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LA CONDITION DE LA VIE COMMUNE

ment est nécessaire, il suffit de constater que lune des occupations habituelles, non seulement des « croyants » mais d'un grand nombre de chercheurs, consiste à jeter des perles devant les pourceaux, et que la réaction annoncée par Jésus se produit alors invariablement : la parole est repoussée avec mépris, bafouée, passée au crible de la critique et ses porteurs traités d'hypocrites ou de benêts ; on cherche à les déchirer moralement. Cependant ils ne sont point des martyrs, ils portent le châtiment mérité par leur manque de doigté.

Toutes les fois que nous ne pouvons nous attendre à être compris, il ne nous reste qu'à nous taire. Inutile de parler de ce qui vit en nous à ceux qui n'y sont point préparés. Tant que leur réceptivité n'est pas éveillée, ils ne sauraient en tirer parti. Or ce ne sont pas les paroles qui créent cette réceptivité. Elle naît de l'inquiétude intérieure que les expériences quotidiennes provoquent dans l'intimité de L'âme. Quant à l'intelligence de la vie nouvelle, elle ne s'acquiert que par le contact avec cette vie réalisée. Aussi Jésus a-t-il dit aux chercheurs : Que votre lumière luise dans le monde, afin que les hommes voient vos œuvres, c'est-à-dire votre vie. et y découvi'ent le Père : mais ne parlez pas. C'est pourquoi aussi le seul moyen d'exciter chez les autres l'inquiétude intérieure consiste dans le frottement que provoque notre vie de recherche, la vibration de notre propre inquiétude se propageant parmi notre entourage.

La proclamation de l'évangile peut évidemment éveiller dans une âme la réceptivité et l'intelligence du message du Christ. Mais il faut pour cela d'une part que l'auditeur y soit prédisposé, d'autre part que la parole

soit l'expression directe et vivante de la vie nouvelle, une révélation immédiate du Dieu qui l'anime. (Comparez les déclarations de l'apôtre Paul à ce sujet dans la ire Epïtre aux Corinthiens.) Ce fait et cette possibilité n'infirment donc pas l'exhortation de Jésus à la prudence et à la réserve ; au contraire, connaissant la condition de toute prédication efficace, nous nous garderons d'autant plus de prononcer des paroles qui. au lieu de faire entendre la voix de Dieu, livreraient aux chiens notre sanctuaire. Pour annoncer l'évangile dans l'esprit de Jésus, il faut avoir la certitude d'y être appelé par Dieu et de trouver accès dans les cœurs. Or Jésus ne s'adresse pas ici à des apôtres ; il parle à des chercheurs et ceux-ci ont à retenir sérieusement ses paroles: Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux.

Mais comment savoir si nous avons affaire à des Ames accessibles à l'Evangile ? Il est aisé de s'en assurer. Nous l'avons vu. c'est du sein de nos aspirations que naît toute vie originelle. Ne parlons donc de notre perle de grand prix qu'à ceux qui aspirent à la posséder, et, pour n'avancer qu'à coup sûr. attendons simplement qu'ils s'en enquièrent. II suffira d'un regard interrogateur pour desceller nos lèvres. Mais tant que nous n'y sommes pas sollicités, nous n'avons pas le droit de parler. Et notre cœur fùt-il près d'éclater, gardons le silence et contentons-nous de laisser rayonner la lumière de notre vie nouvelle jusqu'à ce que notre prochain nous interroge. Alors seulement il sera disposé à nous entendre et ne traitera pas notre message comme les pourceaux le font des perles. Notre parole trouvera en lui un terrain propice et. à défaut d'intelligence, au

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