LES CONDITIONS DE LA COMPREHENSION IU
de notre individualité. Il faut que chacun de nous perçoive directement ce que Jésus lui dit aujourd'hui, qu'il se rende compte <le la signification particulière qu'ont pour lui les paroles adressées en principe à tous, de la façon dont il doit les interpréter à la lumière de ses propres expériences, enfin des conséquences qu'il en doit tirer, étant donnée sa situation intérieure et extérieure. Tout cela, nul ne saurait le lui démontrer. Celui qui ne le découvre pas lui-même n'a pas réellement compris les enseignements de Jésus et celui qui les a réellement compris sait ce qu'ils signifient pour lui et ce qu'il lui reste à faire pour rendre hommage à la vérité qui s'est révélée à lui. Je [mis donc essayer de transposer dans notre langage et dans notre temps le Sermon sur la montagne, mais c'est à chaque lecteur de se l'approprier en le transposant dans sa vie personnelle. Personne au monde ne peut l'en dispenser.
Les conditions de la compréhension.
Cette intelligence véritable de l'Evangile qui implique la transposition du texte dans notre langage, dans notre temps et dans notre vie personnelle, suppose évidemment certaines conditions objectives et subjectives sans lesquelles elle est impossible.
11 faut premièrement que les vérités exprimées soient par elles-mêmes des vérités permanentes, indépendantes d'un caractère national ou d'un degré de culture donnes. quelque variables que puissent être d'ailleurs soit les
formes qu'elles revêtent, soit leur mise en œuvre sous des climats divers et à des époques différentes. Or tel est le cas des vérités énoncées par Jésus dans le discours qui va nous occuper. Si je l'affirme, ce n'est point en raison d'une croyance ou d'une idée préconçue, mais en vertu de la logique même. En elïet, le Sermon sur la montagne traite indubitablement de faits et de lois naturelles concernant l'être humain, son développement et sa vie, faits et lois qui subsisteront aussi longtemps qu'il existera des hommes. Quiconque ne l'aperçoit pas s'est arrêté à l'aspect sous lequel les lois fondamentales de la nature humaine y sont présentées, conditionnées par le temps et le lieu ; il n'en a pas encore pénétré les éléments essentiels, il est resté attaché à des choses accidentelles : formes de pensée, conditions spéciales de vie et de culture.
Gomme les lois de la vie et du développement de la plante demeurent identiques en tous temps et en tous lieux, mais font apparaître selon les terrains et les climats des formes, des feuilles, des fleurs et des fruits différents qui. au cours des siècles, ont porté le monde végétal à son état actuel de splendeur et de variété, de même les lois de la nature humaine demeurent immuables, mais produisent selon les circonstances des phénomènes et des résultats divers ; car la conscience humaine se les approprie différemment, selon le degré de développement spirituel auquel elle est parvenue.
C'est pourquoi le Sermon sur la montagne conserve une signification permanente et indépendante de l'attitude adoptée envers Jésus, sa personne et son entreprise. C'est pourquoi aussi il reste en vigueur, alors
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même qu'on en méconnaît la valeur et qu'on se soustrait momentanément à l'action de ses lois naturelles : car ceux qui en agissent ainsi méconnaissent du même coup les conditions mêmes de leur vie et ne peuvent manquer d'en spuflrir. C'est pourquoi enfin ses principes fondamentaux doivent pouvoir s'adapter à tous les peuples, quels que soient leur caractère national et leur degré de culture ; et, à plus forte raison, à toutes les circonstances individuelles. Or cette appropriation est indispensable. Si elle ne s'opère pas. on en reste à ce qui est extérieur et transitoire, c'est-à-dire à l'écorce. et l'on se prive de la substance vivifiante, de la pulpe. C'est cependant ce qui a eu lieu pendant des siècles pour le Sermon sur la montagne, malgré sa valeur canonique et la vénération religieuse dont il était l'objet ; — preuve certaine qu'une seconde condition s'impose pour qu'il soit véritablement compris.
Il faut, en effet, qu'une époque soit mure et préparée à recevoir la vérité qui doit lui être transmise au moyen des trois opérations indiquées plus baut. Sinon, elle reste incapable de dégager des conceptions du passé leurs éléments essentiels et permanents, et de leur donner- une empreinte nouvelle adaptée au temps présent. Il faut <pie les problèmes dont il s'agit soient pour elle des problèmes actuels et qu'elle ressente les perplexités auxquelles ces antiques paroles apportent une possibilité de solution.
Notre époque est certainement préparée dans une grande mesure à s'approprier la substance du Sermon sur la montagne. Car s'il est une question brûlante
pour les chercheurs contemporains, c'est précisément celle du développement intégral de L'humanité, dont ce discours nous révèle les lois initiales. Tous nous avons le sentiment que nous ne sommes point encore ce que nous devons être, et que tous les progrès de la culture moderne restent sans portée tant que ne se produit pas une évolution créatrice dans le domaine de la vie humaine. Etre « hommes » en vérité, telle est l'ambition caractéristique des chercheurs d'aujourd'hui. Mais la route à suivre, tous l'ignorent.
Cette détresse où nous laissent nos plus ardentes aspirations a quelque chose de poignant. Les lois et les opérations naturelles qui pourraient nous conduire au but restent un mystère impénétrable pour tous les prophètes de l'avenir, de quelque nom qu'on les nomme. Ils annoncent et prédisent ce qui doit venir, mais aucun n'est capable de nous y acheminer.
Le Sermon sur la montagne, au contraire, s'il n'exalte pas en un langage ineffable l'ordre de choses nouveau que l'avenir nous réserve, nous en indique la voie en nous révélant les lois du développement intégral de l'homme. C'est en vain qu'on chercherait dans le cours de l'histoire de l'esprit humain, une réponse aux questions qui se posent aujourd'hui devant tout être qui réfléchit: Comment devenir véritablement homme? Comment établir parmi les hommes une vie de communion qui porte l'humanité à sa perfection? Comment parvenir à l'ordre de choses nouveau qui satisfera nos aspirations et sera digne de nous? Seul le Sermon sur la montagne nous montre le chemin qui mène à ce but suprême, car seul il nous révèle le secret d'une évolution