‹ Le sermon sur la montagneChapitre 8 sur 65 · I,A SIGNIFICATION IM SERMON SUR LA MONTAGNE -M · texte numérisé non relu

I,A SIGNIFICATION IM SERMON SUR LA MONTAGNE -M

prendre réellement qu'en les étudiant dans leur rapport avec cette situation.

Au moment où Jésus fut baptisé par Jean, il se fit en lui une sorte d'illumination : il prit conscience de sa position exceptionnelle au sein de l'humanité et de la mission qui lui incombait d'édifier le royaume de Dieu. Cette conviction l'envahit tout entier. En lui et par lui les promesses des prophètes et les aspirations de la foi israélite devaient devenir réalité. Le inonde ancien touchait à son terme ; un jour divin allait paraître, apportant la délivrance et l'accomplissement, une nouvelle alliance des coeurs avec le Très-Haut, une révélation de Dieu parmi son peuple, en sorte que «la terre fût remplie de sa connaissance, comme le fond de la mer des eaux qui le couvrent».

De quelle manière, sous quelle forme, ces choses devaient-elles se réaliser, selon la pensée de Jésus ? C'est une question que les théologiens débattent encore. Pour ma part, je ne puis croire qu'il se fît du royaume de Dieu et de sa venue, la représentation précise que les théologiens estiment pouvoir déduire de ses paroles et des idées religieuses de son temps. Tous ses concepts découlaient trop directement dune expérience originale et dune perception immédiate, pour qu'il en lut ainsi. Ils se maintenaient incessamment, de ce fait, dans le courant de la vie. du mouvement, du devenir: car c'est là le résultat certain du développement de la personnalité et de l'abondance de ses expériences quotidiennes, chez vvux du moins dont la vie jaillit directement d'une intuition spontanée. Preuve en sont, dans l'Evangile, les divergences et les contradictions nombreuses que les

3o INTRODUCTION

théoriciens les plus exercés ne réussissent point à concilier, en sorte qu'ils se voient obligés d'éhider ou de taxer d'interpolation tout ce qui ne cadre pas avec leur système. Ils semblent ignorer à quel point ces conflits de la conscience intime sont indispensables au développement spirituel.

A mon avis, de nombreux indices nous autorisent à conclure que tant que rien ne fit prévoir la catastrophe finale, Jésus se représenta l'avenir sous l'aspect que lui avait prêté le Second Esaïe. Mais l'histoire de la tentation me parait indiquer que. dès l'abord aussi, il entrevit d'autres perspectives et d'autres issues. Ce qui est le plus probable, c'est que sa pensée qui eut pour point de départ la prédication de Jean et sa conception du royaume de Dieu, ne tarda pas à se frayer sa propre voie. Fléchissant sous le poids de ses expériences intimes, il se sentit poussé dans la solitude du désert. Il avait besoin de se trouver en face de lui-même, et de se rendre compte de ce qui se passait en lui. Le récit des trois tentations qui l'assiégèrent alors, nous laisse entrevoir les alternatives qui s'offrirent à son esprit en vue de la réalisation de son dessein, et discerner la voie dans laquelle il s'engagea avec une certitude intérieure absolue. Telle est la situation qu'il ne faut point perdre de vue en étudiant le Sermon sur la montagne, car ce discours nous permet de le suivre pas à pas sur ce chemin nouveau.

« Le tentateur vint à lui et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, commande que ces pierres deviennent des pains. Mais Jésus repondit: Il est écrit : L'homme ne vif p;is

LA SIGNIFICATION DU SERMON SUR LA MONTAGNE Jl

seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Cette réponse affirme certainement l'une des lois fondamentales de l'organisation nouvelle de la vie. loi que Jésus proclamera sans cesse dans ses discours et que son attitude personnelle mettra constamment en lumière: l'homme n'est pas exclusivement le produit des conditions matérielles, du milieu, des événements ; il est une création de Dieu. C'est pourquoi il ne dépend pas uniquement du pain quotidien autour duquel se livre la lutte pour l'existence, mais, par l'essence de son être et dans les profondeurs de sa véritable vie, il appartient à un ordre supérieur. Quelque chose palpite en nous qui n'a pas besoin, pour prospérer et réaliser sa destinée, de tels ou tels biens temporels ou de circonstances déterminées ; et notre vie personnelle ne commence qu'à l'heure où nous secouons leur tyrannie pour exercer notre suprématie native.

Nous participons en quelque mesure à la souveraineté du Créateur sur les choses créées, c'est de notre relation avec lui qu'elle procède, c'est à son contact qu'elle grandit. Celui donc qui veut véritablement vivre doit tirer son énergie vitale de la vie divine qui se manifeste en tout et partout. L'homme ne vit pas des circonstances et des événements, mais de ce qui se cache derrière les circonstances et les événements, de ce qui s'exprime par eux. Car Dieu parle par toutes ces choses. Comprendre son langage, en vivre, c'est vivre au sens réel du mot.

Cette vérité qu'il appartient à l'avenir de proclamer, nous permet d'entrevoir dès maintenant le carac-

tère et le mode de développement de Tordre de choses nouveau que Jésus a inauguré. La vie humaine toute entière devra se fonder et s'édifier sur sa véritable base, et c'est dans la vie personnelle que cette révolution s'opérera, pour rayonner ensuite du dedans au dehors. « La semence, c'est la parole de Dieu. » Quand elle lèvera, elle transformera toutes choses.

Adopter ce principe, c'était repousser d'emblée une foule de procédés et de moyens qui s'offrent à quiconque se propose un but arrêté. Jésus voyait, sans aucun doute, dans la révolution qui devait se produire, non seulement un revirement opéré dans les cœurs par la réconciliation avec Dieu, mais une organisation nouvelle de la vie qui transformerait tout ce qui est humain, dans tous les domaines. Toutefois il acquit la conviction que sa tâche ne consistait pas à supprimer le malheur et la misère par des réformes ou par des miracles, mais que seules la constitution et l'action de la vie personnelle triompheraient des maux et des désordres extérieurs. Les circonstances ne font pas l'homme, mais l'homme les circonstances. Quelle que soit l'influence immense que l'établissement du royaume de Dieu doive exercer sur l'ensemble des conditions humaines, il n'est cependant pas une question de pain, mais une question de vie. La rénovation du monde, qu'il opérera, sera l'épanouissement fécond, le déploiement intégral de la vie personnelle, qui plonge ses racines dans le divin et qui en tire l'énergie, aussi bien que les lois, de sa croissance et de son activité.

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