C. — Séro-réaction et grossesse
Si, ainsi que nous venons de le voir, le rôle de la séro réaction est de Loute première imporlance au point de vue mariage, 1l est au contraire bien effacé et indirect dans la question grossesse.
La femme d'un ancien syphilitique doit-elle se soigner ?
Le problème était-déjà à pea près résolu avant la découverte de la séro-réaction et celle-ci n’a apporté que quelques légères précisions.
L'expérience clinique avait déjà montré depuis longtemps qu'un mari syphilitique, en apparence bien portant, peut, sans contaminer directement sa femme, lui communiquer la maladie, puisque d’une part, lorsque la grossesse arrive à terme, l'épouse donne souvent le jour à un hérédo-syphilitique, et que d'autre part, si elle allaite son enfant malade, elle ne présente aucune manifestation cutanée (loi de Colles).
Cela ne veut pas dire qu’un vieux spécifique ne peut procréer que des enfants tarés. La syphilis ayant lendance à s’atténuer avec le temps, lorsque le mari s’est suffisamment soigné et que l'accident initial remonte à une période relativement éloignée, il y a naissance d'en-
fant sain; et l’on en est d'autant plus assuré que l'on soigne la femme au cours de sa grossesse: aussi les anciens syphiligraphes prescrivaient-ils systématiquement des cures mercurielles chez les femmes enceintes.
Il y avait là évidemment un abus, et d'autant plus dangereux qu'un traitement sans raison apparente pouvait éveiller la défiance de l’épouse. Et puis cette méthode univoque était imprécise ; jusqu’à quelle grossesse fallait-il poursuivre le traitement ?
La séro-réaclion précisément a permis d'élucider ces divers points en litige ; grâce à elle on sait :
1) Si l’on doil soigner la femme enceinte ou non.
2) Quel traitement instiluer. Car suivant les cas, qui dépendent de la réaction plus ou moins positive du mari, on soumettra la femme à une thérapeutique plus ou moins active.
3) On pourra enfin établir jusqu’à un certain point un pronostic au sujet de la naissance de l'enfant. |
D'après les résultats que fournit la séro-réaction du mari on pourra établir les règles de conduite suivantes :
a) Un mari dont la réaction est négative de façon constante n’a pas besoin de faire trailer sa femme.
Il est stérilisé et procréera des enfants sains.
Quelle tranquillité d'esprit que cette certitude de ne faire courir aucun risque à l'enfant qui va naître !
De plus il n'aura pas à craindre des questions indiscrètes de la part de sa compagne et la paix du ménage ne sera pas troublée de ce fait.
b) Par contre lorsque le mari a une séro-réaction positive atténuée, la femme enceinte devra toujours être traitée.
Mais ce traitement variera suivant les cas.
7) Lorsque la réaction du mari sera très voisine du posilif, que l’on aura par exemple :
Au foie , NP RD ER at 5) ARESMmOUNEre, =. > 2 (et alors le mariage a été ordinairement conclu contre l'avis formel du médecin), il faut pratiquer une thérapeutique énergique et prolongée. Il n’y a pas lieu de décrire ici les diverses méthodes que l'on peut suivre ; nous en avons suffisamment parlé ailleurs.
Mais en dépit d'un traitement paternel et maternel actif, il y a souvent soit avortement, soit naissance d’un hérédo-syphilitique. Aussi la simple probité commandait-elle à l’homme, au moment du mariage, d’avertir ses futurs beaux-parents ; ceux-ci, ayant passé outre, pourront obtenir de leur fille qu’elle se soumette à une cure intensive sans que pour cela elle soit renseignée, et le nouveau foyer ne sera pas brisé par des découvertes malheureuses.
8) Mais si la séro-réaction du mari es{ voisine du négatif, si l’on a par exemple comme cela devrait être :
INTRA N A EEUr A 9 on 6 Aubesmoutère:. er 2700 4oup la femme n’a pas besoin de subir un traitement actif.
On pourrait même à la rigueur s’abstenir de toute cure, et si l’on en prescrit une, c'est uniquernent par prudence. Dans ces circonstances, il sera beaucoup plus facile de céler le but d’une thérapeutique qui pourrait paraître intempestive. ;
Quant à l'enfant à venir, on n'a guère d'inquiétude à avoir à son sujet ; il naîtra habituellement sain.
Ve
On voit donc par tout ce qui précède que la séro-réaction, par les certitudes qu’elle apporte, peut rendre des services dans cette question grossesse.
D. —-- Séro-réaction et allaitement.
La séro-réaction, au sujet de l'allaitement, joue ou du moins devrait jouer (si elle était pratiquée) un rôle extrémement important. Elle permettrait en effet d'éviter des erreurs funestes el supprimerait des discussions pénibles, des tentatives de chantage ; grâce à elle, serait assurée de façon à peu près certaine la protection de la nourrice et de l'enfant.
