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L'effet de & s paroles fut magique,
Un flot de sang monta au coeur aux joues de la marquise qui abandonna Bavette pour saisir les deux mains de la vivandière :
—Que ditesvous? Oh! répétez, répétez ce que vous venez de dire !... :
Maman Nicolo se mordait les lèvres,
—Je veux dire, balbutia-t-elle, que tant qu'on n’a pas Vu par soi-même, on ne doit pas se désespérer. .
— Vous savez quelque chose? . .
—Mon Dieu... je ne voudrais pas vous donner un faux espoir pourtant...
—0h! Madame, je vous en supplie...
— Et! jour de Dieu, tant pis! s’écria la cantinière. il ne sera pas dit que maman Nicolo sera restée le coeur sec en présence dune petite femme comme vous! Avezvous un endroit où on puisse causer sans crainte d’être entendu ?
La marquise entraîna les deux femmes dans un petit boudoir capitonné, en ferma soigneusement l'unique porte et dit :
—Maintenant, parlez,
de pu À
Nous avons vu, à Paris, au cabaret de laCitrouille. le Gascon La Rose et le Normand froncer les sourcils quand maman Nicolo et Bavette étaient revenues de leur course mystéricuse,
Si vive que fût l'amitié qui liait le Gascon et la vivandière, celle-ci avait refusé de dire à son vieux camarade où elle s'était rendue.
Or, la confidence que ne put jamais obtenir le parrain de Bavette, la marquise allait l'entendre.
—Je vous en supplie, parlez, fit-elle encore en serrant
dans ses mains brûlantes les mains potelées de maman Nicolo,
— Ah! j'en ai gros à dire, soupira la brave femme, Et cest la première fois que ça va sortir de là, ajouta-t-elle en dégageant une de ses mains pour frapper sur le sein qui avait inspiré au Gascon et au Normand tant de désirs irréalisés,
Donc, il y a que, dans les cabarets on apprend beaucoup de choses. Sans compter que Bavette, tout en jacassant, vous délie toutes les langues. C’est comme ça que j'ai su que votre mari était mort...
A ce mot répondit un sanglot de la marquise.
—Eh ne pleurez donc pas, reprit la vivandière, puisque je vous dis que ce mort-là est peut-être aussi vivant que vous et moi.
— Oh ! par grâce, achevez.
—Je ne suis là que pour ça. Dès que j’ai ev connaïissance du fameux duel et de sa terminaison : : “Mets ton
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bonnet, Bavette,” que j'ai vite glissé à l'oreille de cette petite-là, Et nous voilà parties. J'avais mon idée. Nous arrivons à votre hôtel, où que je demande tout doucement M. Joseph, qui me connaissait bien, Plus d’une fois, il m'avait apporté, de la part de son maître, de petits cadeaux pour Bavette, que votre pauvre ami aimait bien. [Il paraît même que ça lui faisait de la peine que vous ne lui avez pas donné une petite Bavette,
M. Joseph vient. Il était tout en larmes.
— Ah! mon Dieu! que je me dis, c’est done bien vrai pour lors !
[me raconte tout, Comme quoi, vous aviez été enlevée par le vieux singe qui est lé seigneur d'ici: comme quoi, il a enterré tout seul avec Tony son pauvre défunt maître,
Naturelleinent je pleure avec lui, et puis une idée me vient, Vous allez comprendre ça, ma bonne dame.
Sur mon père et sur ma mère, qui étaient de braves gens, je vous jure que je n'avais jamais révélé à cette petite-là le secret de sa naissance, Non. Son père vivait, On ne compromet pas comme ça les gens qui sont au-dessus de vous.
