LA CONDITION 1>K LA VIE COMMUNE 2Q
moins du respect : il la conservera dans son cœur jusqu'à ce qu'elle y lève, le moment venu.
Ne répondons, d'ailleurs, qu'autant qu'il nous questionne» et selon ce qu'il est capable d'assimiler ; ses questions mêmes et la manière dont il accueillera nos réponses nous renseigneront à ce sujet. Mieux nous doserons la nourriture, mieux il l'absorbei'a ; mieux nos éclaircissements seront gradués, plus nous lui en faciliterons l'assimilation. L'acquiescement à la vérité doit aller de pair avec l'expérience, sur laquelle il repose ; sinon il devient une adhésion théorique, c'est-à-dire une illusion qui ne fait que i*etarder l'entendement, parce qu'elle entrave l'expérience.
Cette réserve prudente nous est donc imposée non seulement par le respect envers nous-même et envers la sainteté de la vérité que nous portons en nous, mais avant tout par les égards dus à ceux auxquels nous désirons venir en'aide. En etfet. ce que nous livrons à leur incompréhension non seulement ne leur sert de rien, mais leur est positivement nuisible. Toute impression, tout conseil qui n'affectent et n'ébranlent pas réellement, émoussent. Quand l'Evangile ne touche pas le cœur, il l'endurcit, Pour l'émouvoir de nouveau, il faudra un choc infiniment plus puissant. Telle est la raison du fait, inexplicable autrement, que le Christ ne produit aucune impression vivante sur ceux qui entendent continuellement parler de lui: la su-abondance des impressions reçues les a insensibilisés avant qu'ils fussent mûrs pour les recevoir.
Cet état de choses que nous devons nous borner à signaler, mais qui vaudrai! la peine d'être étudié de plus
2t>8 LA VIE COMMUNE RÉALISÉE
près, résulte du caractère organique du nouveau devenir et de la vie nouvelle qui en est le fruit. Tout procédé mécanique, importun, intempestif, manque nécessairement le but, et cela non seulement dans le domaine de la parole, mais dans tous les domaines de la vie commune.
La vie en commun est une vie organique, un échange vital, une action directe des uns sur les autres, une emprise mutuelle de la vie personnelle. Elle repose donc sur certaines conditions préalables sans lesquelles elle est impossible, mais desquelles elle découle spontanément.
Elle exige un contact intérieur et des relations personnelles. C'est la nature de ce contact qui détermine le degré de la communion et le caractère de la vie collective. Sans ce contact, pas de communion réelle. Les paroles se croisent, mais ne portent pas ; nous restons hésitants, embarrassés, maladroits et impuissants en face les uns des autres. Nous ne pressentons ni les dissemblances personnelles, ni les circonstances spéciales qui sont en cause, et nous ne pouvons par conséquent vivre selon l'intuition que nous en aurions : dès lors, nous manquons de tact, nous ne trouvons pas l'attitude juste et tout va de travers.
Sans contact intérieur, il nous est impossible de nous pénétrer mutuellement; en dépit de ses efforts pour sortir de lui-même, chacun reste en réalité seul et confiné en soi. Impossible de rien échanger, à plus forte raison de porter ensemble les fardeaux, de prendre fait et cause les uns pour les autres, de s'entr'aider véritablement.