‹ Le Séro-diagnostic de la Syphilis Son importance pour le diagnostic et le traitementChapitre 20 sur 26 · LE MALADE VIENT CONSULTER AU COURS DE SA SYPHILIS · texte numérisé non relu

LE MALADE VIENT CONSULTER AU COURS DE SA SYPHILIS

Le malade peut venir consulter dans deux cas très différents :

1) Ou bien il présente des lésions cutanées manifestes ;

2) Ou bien il n’a plus aucun accident et désire savoir s’il doit continuer à se soigner.

1° Le malade présente des lésions. — Le clinicien n’hésitera pas : il prescrira un traitement énergique.

Voici comment se comporte M. de Beurmann dans ces circonstances. 4

Qu'il s'agisse d'accidents secondaires ou tertiaires, il importe d’instiluer une thérapeutique intensive et pro-. longée, étant donnée l'anciemneté de l'affection.

Aussi M. de Beurmann ordonne-t-il après une cure énergique (néosalvarsan, galyl ou cyanure) une, deux et même trois séries d'huile grise, séparées par des intervalles de deux mois.

Bien entendu, tout examen de sang est jusqu’à présent inutile.

C'est seulement 3 à 4 mois après la dernière série d'huile grise que l’on fera une séro-réaction.

La conduite à tenir ultérieurement variera suivant ce que donnera le séro-diagnostic. Les diverses hypothèses ontélé envisagées plus haut ; etil n’y a rien à y changer.

Dans le service de la faculté de l'hôpital Saint-Louis, le traitement est variable suivant l’âge des lésions.

Lorsqu'il s’agit de secondarisme, c’est la thérapeutique habituelle au benzoate de mercure qui doit être employée régulièrement au moins pendant trois ans.

Mais si l’on a affaire à des manifestations tertiaires, le professeur associe l'iodure de RSR au benzoale de mercure.

I prescrit pendant au moins-2 ans des séries de traitement comprenant chaque mois:

10 piqûres de benzoate de mercure,

10 jours à l’iodure de potassium,

10 jours de repos, et ainsi de suite.

Le temps écoulé, on aura, comme il a été dit plus haut, recours à la séro-réaction et on se comportera d'après ses indications.

2° Le malade ne présente aucune lésion. — Le malade se traite depuis des mois, voire des années.

Quand pourra-t-il cesser toute thérapeutique ? N'’es til pas guéri ou du moins stérilisé ?

Cette question ne laisse pas que d’embarrasser le pralicien, et, il faut bien le reconnaitre, la clinique ne peut y répondre de façon précise. La syphilis, qui chez certains donne à peine signe de vie, malgré un traitement souvent manifestement insuffisant, peut garder sa virulence 15-20 ans et plus et délerminer à ce moment les lésions les plus graves.

Tous les syphiligraphes ont pu, au cours de leur carrière, observer des cas de ce genre. Aussi comprenait-on autrefois l’opinion de certains médecins qui voulaient que les anciens syphilitiques fussent continuellement sous l'influence du mercure ; ils devaient se soumettre toute leur vie à des cures de plus en plus espacées, de moins en moins actives, il est vrai, mais néanmoins ne jamais cesser le traitement aussi lontemps qu ie pouvaient supporter le médicament.

Actuellement, grâce à la séro-réaction, on peut adopter une ligne de conduite appropriée aux circonstances et émettre un avis qui sera toujours favorable au malade :

Soit que l’on poursuive le traitement (on évitera ainsi dans la mesure du possible les complications nerveuses, viscérales, sensorielles),

Soit que l'on arrête le traitement, et l'on rendra ainsi la sécurité complète au malade.

Voici comment procède M. le D' de Beurmann.

Lorsqu'un malade vient le consulter dans ces conditions, il fait faire une séro-réaction. Celle-ci est :

1° Soit négative,

2° Soit positive atlénuée.