Maïs puisqu'il était mort!!! Je ne vous connaissais pas, moi! Et puis, au fond, ça m’ennuyait de faire croire à cette enfant qu’elle n’avait pas de père. Je dis à M. Joseph :
—Ù n'y a plus à faire les mystérieux maintenant. Allons au cimetière,
I nous y conduit. Il ouvre la porte de la petite chapelle où on vous met, vous autres. Moi, je ferme avec soin la porte. M. Joseph nous fait descendr» une dizaine de marches. Il y avait une petite lumière qui brillait dans le caveau. C'était lui-même qui lallumait, le matin. Cette lumière-là tombait en plein sur une bière toute neuve, devant laquelle le pauvre M. Joseph s’agenouille et pleure... T
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La marquise, haletante, la bouche ouverte, les veux hacards, ne pleurant plus maintenant, tant elle était anxieuse, semblait aspirer avec tout son être chacun des inots de la vivandière,
Maman Nicolo continuait:
A la vue de cette bière-là je me tourne vers la petite et Je lui dis:
Bavette, ton père est là depuis hier, Ah! voilà-y pas que, en entendant cela, l'enfant devient folle, Elle se roule sur la bière. Et des cris! Je im'efforce de la calmer, Mais c'était une furie.
Pauvre ange! fit la marquise en pressant contre son coeur la chère enfant, Tu sera ma fille, va.
Dans notre métier, reprit maman Nicole, on a toujours un couteau dans sa poche, Vous imagineriez-VOous qu'elle a tiré le sien! Nous nous disions : “O0 mon Dieu, elle est malade, Elle va se tuer ©
Et puis nous essayons de le Jui arracher des mains. Je euis solide, n'est-ce pas? Je suis ce qu’on appelle une forte commère, Je n'aurais peur ni de La Rose, ni du Normand. ni de dix autres avee. Eh bien, à nous deux, M. Joseph et moi, nous n'avons jamais pu venir à bout de cette mâtine4là. Elle était en fer quoi. Mais ce n’était pas à se tuer qu'elle pensait.
Tout à coup, elle se penche sur la bière. Elle entre son couteau sous Île couvercle,
Je le verrai, dit-elle, J'embrasserai mon père.
{Un sacrilège ! s'écrie ce bon Joseph.
Un sacrilège? qu'elle répond... Vous allez voir qu'elle mérite bien son nom de Bavette. Est-ce que nous venons pour mutiler, pour voler, pour profaner ?
Et elle fait une pesée, Elle vous avait la force d’un levier. Lx bois crie...
Ce grincement produisait un effet épouvantable sur je pauvre M. Joseph, qui croyait entendre se plaindre le mort lui-même. 1 s'écrie :
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—Arrôtez, arrêtez donc, malheureuse enfant,
Ah ! ouiche!
Aussitôt le couvercle se soulève ; il laisse un large jour entre Jui et les montants de la bière,
Elle vous empoigne le couvercle à deux mains et l’arrache violemment,
Ferrifiée, continua maman Nicolo, je regardais faire Bavette..,
CP°se étrange, on avait recouvert le corps de terre. .…
— Qu'est-ce que cela signifie? s'écrie le pauvre M. Jo- <eph. Cependant, d'après la hauteur du corps et la place qu'il devait tenir dans la bière, la couche de terre ne pouvait être épaisse,
La petite, tout à coup calmée, se met à l'enlever avec I'eCAaution,
M. Joseph, qui peu à peu s'était enhardi, en arrive à l'aider,
La couche de terre diminuait et le corps du marquis h'apparaissait pas, Avec une ardeur dont je ne me serais arnais doutée, M, Joseph, qui maintenant n'employait plus les précautions de tout à l'heure, plongea dans la terre si Main,
Elle rencontra le fond du cercueil...
Le cercueil était plein de terre!
Ah! sCeria M. Joseph, mon maître n’est pas mort! [Il Va là un nouveau mystère !... ‘
Puis il réfléchit et nous dit:
— Silence S'y a un mystère, peut-être le marquis y consent-il: peut-être est-ce lui qui l’a voulu ! Respectons e que nous avons le devoir de considérer comme sa voonté, [T faut laisser croire à ses ennemis qu’ils n’ont plus à le redouter, Rentrez à votre cabaret et agissez pour tous comme si vous étiez persuadées de sa mort. Quand & marquis jugera bon de reparaître, je vous promets que vous lembrasserez,
—Je vous le promets aussi, s'écria la marquise, qui sa-
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vait bien qu’elle ne pouvait pas être jalouse de maman Nicolo.
