‹ Le serment de collégeChapitre 10 sur 30 · SCÈNE VIL LIEBNAU, CLARISSE, puis FRIEDLIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL LIEBNAU, CLARISSE, puis FRIEDLIN

LIEBN.\tI, entrant.

Non, madame, non, il est temps que ça finisse; vous m'avez déjà fait faire assez de choses lej yeux fermés.

CLARISSE

Quoi donc, monsieur?

LIEBNAU.

Eh! mais d'abord... n'ai-je pas été fasciné par vos attraits? n'ai-je pas manqué d'en perdre l'esprit?... enfin, ne vous ai-je pas épousée... les yeux fermés? Il me semble que cela peut bien s'appeler ainsi, quand c'est à la suite d'une nuit tout entière passée à votre porte...

CL,\P,ISSE.

Et ma réputation , monsieur?...

LIEBKAU.

Eh! inadame,vous m'aviez déjà ouvert la porte quelquefois et un pareil scrupule aurait bien dû ne pas vous prendre juste par le temsleplus effroyable...dtjnt lesouvenirresiera ?i jamaisjpavé dans ma mémoire... et sur mon bras droit.

CLARISSE

Eh! tant mieux, monsieur.

LIEBNAU.

Comment tant mieux, que j'aie un rhumatisme!

CLARISSE

Sans doute, puisque vous lui devez tout votre talent diplomatique.

LIEBNAU.

Qu'est-ce (pie ça peut y faire, je vous prie?

CLARISSE

Eh maisçavous enipêcliesouvent de signer... et quand ça tombe bien... on l'attribue à votre habileté et à votre fermeté de caractère...

LIEBNAU.

Eh bien, madame, aujourd'hui je n'en aurr.i pas de caractère... car mon bras va toi t bien .. et je signerai...

CLARISSE

Vous signerez ?...

Lit BNAU.

Oui, madame le soixante-quinzième article du trait!' d'alliauie entre i;e pays et le duché de Bade que je re[iréseiite.

CLARIS.'^E

L'article par lequel serait conclu le mariage de la princesse Amélie de Rade avec le prince chez qui nous sommes?

LIEBNAU.

Justement... mon souverain a laissé à ma sagacité le soin de décider s'il fallait consentir à cette union... et quoique vous m'en détourniez, je ne sais pourquoi...

CLARISSE, à part.

Cette alliance ferait trop d'honneur à M. de Melbert.... et je saurai bien l'empêcher de réussir

LIEBNAU.

J'ai déjà signé les soixante-quatorze premiers articles... je signerai le soixante-quinzième,

CLARISSE

Eh bien ! monsimir.... signez.... mais comptez désormais sur ma haine... et croyez bien que je saisirai toutes les occasions de vous faire repentir...

( Elle va s'asseoir sous le bosquet à {jauche.)

FRIEDLIN , entrant vivement, à Liebnau. Monsieur, on m'a chargé de vous dire... ( Il s'arrête.) LIEBNAU.

Quoi?... achevez, mon ami...

FRIEDLIN, le regardant.

Pardon !.. non , ce n'est pas à vous... ( A pan )

J'allais faire une bêtise (En se reculant il se

trouve près de Clarisse.) Ah mon Dieu !... et cette dame !.... eàt-ce que le sort s'amuserait aujourd'hui à réveiller tous mes sentiments d'autrefois... maîtresse !... ami !... je vous retrouverais !.... Oui , oui.... je ne me trompe pas.... c'est bien Clarisse... el mainlenant.... lui aussi je le

reconnais... c'est bien là ce damné BaJois dont les florins se'ducienrs...

LIEB>AU , ((ui pendaot cel aparté s'est rapproché tout doiiccment de sa femme, toujours assise dans le bosquet, et a causé avec elle.

Allons , ne le fâche pas Pourtant puisque

j'en ai dëja signé soixante-qiiatoi-ze... il me semble qu'un de plus...

CLARISSE

Encore !...

LIEUSAC.

Air : J'en guette un petit de mon âge. Non , c'est fini , madame , j)Our vous plaire , Je le promets, je ne signerai pas; Mais ce n'est point une chimère.

Je crois me sentir mal au bras...

De votre part ce n'est plus despotisme... Paralysé !... Ma p.irole d'honneur!

(A part.)

fjuand je signai l'.icte de mon bonheur, Qne n'avais-je mon rhumatisme !

Mais voyons , du moins , donne-moi tes instructions.

CLAlilSSE, se levant.

Eh bien! d'abord, vous me remettrez ce traité.

LIEBNAU , étonné.

A toi?...

CLARISSE

Oui, à moi.

FUIEDLIN , à part.

Diable !... c'est elle qui fait la pais ou la gui rre.

CLARISSE

Ensuite, il y a un ministère vacant.

FRIEDLIN, à part.

Un ministère... c'est bon à savoir...

CLARISSE

Vous le demanderez pour M. de Rimfeld.

LIEBNAC.

Ce jeune homme qui nous a si bien accueillis, lorsque notre chaise veisa à la porte de son château?...

CLARISSE

Lui-mémo...

FRIEDLI?! , à part.

Il paraît qu'un bienf.iit n'est jamais perdu.

LIEBJiAU.

Mais lu n'y penses pas .. c'est un ennemi de M. de Melbert...

CLARISSE

Il est de nos amis c'est moi qui vous l'assure.

LIEBXAU.

De Melbert refusera...

CLARISSE

Alors, vous refuserez, de signer...

LIERNAll.

Cependant puisfjue j'ai déjà sign(; soixantequatorze... Est-elle diplomate , ma femme ?...

( Pendant ces parnlcs ils ont fait le tour du tlié:'urc et soi - Irnl en continuant de causer.)

FRIEDLn.

Diplomate?... j'en ai su quelque chose, autrefois... Diable !... il paraît que mon ancienne

amie veut faire sauter mon ami c'est encore

bon à savoir Mais on vient, c'est peut-être

celui qui m'a chargé... non, c'est... eh! oui... c'est Melbert!...

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