‹ Le sergent Mathieu. Comédie-vaudeville en trois actesChapitre 25 sur 39 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

FERDINAND, puis bientôt ÉVELINE.

FERDINAND

Je n'ose me présenter aux yeux de ma tante... de Liua... si elle savait. . . O ciel ! qu^ai-je vu? ( il remonte le théâtre.') Eveline!. . ,

ÉVELINE , entrant.

Je croyais retrouver ici.... Il est sans doute dans ce salon . . .

( Elle va pour passer dans Vautre salon. )

FERDINAND , s^ approchant d'elle.

Eveline !

ÉVELINE

C'est vous. Monsieur? J'avais cru que ma position me'ritait assez d'égards pour vous faire une loi d'éviter ma présence , surtout en ces lieux.

FERDINAND

Il faut que je me justifie.

ÉVELINE

Et le pourriez-vous. Monsieur? Avez - vous donc oublie que votre conduite fut une offense envers moi ?

FERDINAND

Ail ! je sens tous mes torts... Oui, j'étais indigne devons, ndigne de tant de vertus ; mais votre absence m'a fait connaître tout l'amour que j'avais pour vous.

ÉVELINE

N'espérez plus me tromper... 'V^otre devoir n'était pas le seul motif qui vous appelait en ce pays...

Je vous comprends. Il est vraij ma famille a cru pouvoir disposer de ma main, de mon cœur. . . mais ce cœur, ilestàvous,à vous seule , pour jamais. C'est sur Thouneur que je l'atteste.

ÉVELINE

Laissez - moi , laissez - moi rejoindre celui qui , seul, peut mériter ma confiance , qui doit veiller sur moi.

FERDINAND

Je le vois; ce n'est plus que de l'effroi , que du me'pris que je vous inspire ! Vous i^efusez de croire à mon serment, pourtant , hier encore , l'excès de mon amour m'avait emporté jusqu'à Toubli de mes devoirs! Oui , j'avais suivi vos traces; je voulais m'emparer de vous , vous forcer de me suivre à tout prix, . . j'arrive, un affreux danger vous menace , je m'élance au milieu des ennemis , et j'ai le bonheur de vous ai'racher de leurs mains!

ÉVELINE

Quoi î cet inconnu . . .

FERDINAND

Oui, c'était moi. Alors, vous étiez en ma puissance ; seul, je pouvais disposer de votre sort... Eh bien! celui que vous méprisez j vous entoura d'éc^ards, de respects... Je ne pensais qu'à vos malheurs, qu'à vos vertus , et je ne vis plus en vous qu'un dépôt sacré que la victoire avait remis entre mes mains !

ÉVELINE

Quelqu'un , dont je dois respecter les conseils , m'a ordonné de vous oublier et de vous fuir; et je veux. . . je dois lui obéir.

( Elle fait un mouvement pour sortir. )

FERDINAND

Je vous devine. Toujours cet homme I ( il se place devant elle. ) Eh bien , non ! rien désormais ne pourra nous séparer ! Ce mariage qu'on prépare , je le romprai; le rang, la fortune qu'on me promet, pour vous, je sacrifie tout! mais il le faut, Éveline , des nœuds sacrés nous enchaîneront l'un à l'autre. . . Vous serez à moi ! ( Eveline a fait un mouvement d' effroi, et veut se retirer, il la saisit par le bras , et l'arrête. )

Page 1