4 Et pressant de nouveau Bavette contre son coeur : he —O ma fille, dit-elle, combien je te remercie et je LE aime !
La fête donnée par le comte de Mingréli aux officiers des gardes-françaises était splendide, Le magnat avait voulu montrer que ,;même en pays perdu et malgré les difficultés de l'improvisation, il lui était possible de lutter avec les splendeurs longuement préparées et chèrement payées des fêtes de Versailles.
Comme pour Jui venir en aide, le temps avait changé. Un: froid sec avait remplacé la pluie, et du campement les soldats pouvaient à loisir jouir du coup d'oeil féerique que présentaient le pare et les jardins magnifiquement illuminés.
Les officiers étaient: réunis autour du colonel de Langevin dans la grande salle de réception dont les boiseries un peu délabrées étaient habilement masquées par © :iches tentures. En face d'eux,, le comte ayant à ses côtés ses deux filles, Haydée et Réjane, semblait ajeuni de dix ans,
En sa qualité de secrétaire ou plutôt de favori du marquis de Langevin, Tony avait obtenu la faveur marquante d'assister à la réception. Mais sa situation de simple caporal ne lui permettant pas de se mêler au groupe brillant des gentilshommes, il se tenait immobile près de la porte, son tricorne sous le bras droit et la main gauche sur Ja garde de son épée.
I était charmant ainsi, plein d’une coquette crânerie, et bien des officiers brodés d'argent eussent envié la ga lante façon dont il portait son simple uniforme de drap blanc à revers bleus,
Mais tout en se tenant modestement à part,. Tony ob. servait ce qui se passait et surveillait surtout Maurevailles, Lacy et Lavenay qui venaient d’aller saluer le magnat et la marquise.
À la vue de Maurevailles, le magnat n'avait pu réprimer un froncement de sourcils involontaire, Haydée avait pal, Réjane était devenue toute rose.
Tony seul remarqua cela.
— Hé ! hé! se dit-il ;aurais-je encore de la besogne cette nuit ?
Et il se promit de surveiller, plus attentivement que Jamais, les faits et gestes des Hommes Rouges.
Cependant, après les présentations d'usage, les officiers s'étaient dispersés à droite et à gauche, et formaient des groupes de causeurs. Il n'y avait pas là, malheureusement, comme à Fraulen, ces essaims de jeunes femmes qui donnaient aux fêtes tant d'attrait, mais le magnat allait de groupe en groupe, suivi de Ja marquise et de Réjane qui, faisant contre fortune bon coeur, distribuaient aux invités leurs plus gracieux sourires.
Tony remarqua même avec un certain étonnement que les yeux de Haydée brillaient d’une joie trop vive pour être factice, La veuve du marquis de Vilers était-elle déjà consolée ?
Et Tony se sentit froid au coeur à cette pensée.
Les serviteurs muets du comte, revêtus de leurs costumes hongrois qui tranchaient nettement sur les uniformes français et donnaient à la fête un caractère particulier, faisaient circuler des rafraîchissements, Lé jeune secrétaire du marquis de Langevin profita du moment où personne ne le regardait pour s'esquiver et se diriger du côté de la serre, où 1] avait vu Maurevailles, Lavenav et Lacy se rendre l’un après l’autre,
Cette serre, où le magnat avait réuni des fleurs d’hiver pour Haydée, ctait éclairée par une simple guirlande de bougies: mais dans la demi-obscurité qui y régnait,
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reconnut parfaitement ses trois ennemis. Il observa, en se glissant derrière les bouquets d’arbustes, que, à
y ob- ce Jardin d'hiver, était contiscuë une autre serre, qui jus n'était séparée de la première ue par un treillage et qui ce n'était pas du tout éclaire, 7 Pénétrant dans ce “retire ombreux, il vint s'appuyer EE contre le treillage, l'oreille tendue.
