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Le serment du roi et les catholiques [microforme]

La question du serment que Sa Majesté le roi Edouard VII a souscrit, le jour de l’ouverture du Parlement britannique, le 14 février dernier, est plus que jamais actuelle, depuis que notre Chambre des Communes en a été saisie.

Tous nos principaux journaux ont appelé l’attention du public sur cette formule odieuse et surannée. Le cable transatlantique nous a transmis le protêt énergique que trente pairs d'Angleterre ont signé à l’occasion de la prestation de ce serment par le nouveau roi, et les feuilles anglaises nous ont, depuis, apporté le texte même de ce document important. La grande presse de Londres s’est préoccupée de ce grave incident. Le Times lui consacre un ar icle significatif. Et, de trus côtés, l'opinion catholique s’émeut et re manifeste sous une forme non éq voque.

Il est clair que cette formule outrageante, enfun tée par la prssion au milieu d’une époque de discordes civiles et religieuses, doit disparaître des statuts de la libre Angleterre au XX siècle. Pour

aider à ce résultat, dans l'humble mesure de nos forces, nous voulous offrir à nos lecteurs quelques considérations historiques et constitutionnelles ur ce sujet délicat.

Et d’abord, examinons quelle est la nature du serment royal dont tout l'empire britannique se préoccupe en ce moment.

On parle toujours, à ce propos, même dans Îles ouvrages historiques et dans les statuts, du coronation oath, du serment du couronnement, Le directeur de la Vérité écrivait, l’autre jour :

“ Nous étions sous l'impression que la déclaratio blasphém toire contre ln Présence Réelle, lu Messe, l'invocation de la Sainte Vierge et des saints, et contre le Pape, devait être signée par les souverains de l'Angleterre lors de leur couronnement.

& S'il faut en croire cette dépêche, le roi Edouard VII aurait signé cette añominable formule le 14 du courant, lors de l'ouverture du Parlement.

“ Les journaux d’Evrope nous diront ce qu'il en est À ce sujet.”

Nous étions nous-même sous une impression analogue. Et nous avons dû nous astreindre à une longue étude à travers les vieux statuts poudreux du seizième siècle, pour nous renseigner exactement.

L'établissement de la Réforme, en Angleterre, ne s’est pas opéré sans SeCOuSses, SANS intermittences, sans commotions. De Henri VIIT à Guillaume IIT, durant un siècle et demi, l’histoire de cette grande

révolution religieuse, sociale et politique, a été mar-

mn É ous

quée par bien des vicissitudes, par une suite de lois et d'événements divergents, par la lutte ardente et aharnée de deux doctrines triomphant e 1ccom bant tour à tour. Au milieu de cette terrible mê'°, de ce tragique et interminable conflit, l'ostracisms devint la note dominante de l'époque. Henri, entraîné par ses passic"s fatales, lance son royaume dans le schisme et déchaîne snr l'Angleterre le fléau de; haïnes religieuses. So rcesseur Edouard VI poursuit la même œuvre, *i:,lafille d'Henri VIII et de Catherine d'Aragon, Marie Tudor, catholique sincère, refoule le torrent vers sa «source, abolit les lois anti-romaines de ses deux prédécesseurs, et restaure, en Angleterre, le catholicisme, Elisabeth monte sur le trône, et avec elle le protestantisme reprend l'hégémonie. Les lois pénales encombrent les statuts. Les catholiques sont mis hors la loi et réduits à l’état d’ilotes, La reine-vierge disparaît, après un règne prospère et sanglant, et, avec les Stuarts, les institutions religieuses établies par Henri VIITet} : abeth semblent encore une fois menacées. Charles 1 ue et perd sa tête dans la lutte de la prérogative contre le Parlement et les sectes. Cromwell fonde une république puritaine et écrase d’une main impitoyable toutes les résistances catholiques. Mais sa mort prématurée ouvre la porte à la restauration des Stuarts. Charles II, à demi atholique durant sa vie, et catholique complet À sa mort, son frère et son héritier le duc d’ York, converti de bonne heure à la foi de sa mère, font concevoir des alarmes

aux champions du protestantisme ; et le Parlement multiplie les lois de fer contre l'Eglise romaine et ses fidèles. Enfin Jacques II, suspect avant de régner, et redouté comme papiste durant son règne, échoue dans sa tentative de rétablir les catholiques dans le droit commun. Il se voit détrôné par son gendre et sa fille, Guillaume et Marie : et le règne du prince d'Orange fait refleurir le régime de l'intolérance fanatique et de la persécution religieuse,

