NOS RELATIONS AVEC LE PROCHAIN I
conviction que tout est pure grâce et pur une profonde sincérité. Et même lorsqu'elle en reste exempte, le sentiment d'être quelque chose de spécial y perce presque toujours.
i . Nos relations avec le prochain.
« Gardez-vous de pratiquer votre justice devant les hommes pour attirer leurs regards : autrement vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux. Quand donc tu lais l'aumône, ne sonne pas la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être honorés des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont leur récompense. Pour loi, quand tu lais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que l'ait ta main droite, en sorte que ton aumône s'accomplisse en secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. »
Dans ces paroles, Jésus s'accommode d'expressions empruntées à la notion juive de récompense, pour flétrir le vice de l'hypocrisie. Mais dès qu'il lui oppose la disposition contraire, son langage s'affranchit de cette conception mercenaire. Tout ce passage devient donc parfaitement simple et compréhensible, sitôt que nous le dépouillons de son vêtement juif. Gardez-vous, nous dit-il, de faire le bien pour être vu; des hommes car dans ce cas, votre bonne action n'a aucune valeur aux yeux de Dieu et selon la vérité. Ou. pour traduire l'idée de réaction impliquée dans le mot de récompense : votre bonne œuvre restera infructueuse pour la vie de l'être
originel en vous. En effet, quand nous agissons en vue dune impression à produire sur autrui, ce n'est pas le Père qui est mis en lumière, mais notre personne : il ne s'agit pas pour nous de vérité et dévie, mais d'apparence et d'ostentation ; nous ne servons pas les autres, mais notre ambition ; nous ne cherchons point à accomplir, mais à obtenir ; notre action n'est pas spontanée, mais calculée. Or la nature d'un acte en détermine i'eflet : s'il dégénère, il reste stérile, il devient même nuisible. Le bien se change en mal. par la déviation que lui imprime une arrière-pensée personnelle.
Ne proclamons donc point au son de la trompette les dons de notre miséricorde comme le font les hypocrites qui n'y cherchent qu'une occasion de se glorifier. En vérité, ils trouvent leur récompense : elle est dans l'impression qu'ils produisent. C'est dans le monde des apparences que leur action s'est effectuée et s'est évanouie. De pareilles manifestations n'ont ni valeur vitale, ni action vivifiante.
Il est évident que cet avertissement n'a rien perdu pour nous de son importance. Un grand nombre de personnes ne vivent qu'en vue de l'effet qu'elles voudraient produire, et chez la plupart cette considération exerce une influence prépondérante sur la conduite. Que cette préoccupation joue un rôle prédominant parmi ceux qui ne se sont pas encore retrouvés eux-mêmes et qui n'attachent point de prix à leur véritable moi. cela n'a rien qui doive nous surprendre, ils sont trop superficiels, trop dépendants des choses extérieures et du jugement des autres, trop flottants intérieurement pour la dominer. Plus un être est pauvre de vie personnelle.