(Il ne saurait y avoir de réaction complètement positive que dans les cas exceptionnels où le malade est en imminence de complication. Si ces faits se produisaient, il faudrait se comporter comme si le malade avait réellement une lésion sypbhilitique en évolution et le traiter énergiquement comme il a été dit plus haut.)

1° On a une réaction négalive. — On pourrait suivre la méthode décrite plus haut : faire revenir le malade à intervalles réguliers et pratiquer chaque fois une séroréaclion. ,

Mais il est préférable d’être fixé rapidement, et dans ces cas douteux, M. le D' de Beurmann essaye d'obtenir la réactivation de la réaclion suivant la technique de Milan.

Il fait pratiquer une injection intraveineüse de néosalvarsan (à dose moyenne) et quelques jours après un nouvel examen de sang.

Si la réaction demeure négative, on met le malade en observalion et l’on attend d’autres réactions pour se prononcer. |

Si la réaction est redevenue positive, c’est que la sté-

“rilisalion n'est pas complète, et l’on tombe dans le cas suivant,

2° On a une réaction posilive atténuée. — Il faudra alors poursuivre le traitement, sans tenir compte dé l’époque plus ou moins lointaine à laquelle remonte l'accident primitif, sans tabler non plus sur la bénignité plus ou moins grave des accidents observés précédemment.

En effet, ainsi que le faisait judicieusement observer le professeur Fournier (1), le clinicien ne peut pas parler de syphilis bénignes, il peut dire seulement : syphilis se manifestant par peu de symplômes culanés. Et ces syphilis, soi-disant légères, d'ordinaire insuffisamment traitées, donnent très souvent plus tard des accidents quaternaires.

On peut donc se rendre compte de toute l'importance que nous offre à considérer la séro-réaction,

Au point de vue de la thérapeutique à instituer, on peut se contenter d’un traitement moyennement actif, puisqu'il n’y a pas menace prochaine.

Ce traitement variera suivant les auteurs :

Pour M. de Beurmann, le médicament de choix, c’est l'huile grise. Il prescrit deux et même trois séries de 8 injections, séries séparées par des intervalles de deux à trois mois.

Dans le service du professeur Gaucher, on traite les malades par le benzoate de mercure et l’on prolonge Îe traitement six mois à un an.

Sous l'influence du mercure, que va devenir la séroréaction ?

1° Ou bien la réaction devient négative. Et nous avons

déjà insisté longuement sur la conduite à tenir;

(x) Fournier, Traitement de la syphilis.

OU

20 (Ju bien elle demeure positive atténuée. MM. Nico- Jas el Charlet déclarent (1) que dans 80 0/0 des cas la réaction n'est pas influencée par le traitement.

Ces chiffres paraissent fort exagérés ; en tout cas, ils n’indiquent qu'une seule chose que l’on connaissait déjà : à savoir que la guérison de la syphilis est exceptionnelle. La rareté des réinfections l'avait démontré.

Encore une fois, il ne faut pas confondre guérison et stérilisation.

Une réaction posilive atlénuée n'indique pas du tout que le malade va faire des accidents quaternaires, mais seulement qu'il peut y être exposé. Aussi dans le doute est-il préférable de recommander à tous les anciens syphilitiques qui ont une réaction positive atténuée de continuer à se soigner.

Mais dans ces formes traïînantes, il n’y a pas lieu de les soumettre à un traitement actif.

M. le Dr de Beurmann estime que même l'huile grise est inutile. Il prescrit volontiers à ces malaces du sirop de Gibert, deux ou trois mois dans l’année ou encore deux ou trois séries de piqûres d’hectine (une piqûre quotidienne pendant quinze jours). es

Quand ou utilise les sels solubles, on peut ordonner chaque année deux ou trois séries de benzoate de mercure.

Mais ce sur quoi il faut bien insister auprès de ces vieux spécifiques, c'est qu'ils vienneni faire faire leur séro-réaclion au moins deux fois par an.

(x) Bulletin de la Sociélé de dermatologie et de syphiligraphie, avril

LE us dar

Sr.