ji Les Hommes Rouges étaient à trois pas de lui... Maurevailles à raison, il faut en finir, disait Marc de Lacy.
bdd En finir, je le veux bien, mais comment ? Nous ne pouvons pourtant pas l'emmener avec nous d'étape en s-qpe étape jusqu'en Flandre! répondit une voix que Tony re- Le: connut être celle de Gaston de Lavenay.
que —Mon cher, la laisser ici, c’est la perdre ! ee Eh! non: c’est la garder, Voyez comme le magnat } : we g te la suit des veux. I] veille sur elle pour nous, comme au Fe temps jadis, — Mais il en abuse !... s’écria Lacy. Tu sais bien ce 2 qu'a vu Maurevailles... Qui te dit que demain, cette istris nuit, peut-être au sortir de la fête... Cest vrai, fit Lavenay en baissant la tête. Cet hom- Fe me n'est plus le père, le tuteur auquel autrefois nous déjà pouvions laisser sa pupille, en attendant le moment de $ “enlever, Cest un rival, un rival dangereux que je redout et que je hais. Car, vous l’avouerai-je, messieurs, deee puis que j'ai revu Ja comtesse, je l’aime encore mille fois = lus.
Fa — Moi aussi, s'écria Lacy.
eune —Et moi, dt Maurevailles d'un voix sourde, il y a DE Où des instants où je serais presque tenté de pardonner à ce un de Pauvre Vilers.…. À av —Vilers était un traître, dit gravement Lavenay. Il a été justement puni, Mais il ne s’agit pas de revenir sur d'hi le br . faut uses che + agé ande — Quel est ton projet? demand£ Maurevailles.
nait,
—Je ne sais .Toi d’abord, que penses-tu faire ?
—— Avant tout, nous devons cette fois parvenir à enlever la marquise, Quand nous l’'aurons, il sera temps de décider,
— Non pas, [] faut tout régler auourd’hui, dit Lacy, et si vous voulez m'en croire. ….
—(jue feras-tu ?
—Le marquis de Langevin, notre colonel, ne me refu- SeTA pas Un congé de quelques jours.
— Un congé? Au moment où l'on est en marche pour la guerre! Tu rêves...
—Je ne rêve pas, Ma famille habite à quelques heures de Naney, sur la route môme que nous aurons à suivre. TT faut six à huit Jours à nos homimes pour sv rendre à pied. Mon cheval m'y conduirait en moitié moins de temps. Je puis donc demander de précéder le régiment et d'aller embrasser ma mère en attendant votre arrivée.
— C’est vrai; comme cela, ce serait possible,
—Au lieu d'aller voir ma mère, je conduis Ja marquise en lieu sûr, et pourvu qu'en arrivant à Nancy le colonel me voie arriver à sa rencontre, ni lui ni d’autres ne se douteront de rien,
—-Morbleu! tu as raison, s'écria Lavenay, Mais, au moins, au nom du serment qui nous lie, tu n’abuscras pas de la confiance que nous mettons en toi ?
— Tous pour un, un pour tous. dit Lacy. Que j'aie le sort de Vilers si, comme lui. je manque À mon serment.
—Eh! par le diable! dit Lavenay, je consentirais à être tué comme Jui, au bout de quatre ans, au prix du bonheur qu'il a goûté pendant ces quatre années, Ta parole de gentilhomme, Lacv ?
—Sur mon honneur, je jure de vous la rendre telle que vous me l'aurez confite, Et maintenant, à tout prix, quoi qu'il en coûte, dussions-nous verser des flots de sang, il faut qu'elle soit à nous cette nuit.
— Nous n'aurons pas besoin de verser le sang, dit Mau-
nn os
un.
Com
À l'off laits
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à enlenps de
Lacy,
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heures suivre.
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IS, AU seras
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