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que je suis la plus heureuse des femmes. D'autres encore prétendent, en
me voyant refuser tous ceux qui aspirent à ma main, que je suis une fille sans coeur. Hélas! les uns et les autres se trompent, Vous seul saurez le secret de ma mystérieuse existence,
La jeune fille parlait avec une émotion grave, pleine de dignité. Je pris sa main et la portai respectueuse nent à mes lèvres. ,
Madame, lui dis-je, quique terrible que puisse être le secret que vous alle. me confier...
Oh dit-elle en m’interrompant, Je sais qu’il sera gardé, , Parlez donc, madame, je vous écoute. …
— Monsieur le marquis, reprit-elle, je ne suis point là fille du comte, 5
Je fis un geste de surprise.
Je ne suis pas Hongroise,
À cette révélation, mon étonnement redoubla.
Je suis née à Paris, il y a aujourd’hui dix-neuf ans. et je ne suis point comtesse de Mingreli.
Le comte de Mingreli n’est pas même mon parent, et cependant il m'aime avec une sauvage affection, avecune affection qui m'est odieuse et m'épouvante,
—Mon Dieu! n'’écriai-je en frissonnant, qu’allez-vous: m’apprer.dre ?
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Oh! m'écriai-je avec enthousiasme, ral, Mol, je vous défendrai.
Merci! me dit-clle,
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Ecoutez ncore.,, Je regardai la comtesse dont la voix était émue, Elle reprit :
Voici mon histoire. Te m'appelle Havdée de Tres no:l, et je suis la fille cadette du comte Armand de T'resnoel,
L'ancien colonel de Roval-Cravate ?
Oui.
Mais je me suis battu sous ses ordres !.
Je le suis, me dit-elle en souriant,
Oh! poursuivez, madame, et dites-moi .
“Attendez... Mon père a longtemps servi en Autriche, FT Y avait connu le comte de Mingreli et S'v était lié avec fui,
Une année, j'avais alors dix ans, le comte vint à Paris, se présenta chez mon père, à qui il venait rendre visite, et jeta un cri terrible en m'apercevant,
Je ressemblais d'une façon étrange à une enfant que le malheureux avait perdue six mois auparavant,
Chez lui, toutes les affections sont violentes, vivace: et sentent un peu l'homme primitif.
Le comte aimait ardemment sa fille morte: en me vovant, il se prit pour moi, qui lui ressemblais, d’une ardente affection. Pendant un an, il ne quitta point Paris, Il logea chez mon père, il y vécut: il ne me quitta pas.
J'étais sa fille,
Mon malheureux père, vous le savez, continua la jeune fille, fut tué en duel. J’avais déjà perdu ma mère.
Mon père mort, je devais être confiée à une parente éloignée,
Le comte se charsea de moi, mais il s’en chargea à
une condition qui devait faire le malheur de ma vie.
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Il ne m'adoptait point, il me faisait
passer pour ‘1 fille et moe <ubstituait A el , dre à ci tte ressemblance.
Flout le monde, en Autriche et en Honvrie,
sa fille, et c'est pour lui, à moins « u'il ne m'épouse. le | |
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eut moven de m'assurer son iimnense fortune.
La jeune fille s'arrêta un moment et me regarda si-
lencieusement, Elle était émue : une larme brillait dans OS VOUX,
Ainsi, lui dis-je, après vous avoir aimée comme “A
dire [Il voudrait faire de moi sa femme.
Mais c'est un vieillard! m'écriai-je, Oh! répondit-elle, à l'heure où il aurait pu, pour la première fois im'avouer son aiiour, J'étais encore une enfant, je laimais plus qu'aucun homme au monde, et j'eusse fait ce qu'il m'aurait demandé sans réfléchir, Mais depuis, ‘ Elle s'arrôta une seconde fois ot soupira, Pour la seconde fois aussi. Jj'éprouvai un tressaillenent bizarre.
Etait-ce un pressentiment ?
Elle avait un nom et un aveu sur les lèvres: mais elle se domina sans doute et 1° dit brusquement : Croiriez-vous que cet he de s'est pris pour moi d'un amour si violent, si étrange, si effravant, que sa jalousie est devenue mon supplhice de toutes les heures et de tants !
un jeune officier de hussards m'a demandée (11 SJ mte à refusé nm jeune homme a osé m'écrire: il a fait plus, il est nu errer sous mes fenêtres, Un matin, on l’a trouvé , ’ :
iort dans un des fossés du châtemn lÆ comte l'avait
ué pendant la nuit.