C’est au milieu de toutes ces crises, de ces chan- &ements à vue, de ce va-et-vient doctrinal, parlementaire et royal, de ce pêle-mêle de règnes incohérents et de statuts contradictoires, de ce chaos de passions ardentes, où l’on voit aux prises le fanatisme, la haine, ambition, la crainte, que furent élaborées ct édictées Pes lois draconiennes, sous le joug desquelles ont été courbés pendant près de trois siècles les catholiques anglais. Le sentiment

ui les fit naître et durer fut l’a préhension de la q PI

domination étrangère, le souci de maintenir contre

les entreprises du dehors, qu’elles vinssent de Rome, de Paris ou de Madrid, l’ordre de choses nouveau, établi d’abord par Henri VIIL, et auquel s'étaient

attachés, avec le temps, de si nombreux et de si puissants intérêts.

tieuses, qui foisonnent dans les statuts de cette époque

deux cents ans, comme autant de barricades Menaçantes et de sombres bas-

Tes

tions, autour du trône, du Parlement, des fonctions publiques, pour les préserver de l’invasion romaine.

Henri VIII s'était déclaré chef de l'Eglise ; Elisabeth prescrivit un serment par lequel cette suprématie devait être professée comme un dogme, (1 Elizabeth, chap. 1, sect. XIX). Elle décréta qu’il devait être prêté par tous les membres des Communes, mais elle en exempta les pairs. (5 Elizabeth, chap. 1, sect. XVI et XVII). Plus tard, ce serment de suprématie fut remplacé par un nouveau, sous le règne de Guillaume et Marie. En voici la formule :

‘Je promets sincèrement et je jure de porter une fidèle et vraie allégeance À Leurs Majestés le roi Guillaume et la reine Marie ; ainsi que Dieu me soit en aide.

“Je jure que, dans mon cœur, j’abhorre, je déteste et j'abjure comme impie et hérétique cette doctrine et cette attitude condamnables : que les princes excommuniés ou frappés d’interdit par le Pape, peuvent être déposés ou assassinés par leurs sujets où par qui que ce soit ; et je déclare qu'aucun prince, prélat, personne, état ou potentat étrangers, n’a ni ne doit avoir aucune juridiction, pouvoir, supériorité, prééminence ou autorité ecclésiastique ou spirituelle dans les limites de ce royaume ; ainsi que Dieu me soit en aide.” (1 Guillaume et Marie, session 1, chap. VIII, sect. XII).

Ces serments d’allégeance et de suprématie, édictés d’abord sous Elisabeth, furent une arme préventive contre les catholiques, dont ils calomniaient d’ail-

’autres sauve-

gardes. Le statut 95 Charles II exigea de tous les

fonctionnaires civils et militaires le serment du lest dirigé contre la transsubstantiation, et par lequel on devait jurer ce qui suit :

dans le sacrement de la Cè substantiation des élément

° moment de Ja consécratio ce soit.”