Dès 1877, le professeur Fournier faisait à l'hôpital Lourcine une lecon magistrale sur les nourrices et les nourrissons spécifiques. [Il envisageait successivement la conduite à tenir dans les cas suivants : Nourrisson infecté, nourrice encore saine — nourrisson syphilitique et nourrice infectée par lui — nourrice saine et nourrisson pouvant être hérédo-syphilitique — nourrice en état d’incubalion syphilitique — nourrice infectée et nourrisson paraissant encore indemne, et s’étendait sur les sanctions que la loi pouvait fournir.
Dix ans plus tard, on a discuté devant l’Académie de médecine la prophylaxie des contagiens syphilitiques par l'allaitement. Puis un Congrès de médecine légale tenu à Paris en août 1889 a été saisi de la même question; sous la motion: syphilis des nourrices.
Enfin la Société française de prophylaxie, présidée par le professeur Fournier, s’est occupée à diverses reprises
de la protection des nourrices et des nourrissons contre la syphilis. Elle a émis une série de vœux la plupart des plus légitimes, mais dont Les pouvoirs publics n'ont malheureusement pas voulu jusqu’à présent tenir compte.
Nous allons étudier ces vœux en commençant par deux d’entre eux qui peuvent être critiqués à plus d’un titre, et nous verrons ensuite comment la découverte de la séro-réaction donnerait à l’application de ces desiderata une puissance inconnue.
La Société de prophylaxie après une longue discussion avait admis que, en vue de préserver la nourrice contre toute surprise, le père devait fournir une déclaration affirmant sous sa responsabilité personnelle qu’il n’avait jamais contracté la syphilis et un certificat mentionnant les résultats d’un examen spécial fait par un médecin (la même motion touchant la mère n’a été repoussée qu'à une faible majorité).
Ce vœu, s’il avait été sanctionné par une loi, se serait heurté à des difficultés insurmontables : il a en effet contre lui une foule d’objections. Les voici brièvement résumées :
Tout d’abord il convient de faire remarquer que la paternité est souvent chose douteuse ; le vrai père n’est pas toujours le père légal et dans ce cas le vœu de la Société de prophylaxie ne sert à rien.
De même, quesignifie ce vœu dans les circonstances “multiples où l'enfant est né de père inconnu (et nous n’envisageons pas ici les enfants assistés). |
Mais en supposant qu'il y ait un père légal et que ce soit le vrai père, les desiderata de la Société n'en seront
pas davantage remplis.
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En effet, si l'on veut obliger le père à déclarer qu'il a eu la syphilis, il le niera toujours, et quand bien même il y aurait des sanctions sévères, il ne tomberait jamais sous le coup de la loi. car aucune enquête ne peut établir sa culpabilité, à moins de porter atteinte au secret professionnel du médecin, qui seul connaît la vérité ; d’ailleurs les mesures coercitives n’ont et n’auront jamais
d'effet.
Quant à vouloir faire examiner le père par un médecin
commis spécialement dans ce but, cet examen n'aurait
aucune valeur, car il existe de très nombreuses syphilis
latentes, et d'autre part dans les syphilis ordinaires les périodes de latence sont la règle.
Ilest vrai que, actuellement, grâce à la séro-réaction, on pourrait connaître la vérité, mais cela ne prouverait rien. On sait, en effet, qu’un ancien syphilitique peut procréer des enfants sains, et il serait criminel, si la mère ne peut allaiter, de les priver des soins indispensables d’une nourrice mercenaire, sous le prétexte que le père a eu autrefois la syphilis.
Ces restrictions faites, on ne saurait trop louer la So-
ciété de prophylaxie de l’admirable labeur qu’elle a fourni et des remarquables décisions qu’elle a prises. Il serait à souhaiter vivement que ses desiderata fussent connus partout et mis universellement en pratique.
Et tout d’abord cette déclaration de principe : « Toute personne qui met sciemment en contact une nourrice saine avec un enfant syphilitique ou inversement commet un acte coupable que la loi doit atteindre. »
Puis toutes les mesures en faveur de la préservation des nourrices : |
1° « Il incombe au médecin, et lui seul a compétence en l’espèce, de déterminer si dans certaines conditions un enfant issu de souche syphilitique peut être confié à une nourrice saine. |
Il convient en outre au praticien :
2° De recommander tout ce qui favorise l’allaitement maternel. » On ne saurait trop insister sur cette mesure : c'est pour la mère une vérilable obligation de nourrir son enfant. -
3° « De faire connaître les dangers de la syphilis et son mode de transmission par l'allaitement.
4 D'instituer le traitement prophylactique de l’hérédosyphilis avant la procréalion et pendant la grossesse (Voir le chapitre précédent).
9° D’avertir du danger que les enfants peuvent constituer pour tout autre sein que le sein maternel.
6° Enfin de faire produire un certificat médical établissant que l'enfant n’est atleint d'aucune maladie contagieuse. »
Voici maintenant ce qui a trait à la protection des nourrices :
«x) Toute nourrice sur lieu qui vient de quitter sa place est astreinte, pour être autorisée à un nouvel allaitement, à produire un certificat médical attestant que son nourrisson n’a été affecté d'aucune maladie contagieuse.