Quelle infamie! m'écriai-j —Un autre jour, conti: la jeune fille, ce tyran a
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osé me dire: “Vous ne voulez point être ma femme, soit ! mais jamais vous n’aurez d’époux... je tuerai tnus ceux qui vous aimeront.”
La jeune fille s'arrêta encore, et la larme que j'avais vue briller dans son ocil, roula lentement sur sa joue. Je pris sa main dans les miennes:
—Eh bien, lui dis-je, que dois-je faire? Qu’attendezvous de moi ?
—Sauvez-moi! me dit-elle.
Je jetai un cri.
—Ah! tenez, acheva-t-elle, vous souvenez-vous de cette nuit... où j'allais à l'Opéra... où vous m’avez
—Eh bien, depuis lors...
Elle s'arrêta. ... Sa voix était tremblante, étouffée.
—Achevez? je vous en conjure! m'écriai-je hors de moi.
—Eh bien!... cette nuit-là, j'ai compris que je ne pouvais épouser le comte.
Les dernières paroles de la jeune fille m’avaient ouvert le ciel.
Elle m’aimait !
Pendant deux heures, Haydée et moi. nous échangeames les plus doux serments et méditâmes un plar d'évasion,
Je voulais à tout prix la soustraire à la tyrannie du comte, la conduire en France et l’y épouser.
J’avais oublié le pacte odieux qui me liait aux autres hommes rouges.
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lu
Le timbre de la pendule, en marquant trois heures du matin, continua à lire Tony, vint nous arracher, la jeune fille et moi, à notre extase et à notre bonheur.
—Mon Dieu !me dit-elle, il faut que vous partiez! Le comte est resté au bal, assis à une table de jeu ; mais il va rentrer et me fera demander sans doute.
— Quand vous reverrai-je ?
Ah! quelle maudite guerre! murmura-t-elle. La trêve expire au point du jour.
—Ï est pourtant impossible, Jui dis-je, que nous attendions à dimanche prochain,
—Oh! certes...
—[ndiquez-moi un lieu où je puisse vous revoir demain. Tenez, ici, par exemple...
—Y songez-vous ?
—Je trouverai un moyen d'entrer sain et sauf dans la ville et de m’en aller de même.
—Eh bien, soit, me dit-elle... À demain...
: —À demain ! répondis-je en lui baisant les mains avec transport.
Mais, comme je faisais un pas vers la porte mystérieuse, elle m’arrêta.
—Ah! mon Dieu! me dit-elle, le billet.
—(QQuel billet ?
—Celui que m'ont confié vos amis.
Le souvenir me revint. et je sentis mon sang se gla-
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—C'est une plaisanterie, balbutiai-je :
gardez-le, je vous dirai tout demain.
Elle me conduisit jusqu'à la porte bruit.
néanmoins
qui s’ouvrit sans
Nous échangeñmes le baiser d'adieu et je me trouvai dans les ténèbres,
— Venez! me dit une voix que je reconnus pour celle de la femme encapuchonnée,
Celle-ci me conduisit dans la rue:
—Retrouverez-vous votre chemin ?
—Parfaitement, Bonsoir.
Et je regagnai la maison du magnat, où l’on dansait toujours.
Un homme était sur le seuil du premier J'entrai: c'était Gaston de Lavena.
—On te cherche partout, me dit-il. Et Maurevaille: prétends que tu as eu un rendez-vous avee la belle Hongroise,
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Je devins aussi pâle qu'un fantôme.
—Maurevailles est un niais, répondis-je d’une voix altérée,
En ce moment, je l'aperçus qui venait nous rejoindre au bras de Mare de Lacy.
Je fis un violent effort et je lui dis:
—Où diable as-tu vu que la comtesse ?
J'avais un rendez-vous avec
—C'est une plaisanterie, répondit Maurevailles ; mais tu es déjà si bien avec elle que nous sommes un peu jaloux.
Je compris qu'il fallait à tout prix détourner les soupçons de mes amis, et je dis en riant :
—Je fais les affaires de la communauté, messeigneurs.
Et ce sera fort triste, ma foi! murmura Gaston. si
tu n’es pas l'élu du sort.
—Je me résignerai...
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