La marche ininterrompue
Le Sermon sur la montagne tire à sa fin. Après nous avoir fait jeter un coup d'ceil sur l'éclosion et le développement du nouveau devenir, Jésus nous a montré comment cette évolution intérieure produit une morale toute nouvelle, fait jaillir des profondeurs de l'être intime une vie personnelle originale, nous rend capables d'une conduite ferme et autonome, conforme à notre nouvelle orientation, et pose les fondements d'une vie eh commun dont nous ne pouvons encore que pressentir l'incomparable beauté. Il va nous indiquer enfin, avec une énergique insistance, ce que nous avons à faire pour parvenir à cette rénovation totale de notre être et de notre vie. Avant tout, il nous faut rester en mouvement.
« Demandez el l'on vous donnera : cherchez et vous trouverez : frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit ; quiconque cherche,
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trouve ; e* à celui qui Trappe, la porte s'ouvre. Lequel d'entre vous, lorsque son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre, ou quand il réclame du poisson, lui donnera un serpent? Si donc, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux, donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui le prient ! »
Plus les perspectives que Jésus nous ouvre s'éclairent à nos regards, plus elles nous transportent d'admiration, plus aussi il nous paraît inconcevable que d'un point de départ aussi imperceptible que notre recherche inquiète, nous puissions jamais atteindre ce but glorieux. La distance qui nous en sépare encore, les obstacles formidables qui se dressent devant nous. — car il n'y a rien qui ne puisse devenir un obstacle — dérobent toujours de nouveau à nos yeux la terre promise que nous avions entrevue. C'est pourquoi Jésus se penchant vers ceux qui, dans leur saisissement, osent à peine croire à la gloire pressentie, leur dit : Cela se fera très simplement : ce Demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et la porte s'ou vrira ». Puis, chose étrange au premier abord, il motive cette assurance catégorique en la répétant sous une autre forme : « Car quiconque demande, reçoit ; celui qui cherche, trouve; et la porte s'ouvre devant celui qui frappe. » Nous ne saurions voir dans cette répétition un développement oratoire qui serait tout à fait étranger à la manière de Jésus. Elle doit être l'expression d'une règle qui ne connaît pas d'exception d'une loi sur
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laquelle se fondent son exhortation et sa promesse : Demandez et il vous sera donné, car il est impossible que celui qui demande ne reçoive pas.
Mais cela ne lui suffit point encore. En comparant plus loin la conduite du père terrestre avec celle du Père céleste, il nous affirme que nous pouvons compter absolument sur l'effet de cette loi. dont le Père lui-même garantit l'accomplissement. En effet, si nous ne saurions nous-mêmes donner à nos enfants des pierres au lieu de pain, à plus forte raison notre Père, auprès duquel nous ne sommes tous que des méchants, nous donnera-t-il les choses bonnes auxquelles nous aspirons. Il est tout à fait impossible qu'il laisse ceux qui cherchent la vie véritable se repaître de ce qui ne répond pas réellement à leurs besoins : de leurs illusions, de l'espoir d'un au-delà, d'une croyance, d'une culture morale. La vie humaine réalisée dans la vérité deviendra sûrement leur partage.
Cette parole : « Quiconque demande reçoit », n'est donc pas un encouragement donné à l'aventure, une promesse sur laquelle on ne saurait compter en toute occasion « parce qu'elle n'a qu'une valeur générale », — ce qui a une valeur générale ne doit-il pas se vérifier précisément dans chaque cas particulier ? — mais bien une assurance absolue, reposant sur une loi de la vie — quiconque demande, obtient — et dont Dieu lui-même se porte garant . Cette loi est aussi positive que celle qui y correspond dans le monde physique : mange et tu seras rassasié, car quiconque mange apaise sa faim. Nous avons affaire, dans les deux cas, à des phénomènes conformes aux lois de la nature, à un en-
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chainement logique de cause à effet, et, dans l'un comme dans l'autre, c'est la puissance créatrice de toute vie qui répond du succès.
Le fait qu'il s'agit ici des phénomènes de l'évolution et de la vie personnelles, ne change rien à la chose. La vie spirituelle de l'homme est régie par certaines lois aussi bien que sa vie corporelle. Il faut nous en rendre compte, car les spéculations abstraites nous ont voilé jusqu'ici ces lois, en sorte que nous nous figurons volontiers que dans le domaine de la vie morale et de nos relations avec Dieu ne régnent ni l'ordre, ni la rigueur que nous trouvons dans la nature. Cette conception dualiste est erronée. Nous ne faisons droit à la déclaration de Jésus qu'en la comprenant et en l'admettant comme nous le ferions de cette affirmation : Jette ta pierre et elle tombera, car ce qu'on jette tombe.
Il faut la comprendre ainsi pour en mesurer toute la portée. Vous n'avez plus, déclare Jésus aux chercheurs, à vous mettre en peine des résultats; la nouvelle naissance, l'évolution véritable de l'être humain sont des processus naturels qui se produiront nécessairement si vous demandez, cherchez et frappez. Tout s'accomplira de soi-même, comme dans la nature. Vos aspirations, votre recherche, vos tentatives, vous mettent en contact avec la puissance de vie universelle et suscitent les conditions voulues pour que son énergie créatrice les réalise nécessairement. Elle n'évoquera point comme par magie des résultats impossibles, mais fera tout épanouir au fur et à mesure du possible. Tout mûrira graduellement et n'apparaîtra qu'en son temps. Mais le but sera certainement atteint. Les milliers d'années encore indis-