ELLK TÉMOIGNE D'UNE VIE SURABONDANTE I<Î
tions de sa chaleur ardente, il enveloppe et pénètre tous les hommes et leur communique la force et la joie de de vivre.
Cet amour se manifeste dans nos rapports avec nos semblables par un impétueux élan du cœur qui prend envers eux une position énergiquement et invariablement affirmative, par une ardeur à vouloir leur être en soi, leur bien, leur développement, l'apparition de leur beauté profonde. La volonté affirmative de l'être nouveau dans laquelle frémit le mouvement créateur, s'étend indistinctement à tous, par simple besoin de s'exprimer. Car l'amour ne veut pas les hommes tels qu'ils sont, mais tels qu'ils doivent et peuvent être, non leur apparence fortuite, mais leur vérité même. Or, par le fait seul qu'il les affirme ainsi, il les fortifie, les secourt dans leurs détresses, brise leurs entraves et rompt leurs liens, les arrache à leurs erreurs, et les modèle selon leur vérité et leur splendeur natives. Ainsi l'amour est une communication de force et de vie, une puissance créatrice, le rayonnement de l'être, la copie de l'original divin.
Notre amour s'élève jusqu'à Dieu en prières d'intercession. Car si notre vie consiste à puiser en Dieu, nos vœux pour ceux que nous aimons se transforment en requêtes. Nous ne sommes que des organes de transmission. Notre intercession n'est, pour ainsi dire, que l'autre face de notre amour, celle qui est tournée vers Dieu. Les enfants de Dieu mettent tous ceux qu'ils aiment en contact avec lui et les plongent dans son atmosphère, rnv leur amour est une vibration de la vie créa-
lO(i LA MORALE NOUVELLE
trier. En se communiquant aux hommes, il met en mouvement la puissance divine. Aussi, aimant leurs ennemis, prient-ils pour leurs persécuteurs.
Quand l'amour est le jaillissement naturel de la vie nouvelle, il est aussi L'accomplissement pat-lait de la loi qui dit: «Tu aimeras ton prochain.» Jésus nous fait toucher du doigt le contraste entre cet amour spontanément ressenti et l'amour voulu et provoqué par un effort moral, dans cette parole : «Mais moi je vous dis: Aimez vos ennemis. » Car le fait qu'il s'étend à tous, indistinctement et sans réserve, est la preuve infaillible de son authenticité. En eflet. cela n'est possible que s'il est une force impulsive de la vie nouvelle, un instinct autonome de la personnalité indépendant de tout stimulant extérieur, une libre manifestation du moi qui fait irruption et se répand au dehors sans tenir compte de rien. Ceux qui vivent encore dans l'ancien ordre de choses, ceux dont l'amour est provoqué par une impression de satisfaction ou de pitié, sont incapables d'aimer ainsi. Tout au plus réussissent-ils par un tour de force moral à simuler l'amour pour leurs ennemis. Mais on n'aime véritablement que quand on ne peut s'en empêcher. L'amour pour nos ennemis, pour être authentique, doit donc, lui aussi, être l'expression tout impulsive d'un sentiment spontané. Gela est impossible à notre ancienne nature ; c'est une nécessité de nature pour l'être nouveau. Aussi l'amour des ennemis est-il en effet une chose ce extraordinaire», l'épanouissement spléndide de notre vie originelle.
Jl y aurait encore une infinité de choses à dire sur la