‹ Le sermon sur la montagneChapitre 61 sur 65 · LA MARCHE ININTERROMPUE 30J · texte numérisé non relu

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pensables peut-être à l'humanité pour parvenir à son développement intégral, n'infirment pas plus ce principe: «quiconque demande reçoit», que la durée incommensurable de l'évolution de la nature ne nous fait douter de ses lois, à l'œuvre, malgré tout, dans tous les temps. Si, dans la pratique, le fait que demander c'est recevoir, chercher c'est trouver, essayer c'est réussir, ne se confirme pas de manière à nous apparaître aussi logique et inéluctable que n'importe quel enchaînement de cause à effet, cela tient à notre manière de demander, de chercher, de frapper, c'est-à-dire à la disproportion entre notre aspiration et l'effet espéré. Nous attendons toujours des effets démesurés. Or nul effet ne saurait excéder sa cause ; aussi l'exaucement est-il toujours exactement proportionné à notre désir. Nous recevons dans la mesure où nous demandons. Si notre prière n'est que l'élan chétif et intermittent d'une aspiration à demi étouffée, nous né sentirons que de loin en loin vibrer en nous les élans d'une vie nouvelle. De même, si notre recherche n'est que le coup d'éperon d'un impératif catégorique, et non un mouvement impulsif, nous parviendrons peut-être, à force de volonté, à régler notre vie selon Dieu, mais elle ne sera pas renouvelée. Enfin c'est à nos tentatives que se mesureront nos succès. Mais certainement noire aspiration, quelle qu'elle soit, ne peut manquer d'enfanter ce qu'elle a conçu et porté par la prière; l'objet auquel tend notre vie doit devenir notre partage, nos efforts doivent aboutir. Il est tout ù l'ait impossible qu'un homme qui s'est mis en marche, qui aspire, qui cherche et qui ose. une fois le chemin trouvé, n'avance pas sur !a voie qui mène au

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but. Mais la distance parcourue dépendra naturellement de la vigueur et de la rapidité de son allure. Cela est inévitable, car en demandant nous libérons l'énergie divine, en cherchant nous lui frayons la voie, et nos tentatives lui donnent l'occasion de se manifester.

Si tel est le sens de la promesse de Jésus, il est évident qu'elle ne peut, pas plus que le reste du Sermon sur la montagne, s'adresser à tous, mais seulement à ceux qui prient en esprit et en vérité, qui cherchent avant tout le royaume de Dieu, et qui font l'essai d'une vie conforme à l'état de choses nouveau. Elle ne se rapporte donc qu'au devenir et à la vie véritables, auxquels tout le reste est assuré par surcroît.

Cette conclusion ne nous est point suggérée par l'examen du contexte et de la place que cet enseignement sur la prière occupe dans le Sermon sur la montagne ; on pourrait, dans ce cas, nous objecter qu'il n'en faisait point partie à l'origine. Elle ressort du fond même de la question. L'invitation à demander, à chercher, à essayer, et la promesse de l'exaucement, ne sauraient s'adresser à tous, parce qu'elles ne sont pas applicables à chacun. On ne saurait dire au premier venu : Demande ce que tu désires, et tu l'obtiendras. Ce serait un mensonge. On parvient, il est vrai, à force de subtibilités, à démontrer que toutes les prières qui ne se sont pas accomplies ont été néanmoins exaucées, et à éliminer ainsi, en réalité, l'action déterminante de Dieu. Il faut, pour cela, se réfugier dans l'incontrôlable. Mais ces pieuses arguties sont tout à fait insoutenables en ce qui concerne les deux autres promesses équivalentes à la première, parce que pour ces dernières le contrôle est aisé. Comment

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dire à tous : « Cherchez et vous trouverez, frappez et la porte s'ouvrira », quand l'expérience prouve surabondamment que la plupart cherchent sans trouver et qu'un grand nombre essaient sans réussir ? Pourquoi donc en serait-il autrement de la première assurance : « Demandez, et il vous sera donné » ?

A mon avis, se figurer que Jésus ait jamais prescrit à tous indistinctement de demander, et promis sans réserve l'exaucement, c'est commettre une erreur colossale qui rentre dans la conception païenne de la prière. Tout au contraire, la requête et l'exaucement dont parle Jésus sont dans un rapport organique étroit avec les phénomènes de la vie et de l'évolution nouvelles. Au reste, l'abus que l'on a fait de sa promesse en l'isolant de ce qui en est la condition, c'est-à-dire de la relation vivante de l'homme avec Dieu et avec la venue de son règne, trouve son châtiment dans la superstition, la fausseté, le doute et le désespoir auxquels il a donné lieu. Mais si cette promesse repose sur l'inflexible loi qui veut que toute cause produise un efïet correspondant, nous comprenons l'insistance avec laquelle Jésus exhorte ceux qui sont en marche vers le royaume de Dieu, à demander, à chercher et à frapper. Car la victoire est certaine, pourvu qu'ils persévèrent dans le mouvement de la vie.

Si la prière est un contact conscient de l'homme avec Dieu, notre relation personnelle avec la puissance de vie universelle s'interrompt naturellement dès que nous ne demandons plus. Nous cessons de participer à l'évolution véritable, nous nous excluons du vivant organisme de la création nouvelle. Alors les éléments qui ne pou-

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vaient subsister qu'à condition de se développer sans cesse, dépérissent fatalement. Mais si notre aspiration reste vivante, nous demeurons accessibles à l'action divine qui communique incessamment à notre être originel son énergie vitale. De là l'exhortation de l'apôtre Paul : c<r Priez sans cesse. »

« Ne cessez point de chercher»; cette parole de Jésus a été retrouvée récemment dans un vieux manuscrit. Qu'ils se le répètent, ceux qui se figurent qu'avoir trouvé dispense de chercher. En réalité chaque trouvaille ne fait que stimuler les véritables chercheurs et l'élan qui les entraine s'accroît à mesure qu'ils découvrent l'étroit sentier qu'ils ont à suivre. Les paraboles du sel et de la lumière nous ont déjà montré la nécessité d'une recherche incessante et nous avons reconnu dans la poursuite du royaume de Dieu la force motrice indispensable à la Aie nouvelle. Que rien n'arrête donc notre marche ! Pour atteindre le but il faut avancer sans relâche.

11 n'en est pas autrement de la troisième promesse: Les chercheurs sont semblables à des gens qui se tiennent devant une porte fermée. «Frappez, leur dit Jésus, la porte s'ouvrira. » Essayez, le succès couronnera la tentative. Non pas. remarquez-le, les méditations, mais l'essai pratique. Jésus reste toujours sur le terrain de la vie. Il nous place dans l'atmosphère limpide de la vérité que ne trouble aucune théorie. Il ne nous dit que ce qu'il a vécu, ce qu'ont établi les faits. Il ne démontre rien, mais il renvoie chacun à ses propres expériences. Il est vain, en effet, de discuter des déclarations comme celle-ci: <r Cherchez premièrement le royaume de

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