‘Je crois que ue il n’y a aucune trans- 8 du pain et du vin, au l; OU après, par qui que

Mais ce n’était Pas encore assez. Ja d’York, frère de Charles,

était catholique, et sié lords. Sa foi religieuse étaient un cauchemar p

Cques, duc et son héritier présomptif, geait dans la Chambre des et son droit de succession our les chefs du protestantisme officiel, On résolut de l’atteindre, de l’amoindrir, de jeter eur Sa route vers le Trône un formidable obstacle, et la loi 30 Charles 1, statut L 4

fut adoptée par les deux chambres après de longs débats. Elle Prescrivait que, Pour siéger dans la Chambre des Communes

et dans la Chambre des Lords, il faudrait dorénavant souscrire la déclaration suivante, celle-]

à même qui émeut en ce moment tous les bons esprits dans l'empire britannique :

“Je professe, certifie et déclare solennellement et

que je crois que à aucune transdu pain et du vin au u moment de la conséce soit : et que l’invo-

sincèrement, en présence de Dieu, dans le sacrement de la Cêne il n’y substantiation des éléments Corps et au sang du Christ, a cration, ou après, par qui que

A RME VE ce joe Lt tte

PE

cation ou l’adoration de la Vierge Marie ou de quelque autre saint, et le sacrifice de la messe, tels que pratiqués maintenant par l'Eglise de Rome, sont superstitieux et idolâtriques, et, en présence de Dieu, je professe, certifie et déclare solennellement que je fais cette déclaration et chacune de ses parties en particulier dans le sens naturel et ordinaire des mots qui m'ont été lus, tels qu’ils sont communément compris par les protestants anglais, sans aucun échappatoire, équivoque ou réserve mentale quelconques, et sans aucune dispense déjà accordée à moi, dans ce but, par le Pape ou quelque autre personne ou autorité que ce soit, ou sans aucun espoir d’aucune telle dispense d’aucune personne ou autorité que ce soit, ou sans penser que je suis ou peux être acquitté devant Dieu ou les hommes, ou absous de cette déclaration ou d’aucune de ses parties, bien que le Pape ou quelque autre personne ou personnes que ce soient, pourraient m’en dispenser, ou l’annuler ou déclareraient qu’elle est nulle et sans effet ds le principe.”

Le duc d’York parvint à éviter cette déclaration, et cela ne l’empêcha point de succéder à son frère. Muis elle demeura dans les statuts, et le Parlement anglais resta fermé durant cent cinquante-sept ans aux catholiques.

Malgré tout cela, l’arsenal des lois préventives n’était pas encore assez complet, paraît-il. Un roi catholique avait pu régner dans la personne de Jacques II, et l’on avait tremblé un moment pour

a foi protestante d’un dernier rempart. Dans ce but, on fit la révolu-

tion de 1688, Jacques IT fut détrôné ; Guillaume et

Marie furent appelés au Trône ; on adopta le cé

Acl of Settlement par lequel la succession prote

à la couronne était assurée pour l’av

un luxe Extraordinaire de Précantion et de méfiance,

on exigea que chaque SOUVerain souscrivit désor-

Mais la fameuse déclaration de Ja 30° Charles II. Voici le texte de cette clanse de lAct of Settlemen. .

“ Toat roi ou reine de ce royaume qui succèdera,

à l'avenir, À Ja couronne impériale de ce royaume, devra, le Premier jour de la réunion du Premier Par. lement qui suivra son avènement, assis sur son trône dans la Chambre des Pairs, en Présence des Lords et des Communes réunis, ou, lors de son couronnement, devant telles Personnes qui lui admipistreront le serment du couronnement, au noment où il prêtera le dit serment,— qui devra Précéder l’autre dé. claration, — faire, Souscrire, et répéter distinctement la Déclaration Mentionnée dans le statut passé dans

la trentième année du règne du roi Charles IT, intitulé : 4 Acte Pour préserve

Personne et le gouv les papistes de du Parlement.”

lèbre stante enir, Et, par

r plus effectivement la trnement du roi, en empêchant siéger dans l’une Où l'autre Chambre

(Statut I Guillaume et Marie, 2° session, chap, IT, sect. X).

Voilà la dispos le SOuverain d’ déclaration, si

ition légale en y Angleterre est tenu Outrage que nous avons reprodu

ertu de laquelle

de souscrire la ante pour les cat

holiques, ite plus haut.

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