MULOT, MATHIEU
MATHIEU
C'est toi , Mulot ?
MULOT , ejfrayé, cachant sa poule derrière sacapolte. Oui, Sergent. ( il cherche à couvrir sa poule avec sa eapotte. A part,) V crois qu' j^ai e'vu tort d' la faire rétrécir.
MATHIEU
Je sais que tu t'es conduit en brave.
MULOT
Oui , Sergent; et si le pan d' ?habit d'un camarade n* m'était point resté dans la main, j' serais arrivé un des premiers à l'assaut.
MAHTIEXi.
Tu peux m' rendre un service.
MULOT
Oui , Sergent.
MATHIEU
Va trouver le n'veu du Général. . .
MULOT
Oui , Sergent.
MATHIEU
Dis-lui que j' l'attends ici , . . qu' j'aurai des armes.
MULOT
Des armes!
MATHIEU
Oui; j' l'attends ici. . . à deux heures.
MULOT
A deux heures ; oui , Sergent. ( à part. ) Dieu ! a-t-il l'air méchant ! 11 ne jure plus ... il n'est pas dans son assiette ordinaire. ( haut. ) J'y vas , Sergent , j'y vas.
MATHIEU
Un instant ; encore un mot.
MULOT
Présent.
MATHIEU
Tu iras trouver c'te jeune orpheline que tu as vue près de moi. Tu lui diras que j' veux lui parler sans retard. . . Tu m'entends? Surtout, sois discret, ou corhleu !. . .
MULOT
Oui , Sergent, {à part. ) Il a juré, çà va mieux.
( Il sort. )
SCÈ]\E VI.
MATHIEU , seul
IMaintenant qu'il n'estplusqtie soWat, j'connais le moyen tV rendre tout e'gal entre nous, il aura ma vie , ou j'aurai la sienne! Mais , avant de disposer de mes jours , il faut songer à assurer le sort de celle qui doit me survivre. Cette lettre au Général, où je l'instruis de tout, lui assure une protection après moi. Pent-ctre, est-ce lui qui est destiné à la remettre entre les bras de sa famille. . . car, sans doute, je vais bientôt connaître le secret de sa naissance. Enlin , j' suis à Neumarck, et d'apiès les indications que j' viens de recevoir , ce doit être de c' côté du rempart que j'ai caché, dans le temps , ces papiers qui doivent me faire connaître les parens d'Éveline. . . Voyons , c'était auprès d'un arbrisseau. . . isolé, en face d'une vieille fontaine... Ciierclions. ( il fait quelques pas au fond du théâtre. ) Je ne me
trompe pas. . . la voilà. . . Ces maisons sans doute ,
elles ont été construites depuis ... et cet arbre , brisé par un boulet. . . serait-ce?. . . Oui , c'est là. ( musique en sourdine pendant ce qui suit. ) Avec la pointe de mon sabre . . . je puis... soulever cette pierre, (il soulève une pierre. ) Rien. . . ô ciel! quelqu'un aurait -il découvert? cherchons encore . , . Ah i la voilà I . ..\yil tire une vieille giberne.) Ma main tremble. . . et malgré moi — j'éprouve un sentiment pénible.
MK des Scyt/ies.
J'vais donc enfin connaître ce mystère ! Dans un instant tout doit être écluirci ! Ah ! puiss' Ev'line au moins r'irouver un père , Puisqu'eir va peut- être aujourd'hui
Perdre à jamais sou seui ami.
M'se'parer d'elle est un instant qu'je r'doHte; Mais si je la vois heuieuse en la quittant, rpouirai , sans r'gret, prendre ma ttuill' de roule , Et r'joindr' là haut les vieux du régiment.
Autrefois, je n'ai pu lire ces papiers, mais maintenant, gruce à
elle. . . Voyons, ( il ouvre les papiers. ) qu'est-c' que c'est qu' çà?. .. Est-ce que je ne sais pins lire?. • . Corbleu! j' crois bien, c'est d' rallemantl !... impossible d'en décbiffrer un mot. Courons vite chercher quelqu'un du pays , qui m'expliquera tout çà.
( Il va pour sortir) Eveline paraît ^ suivie de Margoton. )