LES CONDITIONS DE LA COMPRÉHENSION
créatrice de l'être humain, qui manifestera dans tous les domaines son action ordonnatrice et constructive.
Telle est la raison cachée de L'attrait qu'il exerce aujourd'hui suc tous les esprits, sans qu'ils s'en rendent compte. L'instinct de la vérité et du salut les entraîne irrésistiblement l'un après l'autre sur cette piste. Bon gré, mal gré. il faut qu'ils la suivent, sous peine de se consumer dans un scepticisme sans issue ou d'errer à l'aventure indéfiniment. Il y a là des rapports obscurs dont l'action s'exerce indépendamment des désirs et des opinions personnelles. Aussi le Sermon sur la montagne est-il plus et mieux qu'un merveilleux document du passé : il est pour l'humanité la boussole de l'avenir, et [dus augmentent son inquiétude intérieure et les angoisses de son devenir, plus elle y découvrira la parole libératrice et le mot d'ordre souverain. Et c'est pourquoi aussi notre époque est. mieux que toute autre, propre à le comprendre, à le réaliser et à propager son courant de vie.
Mais pour qu'il en soit ainsi, une troisième condition s'impose : il s'agit pour nous, en définitive, d'expérimenter personnellement ce que nous cherchons à comprendre. Il ne suffit pas que notre esprit perçoive nettement ce que nous ont révélé les documents du passé scrutés d'un regard impartial et perspicace. Nous ne discernerons la vérité profonde dont il., nous ont transmis le témoignage et l'expression que dans la mesure où elle deviendra l'objet de notre expérience intime. Il en est de même de tous les phénomènes de la nature et de La vie : l'expérience seule nous les rend intel-
ligibles. Nous ne saisissons les lois et les relations de l'être humain que dès l'instant où leur action se manifeste en nous. Or, la vie de Jésus nous révèle une qualité d'être et de vie entièrement nouvelle. Gomment celui en qui elle n'a pas commencé à poindre serait-il capable de la concevoir, soit en elle-même, soit au point de vue de ses circonstances particulières ? Il faut que nous naissions de nouveau, ne fût-ce que pour voir le royaume de Dieu, le discerner, le concevoir. Dans la mesure où il s'établit en nous, nos yeux s'ouvrent et notre compréhensivité s'accroît.
C'est donc une grave erreur de se figurer, comme on le fait volontiers, qu'on peut comprendre Jésus théoriquement et de chercher, au moyen dune étude attentive, à s'approprier correctement ses vues, pour en donner ensuite aux esprits désireux de le connaître une notion adaptée à notre époque ; l'un et l'autre sont également impossibles. Commenter d'une façon théorique la lettre de l'Evangile, comme cela se pratique soit dans le camp des théologiens, soit dans celui des laïques, pour les besoins de l'exégèse ou de l'édification, c'est jongler avec des reliques. On attribue aux paroles de Jésus un sens qui, d'une façon abstraite, semble s'y rattacher, mais on n'en fait point jaillir la flamme de la vie cachée qui seule les éclairerait, parce que cette vie ne se révèle qu'à celui qui la possède.
Je n'entends diminuer en rien la valeur de l'étude scientifique, sagace et impartiale du passé, comme condition préalable de la connaissance, en affirmant que ce n est que dans la mesure où nous cherchons et suivons pratiquement Jésus dans notre propre vie qu'il se dé-