On peut ainsi se rendre compte de ce que devient leur réaction el si elle a tendance à se déplacer vers le positif (au début d'une arlérite spécifique par exemple ou d’une sclérose viscérale d’origine syphilitique),on pourra alors avec le plus grand profil pour eux instituer un traitement plus actif, qui permettra d'arrêter la lésion commençante. | Une réaction positive atténuée évolue souvent vers le «négalif: ceci a une importance toute spéciale et nous y insisterons longuement, lorsque nous traiterons du ma-

riage des syphilitiques.

Une réaction positive atténuée a une importance bien moindre s’il s’agit d'hérédosyphilis.

Chez les hérédosyphilitiques (nous en parlerons également plus loin à propos du mariage), la séro-réaction demeure presque constamment positive allénuée.

Néanmoins,comme ils peuvent être exposés, ainsi que dans la syphilis acquise, à tous les accidents nerveux, viscéraux, vasculaires, sensoriels, il est bon qu'ils se lraitent régulièrement.

La thérapeutique à instituer est la même que pour les vieux spécifiques (V. plus haut).

La séro-réaction sera pratiquée une fois par an seule-

ment.

Pour terminer ce qui a trait à la syphilis proprement dite, nous allons maintenant citer quelques exemples qui confirmeront tout ce qui précède. Plusieurs des cas observés ont élé vus par M Sabouraud à la consultation et il a procédé à la séro-réaction dans son laboratoire ; les trois premières observations sont personnelles et ont

Ce

été prises dans le service de nofre maître, le docteur de Beurmann.

O8s. 40.-- Mile X... est une hérédosyphilitique âgée de 7 ans et demi. Elle a présenté autrefois des lésions nasales (affaissement de la racine du nez) et elle a été traitée énergiquement à l’aide de plusieurs cures mercurielles. Après un repos de plusieurs mois, la mère l'amène dans le service, afin qu'on lui délivre un certificat comme quoi l'enfant n'est pas contagieuse.

Cette formalité est secondaire. Ce qu'il importe avant tout, c'est de savoir si l'affection est arrêtée et s’il faut ou non traiter l'enfant ; et si oui, savoir quelle thérapeutique plus ou ” moins aclive instiluer.

Cliniquement l'enfant ne se plaint de rien, n’a aucun trouble apparent.

La réaction donne:

ÉN RR e 0 Au Desmouliere SM ES MES 0 La syphilis est donc encore en pleine activité et pour la juguler il faut faire un traitement énergique, sous peine des plus graves complications.

La petite malade est mise au néosalvarsan, à doses faibles bien entendu. Les résultats sont excellents, tant au point de vue général que local.

O8s. 41. — Mme X..., âgée de 40 ans, dit avoir eu autrefois la syphilis : notamment elle aurait eu une roséole il y a 10 ans.

Actuellement elle présente deux placards de syphilis ulcéreuse. Elant donnée l'ancienneté de l'affection, et dans le but d'établir une thérapeulique rationnelle, on pratique une séroréaction pour savoir si sa syphilis est toujours virulente,

La séro-réaction donne :

LR CON OR EM TIPREX et ERP 0 Aubesméenière. Le =, 0.7. 0 La malade est mise au galyl et au bout de quelques piqûres, les lésions sont complètement cicatrisées.

O8s. 42. — Mme X..., âgée de 43 ans, a eu jadis la syphilis. Actuellement, elle est atteinte au niveau du coude gauche d'une vasle lésion comprenant plusieurs ulcérations et se compliquant de Iymphangite, d'œdème de l’avant-bras et de la main.

Au premier abord, l'affection paraît beaucoup plus sévère que celle de l'observation 2; mais si la syphilis est à la base, il y a manifestement association microbienne. Et il est nécessaire de savoir quelle part revient à la spécificité, puisque elle seule est intéressée par le traitement.

