‹ Le serment de collégeChapitre 11 sur 30 · SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIL

FRIEDLIN,' MELBF.KT.

( Licstal lui désigne Friediin et s'éloigne.) FRIEDLIN, l'examinant.

Oh! cette fois, je le reconnais c'est bien

lui.

MELBERT.

C'est vous qui me dr-mandez?... que desirezvous ?... et d'abord , qui étes-vons , mon ami.

FRIEOLIN.

Parbleu , mon ami... je suis ton ami...

MELBERT.

Vous ?...

FRIEDLIN.

Eh ! oui... Friediin... de Cassel...

MELBEUT.

Friediin? attendez donc !... à l'université?...

FRIEDLIN.

C'est cela...

MELBERT.

Un assez mauvais sujet!...

C'est encore ça...

MELBERT.

Qui depuis a fait de jurandes folies?...

FRIEDLIN.

C'est toujours ça...

MELBERT.

Et qu'on disait mort...

FBIEnLIN , vivement.

Ce n'est plus ça...

MELBERT.

Comment... c'est toi?...

FRIEDLIN.

A la bonne heure donc !.... tu m'avais un peu oublié... Eh bien ! je t'ai reconnu tout de suite, moi... Il est vr.ii qu'un ministre tja se reconnaît toujours, il n'y a pas d'inconvénient... tandis qu'un pauvre comédien...

MELBERT.

Quoi ! tu serais ?...

FRIEDLIN.

Oui, mon ami, comédien, pour te servir.... et t'a muser si j'en étais capable... je sui.« pour les arts, moi... Tu te rappelles à l'université... comme je jouais le Leicester de notre grand Schiller...?

MELBERT, stupéfait.

Comédien !...

Artiste lie premier ordre...

MEI.BEllT.

Cependant... tn n'as pas l'air très heureux.

KHIEDLIN.

Pas heureux !... quand je te retrouve !... mais laisse-moi te refjarder à mon aise... Oui , c'est bien toi... tu n'es pas changé du tout... absolument comme à l'université... comme au temps où nous ne nous (|uiltions jamais... où nous vivions en frères, tn t'en souviens?... Oh! ta position n'était pas alors aussi brillante qu'aujourd'hui... et les parents oubliaient mêtne quelques l'ois l'échéance de ta pension...

IMELBERT.

Mais tu n'oubliais pas, toi, de paitayer la tienne avec moi.

FRIEOLIN.

Entre amis, tout n'est-il pas commun?

MELBERT.

Sans doute, et si tu as besoin de quelque chose...

FRIEDLIN.

De queli(ue chose... je ne dis pas non... de plusieurs choses même.

MELBERT, vivement.

Dispose de moi... de ma bourse.

FRIEnHN.

L'arjijent... cela viendia plus tard... pour le moment, si tu voulais me faire un grand plaisir... as-tu déjeuné?

MEI.RERT.

Comment?... à cette heure! que n'as-tu parlé plus tôt... toujours bon appétit?

FRIEniJN.

Oui, oui... je suis assez content de l'appétit.

MELBERT, avec un soupir.

Tues bien heureux!

FRIEDLIIN.

Aujourd'hui sur-tout... je suis sorti si matin... j'avais pris si peu de chose...

MELBERT, appelant.

Fritz ! ( Un domestique paraît.) A déjeuner, dans ce boscpiet, pour monsieur et pour moi... du vin de France. ( Le domestique sort. — A Friedlin.) Tu vois que je me rappelle ton goût !

FRIEDLIN.

Kt le tien , coquin !

MELBERT.

Ob! moi...

FRIEBI.IN.

Il me semble que tu n'allais pas mal non plus... témoin ce certain jour où tous deux, un peu plus animés (ju'à l'ordinaire, nous sentîmes redoubler l'amitié qui nous unissait, et où dans un saint transport...

MELBERT.

Ah ! tu me rappelles là le temps des douces pensées et des folles espérances. Alors, tout pauvre que j'étais, l'avenir m'appartenait : je ne révais que gloire, fortune, amour!...

FRIKDLIN.

Moi, je ne .songeais tout simplement qu'au plaisir de me trouver à table, entre un joyeux

I compagnon et une bouteille de champagne plus joyeuse encore. Car Ion amitié c'était ma gloire à moi, ma fortune, mon ambition! aussi lorsque tu me proposas...

LE VALET, qui a apporté le déjeuner.

Son excellence est servie.

FRIEDLIN.

Voilà une annonce qui vaut mieux que toutes celles que j'ai faites au théâtre.

MELBERT.

Assieds-toi là.

FRIEDLIN.

Volontiers. Quel déjeimer! il paraît que tu as un fameux cuisinier! ( ttemplissant son assiette.) Mais c'est mal d'avoir faitdes façons. ..la moindre chose aurait suffi... tu ne m'as pas traité en ami.

Au contraire.

FRIEDLIK, se servant toujours.

Je te demande pardon de me servir moimême.

MELBERT.

Comment donc, liberté entière.

FRIEDLIN.

C'est que, comme cela , vois-tu , on est plus sur de l'être de son goût.

(1! charge son assiette.) MELBERT, souriant.

Il me semble qu'on aurait eu de la peine à se tromper sur le tien; tu prends de tout. FRIEDLIN, dévorant.

C'est ce que j'appelle... la politesse de l'estomac. (Offrant à Melberi.) A ton tour.

MELBERT.

J'ai plus qu'il ne me faut.

FRIEDLIN.

Que fais-tu donc? un biscuit trempé dans un verre d'eau pure ?

Page 1