Le sermon sur la montagne
JI y a quelques années, un périodique allemand intitulera/ter zur Pflege persônlichen Lebens nie tomba sous 1rs yeux. Dès les premières lignes, j'eus l'impression de pénétrer dans une atmosphère toute nouvelle, où se retrouvaient cependant, ramenés à leur source et à leur fin, tous les éléments de vie que j'avais rencontrés ailleurs épars et fragmentaires Je me trouvais en face de vérités qu'il ne s'agissait plus de croire, d'admettre ou de discuter, car elles portaient en ellesmêmes leur évidence, s'imposaient à quelque chose de plus profond que l'intelligence, le sentiment et la conscience, et devaient nécessairement se vérifier par l'expérience. Je n'étais plus sur le terrain des idées, mais dans le domaine de l'intuition immédiate, non sur le terrain «les principes, mais sur celui de la réalité même, de la vie. - mol donl on abuse aujourd'hui, mais dont le sens ne nous apparaît encore que confusément.
Un commerce familier avec les œuvres de Johannes Mûller a encore fortifié eette impression. Si. parmi ses nombreux écrits, j'ai traduit de préférence le Sermon sur la montagne (Die Bergpredigt verdentscht und vergegenwârtigt), c'esi qu'il m'a semblé contenir en substance ce que les autres développent et précisent en l'appliquant aux diverses faces de la pensée et de la conduite ; je veux parler de l'« art de vivre». révélé et pratiqué par Jésus, et qu'il appartient à notre temps de saisir dans sa vérité, et à l'avenir de réaliser parfaitement.
Notre désarroi en présence des paroles de Jésus.
Un des phénomènes caractéristiques de notre temps, c'est la tendance que marquent presque tous les grands mouvements de la pensée à se rattacher en quelque manière au Christ historique. Les esprits les plus hostiles aux diverses interprétations que l'Eglise a données de la tradition évangélique. et à l'usage qu'en a fait la chrétienté, se voient dans la nécessité de compter avec lui. Même abstraction faite du nouvel essor de la vie dans l'Eglise, et de la position prédominante que la personnalité de Jésus a conquise, dans le protestantisme du moins, nous constatons que jamais encore, à aucune époque, il n'a occupé dans la vie et dans la pensée profanes la place qu'il y tient aujourd'hui.
Or le centre de cet intérêt, le foyer où semblent converger actuellement tous les rayons émanant de sa personnalité, c'est le Sermon sur la montagne. Ce discours est envisagé de nos jours comme « l'Evangile de l'Evan-
gile ». l'expression condensée de ce que Jésus s'est proposé.
Il n'est guère de chercheur contemporain aux prises avec l'énigme de l'être humain, avec le problème de la véritable culture, avec les grandes questions de l'existence, qui puisse, à la longue, éliminer Jésus. Au contraire, tous se sentent irrésistiblement attirés par lui. tous tiennent à se réclamer de lui et à faire de la tradition évangélique — parfois étrangement défigurée, il est vrai
— la pierre angulaire de leur système. Ceux mêmes que le Christ laisse le plus perplexes sont obligés de prendre position à son égard. On ne saurait le passer sous silence et telle est sa puissance d'attraction que ce sont précisément ses adversaires les plus acharnés qui parviennent le moins à l'ignorer. Nietzsche s'est débattu contre lui sa vie durant.
De cet état d'esprit se dégagent une vérité : Jésus est incontestablement le pivot de la destinée humaine.
— et une certitude : c'est de lui. avant tout, qu'il convient d'attendre des solutions pour nos détresses, des directions pour notre avenir. Peu importent à cet égard les opinions que nous professons : ni l'athéisme, ni le matérialisme ne sauraient aujourd'hui empêcher personne d'interroger le Christ : car c'est l'effort de la vie qui nous pousse vers lui, ce sont des sources de vie que nous allons chercher auprès de lui.
Mais ces sources ne sont point aisées à découvrir. Nous constatons au contraire — et cette observation parait au premier abord incompatible avec l'attrait que Jésus exerce sur les hommes de notre temps — qu'ils ne sont pas nombreux, ceux qui parviennent à entrer en