MATHIEU, ÉVELINE, MARGOTON
ÉVELINE , à Margoton.
Merci. Maintenant , vous pouvez vous retirer, je suis avec lui.
( Margoton sort. ) MATHIEU , à part.
C'est elle î
ÉVELINE
On m'a dit que vous étiez ici . . . que vous aviez à me parler. Eh bien, quelles nouvelles ? dois-je espérer ?
MATHIEU
Oui, Mam'zell'î voici les papiers de votre mère.
ÉVELINE
De ma mère ! Ah I donnez ! donnez !
MATHIEU
Ils sont écrits en Allemand, vous savez c'te langue; tenez, placez -vous là, sur ce banc, et lisez à haute voix, j'écoute!
ÉVELINE
C'est une écriture de femme. . . la sienne sans doute.
MATHIEU , à part.
Miir z'yeux ! j'étouffe ! ( haut.) Lisez ! hsez !
( Musique en sourdine.)
ÉVELINE 5 lisant.
V C'est sur le point de quitter la vie. . . mourante de fa-
îi ligue et de douleur, que j'ai tracé ces ilerniers mots. Née
>) d'une famille honnête, mon cœur ne s'était jamais donné,
» lorsqu'un soldat de l'armée française reçut l'iiospitalité
» dans \n maison de mon pore j il jura de m'aimer toujours ! >• s'il m'a trompée , je lui pardonne. »
MATHIEU , auec émotion.
Après . . , après , Mam'zclle . . .
ÉVELINE, continuant.
« Nous venions d'être unis secrètement, lorsque son de- » voir le força de s'cloi£:;ner. Mon père de'couvrit tout; il » me chassa , et je partis avec mon enfant , pour rejoindre
» celui qui avait reçu ma foi Mais bientôt le
» froid, la fatigue. . . Oh! qui que vous soyez , ayez pitié » de mon enfant. » {s* interrompant pour essuyer une larme.) Pauvre mère !
MATHIEU
Eh bien! Mam'zell', achevez donc!
ivELINE. ' '-i"« 'V
C'est que je sens là quelque chose qui m*efiipêche de distinguer, {elle continue.) « Les soldats de la France ne sont » pas loin de cette auberge abandonne'e. Ils protégeront la 3) iille d'un de leurs frères d^ armes. Celui que je cherchais r> était le plus brave de son régiment^ il servait dans les » volontaires d'Alsace ! »
MATHIEU , avec la plus vive émotion.
Ah! le nom. . . le nom de la pauvre mère!
ÉVELINE
Christine MuUer.
MATHIEU
Christine Muller! grand dieu! ( à E véline.) Viens, viens, chère enfant.
ÉVEHNE.
Comment?
MATHIEU
Oui, oui , je suis ton père I
{Il presse les papiers sur ses lèvres.)
MTx.: De la f^ieilie.
Oui, ma Christine fut ta mère.
Jadis , !e sort m'en sépara ;
Miu's un jour , le ciel, à ton père.
Comme un dépôt, te confia;
C n'est donc pas un' main étrangère
Le Senrent. 8
Qui , sui* ton enfance , veilla ,
Et des dangers , te préserva.
Ah ! je craignais qu'un' nouvelle famille N' vint m'enlever cell' que j'app'lais ma liile ; Mais maintenant, l'espoir clans mon coeur Iirille, Qui , de mes bras , peut arracher ma fille ?
( Etendant les mains sur sa tête , et levant les yeux au ciel. )
Je n'ai plus peur. . . sur ce dépôt sacré , ! ! é Jusqu'à la mort , je veillerai.
ÉVELINE
Ah! vous chérir , est un devoir sacré, Et toiijoiirs, je m'en souviendrai.
Mon père !
MATHIEU
Ah! que je suis heureux ! c'est le plus grand bonheur que j'aie ressenti de ma vie, et ce bonheur là, il dureia toujours.
lÉVELINE.
Toujours !
( On entend sonner deux heures.')
MATHIEU , à part.
O ciel! quel souvenir. . .
ÉVELINE
Qu'avez-vous?
MATHIEU
Rien . . . rien !