La séro-réaction donne :

PCA IOIE ER me nie Aie at 05 ee 3 AUPDCSMOUNÉrE ES Tara 1 La séro-réaction est moins positive que dans l'observalion précédente. Néanmoins la malade est traitée par le galyl, et à partir de la troisième et surtout de la quatrième piqre, on constate une amélioralion notable.

O8s. 4%. — M. X... a eu la syphilis ilya 10 ans et a été traité régulièrement. Actuellement il n’a plus aucun signe objectif et demande s’il n'est pas stérilisé.

La séro-réaction donne:

RTE AS SEANCES RE 5) Au Desmoulière. .:.: 1.114121. 3 Done la syphilis n’est pas encore éteinte; le malade

doit continuer à se traiter.

Sr pee

O8s. 44. — M. X... est alteint d’une lésion à la gorge qui dale de trois mois et pense à la possibilité d’une manifestation syphililique, bien qu'il ait été traité pour sa syphilis par de l’arsénobenzol notamment.

La séro-réaction donne :

AUSOTES ER Re EE SRE 0 Au Desmoulières : -.. « 2. 0 Sa syphilis est toujours en pleine évolution et néces-

site un lraitement énergique.

O8s. 45. — Mme X.. a eu la syphilisil y a 12 ans : elle a subi à diverses reprises une thérapeutique très active. Elle désire maintenant savoir si elle est stérilisée, et si elle n’a plus à craindre aucune complication dans un avenir plus ou moins éloigné.

La séro-réaction donne:

ARTOIE. MERS CS RARES à) Au Desmoulière. + à: : . 4 Réaction positive très atténuée, nécessitant pourtant une prolongation de traitement. Un nouveau séro-diagaostic devra être fait ultérieurement.

O8s. 46. — Mme X... a eu la syphilis il y a 5 ans et s’est traitée sérieusement. Elle vient consulter M. Sabouraud pour des plaques au niveau des lèvres et se demande s'il s'agit d’une nouvelle manifestation syphilitique.

Le fait est d'autant plus important à élucider que la question contagion doit entrer en ligne de compte.

La séro-réaction donne :

Au foie. ° . « * “ 4 ô [] + 0 Au Desmoulière. = "mme 0

Donc syphilis en pleine évolution.

Il est inutile de multiplier les exemples.

B. — Séro-réaction et mariage du syphilitique.

Ün syphiligraphe est continuellement consulté pour les queslions suivantes :

Puis-je me marier sans crainte de contaminer ma femme ?

Puis-je avoir des enfants sains ?

Comment faire allaiter les enfants ?

Nous allons tout d’abord envisager le problème du mariage. s

Ce sujet est très délicat, et bien souvent le clinicien hésite.

Le professeur Fournier, dont la compétence en pareille matière fait loi, permettait à un ancien syphilitique de se marier quatre ans au moins après la dernière manifestation cutanée (1).

Il affirmait que dans la très grande majorité des cas, un homme qui se mariait ainsi devait procréer des enfants sains ; et cependant, si on le poussait à fond et si on lui demandait si dans ces conditions il donnerait sa fille à un gendre syphilitique, il répondait carrément non : car il y a toujours un aléa, et un aléa terrible chez un ancien spécifique soi-disant guéri.

La question n’était donc pas au point. Or la séroréaction est venue apporter des précisions el permettre d'arriver ordinairement à la solution appropriée.

(1) Fournier, loc. cil.

Perrin 5

En effet, ainsi que nous le disions plus haut, on ne peut établir une règle univoque. Retarder le mariage d’un syphilitique rapidement stérilisé peut avoir les plus graves inconvénients au point de vue familial et social ; mais d'autre part permettre prématurément le mariage à un individu non stérilisé est tout aussi gros de conséquences.

Mais alors que faire ?

Voyons comment le D' de Beurmann résout le problème. Et tout d'abord la conduite du clinicien diffère suivant :

Qu'il a vu le malade au début de sa syphilis ;

Ou qu’il l’a consulté au cours de celle-ci.

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