ELLE TÉMOIGNÉ D'UNE VIE SURABONDANTE 1<>J
nature, le caractère, l'origine et la portée de cet amour qui est l'inimitable façon d'être des enfants de Dieu, nés à sa vie. Mais cela nous mènerait trop loin1. Si nous sommes «r nés de nouveau », nous en ferons tout naturellement l'expérience.
« Soyez donc parfaits, comme votre Père qui est aux eieux est parfait. »
Cette parole est la clef de voûte des enseignements de Jésus sur la morale nouvelle. Il faut nous placer à ce point de vue pour la comprendre ; sinon nous la repoussons d'emblée, et elle devient pour nous une pierre d'achoppement. On ne peut exiger d'aucun homme la perfection ; car l'imperfection est inhérente à la nature humaine. « Il n'y a de bon que Dieu seul», a dit Jésus. Si. sur la foi de son ordre, nous nous faisons forts de réaliser la perfection, si dans l'ardeur d'une exaltation religieuse, nous prétendons à une abstention complète de tout péché, nous ne réussissons qu'à nous tromper nous-mème et nous échouons lamentablement.
Mais tel n'est point le sens de la parole de Jésus. La perfection qu'il réclame, — tout comme la justice supérieure qu'il nous prescrit — ne constitue point une différence de degré, mais une dillérence de nature. Elle n'implique pas l'absolu de la quantité, mais de la substance. La perfection opposée à l'imperfection, c'est la morale primesautière. accomplissante, créatrice, de l'or-
1 Comp. : Johannbs Miti.u.it, Von den Quellen des Lebens. Die Liebe (pages 1 94-^-r>« >) .
l68 LA MORALE NOUVELLE
lire nouveau, opposée à la morale insuffisante et mesquine de l'ordre ancien. Car elle est parfaite en son essence, quelque embryonnaire, imperceptible et embarrassée qu'elle soit peut-être encore, tandis que la morale ancienne est et reste imparfaite de sa nature, quel que soit le sommet auquel la porte notre eflort.
Jésus ferme ainsi le cercle de ses instructions sur la morale nouvelle en revenant à son point de départ : « Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume de Dieu. » En effet, dans le royaume de Dieu règne la morale parfaite ; dès que le royaume de Dieu — sous sa forme individuelle et personnelle qui est L'être originel — s'instaure dans un être humain, elle s'y développe aussi nécessairement que lève la semence jetée en terre. Voilà pourquoi Jésus peut dire : « Soyez parfaits ». Il ne commande point ; il appelle les chercheurs à concourir au développement des germes de vie qu'ils sentent travailler en eux si réellement leur être originel est sorti de son sommeil. Or, tous ceux chez lesquels s'opère cette transformation radicale, éprouvent certainement les premiers symptômes d'une moralité nouvelle. Qu'ils prennent donc soin d'en favoriser les progrès et qu'ils s'appliquent à laisser s'épanouir purement et librement dans leur vie cette perfection qui est la réalisalisation de leur véritable humanité.
Cette parole : «comme votre Père céleste est parfait», indique l'origine de la morale absolue de l'être nouveau : en elle se retrouvent les traits du Père. Jésus relève un de ces traits, l'amour, lorsqu'il nous recoin-