‹ Le sergent Mathieu. Comédie-vaudeville en trois actesChapitre 36 sur 39 · MATHIEU, ÉVELINE, MARGOTON · texte numérisé non relu

MATHIEU, ÉVELINE, MARGOTON

ÉVELINE , à Margoton.

Merci. Maintenant , vous pouvez vous retirer, je suis avec lui.

( Margoton sort. ) MATHIEU , à part.

C'est elle î

ÉVELINE

On m'a dit que vous étiez ici . . . que vous aviez à me parler. Eh bien, quelles nouvelles ? dois-je espérer ?

MATHIEU

Oui, Mam'zell'î voici les papiers de votre mère.

ÉVELINE

De ma mère ! Ah I donnez ! donnez !

MATHIEU

Ils sont écrits en Allemand, vous savez c'te langue; tenez, placez -vous là, sur ce banc, et lisez à haute voix, j'écoute!

ÉVELINE

C'est une écriture de femme. . . la sienne sans doute.

MATHIEU , à part.

Miir z'yeux ! j'étouffe ! ( haut.) Lisez ! hsez !

( Musique en sourdine.)

ÉVELINE 5 lisant.

V C'est sur le point de quitter la vie. . . mourante de fa-

îi ligue et de douleur, que j'ai tracé ces ilerniers mots. Née

>) d'une famille honnête, mon cœur ne s'était jamais donné,

» lorsqu'un soldat de l'armée française reçut l'iiospitalité

» dans \n maison de mon pore j il jura de m'aimer toujours ! >• s'il m'a trompée , je lui pardonne. »

MATHIEU , auec émotion.

Après . . , après , Mam'zclle . . .

ÉVELINE, continuant.

« Nous venions d'être unis secrètement, lorsque son de- » voir le força de s'cloi£:;ner. Mon père de'couvrit tout; il » me chassa , et je partis avec mon enfant , pour rejoindre

» celui qui avait reçu ma foi Mais bientôt le

» froid, la fatigue. . . Oh! qui que vous soyez , ayez pitié » de mon enfant. » {s* interrompant pour essuyer une larme.) Pauvre mère !

MATHIEU

Eh bien! Mam'zell', achevez donc!

ivELINE. ' '-i"« 'V

C'est que je sens là quelque chose qui m*efiipêche de distinguer, {elle continue.) « Les soldats de la France ne sont » pas loin de cette auberge abandonne'e. Ils protégeront la 3) iille d'un de leurs frères d^ armes. Celui que je cherchais r> était le plus brave de son régiment^ il servait dans les » volontaires d'Alsace ! »

MATHIEU , avec la plus vive émotion.

Ah! le nom. . . le nom de la pauvre mère!

ÉVELINE

Christine MuUer.

MATHIEU

Christine Muller! grand dieu! ( à E véline.) Viens, viens, chère enfant.

ÉVEHNE.

Comment?

MATHIEU

Oui, oui , je suis ton père I

{Il presse les papiers sur ses lèvres.)

MTx.: De la f^ieilie.

Oui, ma Christine fut ta mère.

Jadis , !e sort m'en sépara ;

Miu's un jour , le ciel, à ton père.

Comme un dépôt, te confia;

C n'est donc pas un' main étrangère

Le Senrent. 8

Qui , sui* ton enfance , veilla ,

Et des dangers , te préserva.

Ah ! je craignais qu'un' nouvelle famille N' vint m'enlever cell' que j'app'lais ma liile ; Mais maintenant, l'espoir clans mon coeur Iirille, Qui , de mes bras , peut arracher ma fille ?

( Etendant les mains sur sa tête , et levant les yeux au ciel. )

Je n'ai plus peur. . . sur ce dépôt sacré , ! ! é Jusqu'à la mort , je veillerai.

ÉVELINE

Ah! vous chérir , est un devoir sacré, Et toiijoiirs, je m'en souviendrai.

Mon père !

MATHIEU

Ah! que je suis heureux ! c'est le plus grand bonheur que j'aie ressenti de ma vie, et ce bonheur là, il dureia toujours.

lÉVELINE.

Toujours !

( On entend sonner deux heures.')

MATHIEU , à part.

O ciel! quel souvenir. . .

ÉVELINE

Qu'avez-vous?

MATHIEU

Rien . . . rien !

Page 1