc, l'ancien , pourquoi donc que tous aviez e'tabli votr' lit de camp , là , sur deux chaises auprès dec'te porte?
MATHIEU
Ah ! çà. . . est-c' que tu t' crois déjà mon chef de file? au lien de faire les demandes , fais les réponses I Tu rViens du camp? Le lieutenant est-il rentré?
MULOT
Oui, Sergent !mais il n'est rentré qu'après l'alerte de c'te nuit, et je crois que sou compte n'est pas bon. . . il paraît qu'au bivouac c'est comme chez les parens trop sévères, il ne faut pas découcher.
MATHIEU
Il a quitté son poste, et jamais le général ne pardonn'ra cette faute. ( à part.) Mais la porte s'ouvre. ( haut.) Dis donc, conscrit, tu sais l'exercice?
MULOT
Je commence.
MATHIEU
Eh bien ! en ce cas . . . quart de conversion à droite . . . et à l'écart.
MULOT
Ah! oui. . . je comprends. . . tenez , voilà 1' temps : la troisième position, les pieds en dehors, et partez du pied gauche.
( // se retire dans le fond, en exécutant ridiculement ce qu'il a indiqué.)