8) La nourrice qui ne sera pas munie de ce certificat pourra y suppléer par une attestation médicale de son immunité, deux mois après le jour où elle aurait été séparée de son nourrisson.
7) Toute personne qui prend dans un bureau de place-
ra)
ment une nourrice au sein accepte l'obligation de lui fournir au moment où elle quittera sa place un certificat attestant que l’enfant allaité par elle n’était atteint d’aucune maladie contagieuse. »
Toutes ces décisions sont, nous le répétôns, excellentes, néanmoins il y a dans tout ce travail deux grosses lacunes que la clinique était d’ailleurs impuissante à combler.
Comment en effet reconnaître :
D'une part qu’une nourrice n’est pas atteinte de syphilis latente ;
Et d'autre part comment savoir si un enfant né de père syphilitique, et en apparence sain pour le moment, ne présentera pas quinze jours, trois semaines après sa naissance des stigmates d’hérédo-syphilis. À
Eh bien la séro-réaction est venue apporter, dans ces deux questions, une certitude presque absolue.
Sans doute l'idéal serait de ne pas avoir ces problèmes à discuter, et pour cela chaque mère devrait se décider à comprendre ses devoirs et à nourrir ses enfants. Mais bien au contraire, à mesure que la civilisation et le bienêtre augmentent, la femme tend de plus en plus à s’extérioriser du foyer el à confier son enfant dès sa naissance à des soins mercenaires, sans se rendre compte qu’il sera presque toujours profondément malheureux.
Cependant toutes les mères n’ont pas la santé suffisante pour allaiter leurs enfants ; et d'autre part il existe toute une catégorie d'enfants abandonnés, nous voulons parler des enfants assistés. Comment, dans ces circonstances où il est indispensable de recourir aux bons soins d’une
maine
nourrice mercenaire, assurer à la fois la protection de la nourrice et du nourrisson contre une contamination toujours possible de part et d'autre.
La syphilis sera aisément décelée par la séro-réaction .
La réaction faite sur le père ou la mère n’a en vérilé pas grande valeur ; mais il n’en est plus ainsi si l’on pratique l’examen du sang de l'enfant ou de la nourrice.
Etudions avec quelques détails chacun de ces deux Cas :
1° Protection de l'enfant (séro-réaction de la nourrice). — La mère ne pouvant, pour une raison valable, allaiter son enfant, on cherche une nourrice mercenaire. Car l’ailaitement artificiel est désastreux ; l'élevage au biberon met le nourrisson en état de moindre résistance et lui permet rarement de lutter victorieusement contre les diverses affections qui le menacent, notamment la gastro-entérite. La mortalité infantile est surtout élevée chez les enfants privés du sein maternel ou mercenaire.
Donc on prendra une nourrice ; mais celle-ci, qui a une tâche si importante à remplir, n'est-elle pas atteinte de syphilis latente ?
Pour le savoir, on pratique une séro-réaction.
Les renseignements fournis par l’examen pourront être variables :
«) Ou bien la réaction sera complètement positive,
donnant :
IR IOTOS RUES rue nl US 0 AB BeaioOnEerer es SR io 0
Ce résultat annonce l’éclosion prochaine de manifes-
tations syphilitiques et se passe de tout commentaire.
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PROD ES
8) La réaction pourra être positive allénuée. Un aura : Aid fdie ROBE RE SRE RO Au Déemouliète HEAR PME: 3 ou 4
Dans ces cas, il ne faut pas engager la nourrice.
7) Enfin la réaction sera négative, donnant :
Autoleci Eee PME AFRO Au-Desmoulièére <eneem 6 ou 8 lei, contrairement à ce qui se passe lorsque la syphilis est certaine, une seule séro-réaction négative est un signe de la plus haute valeur, surtout si, ainsi que nous l’avons déclaré dans la première partie'de ce travail, on associe la cliniqué au laboratoire: c’est-à-dire, dans le cas présent, si, après un examen des plus minulieux, la nourrice ne présente aucune manifestation syphilitique, et si, d'autre part, elle possède les certificats dontil a été parlé précédemment.
On peut dans ces conditions confier sans crainte son
enfant à une nourrice mercenaire.
- Et cependant, il faut bien le reconnaître, on n'a pas une certitude absolue d'immunité ; il peut se fairé que le nourrisson soil ultérieurement contaminé. Cela se voit lorsque la nourrice est dans la période d'incubation dela syphilis, car la séro-réaction ne peut donner de résultats que quinze jours-trois semaines (Sabouraud) après l'apparition du chancre et c’est alors trop tard.
Ge sont Ià, avouons-le, des circonstances exception-
nelles, mais qui néanmoins peuvent se rencontrer ; ek cette possibilité d'infection, il faut bien insister sur ce
point, n'est nullement à redouter lorsqu'il s’agit d’allaitement maternel.
2* Protection de la nourrice (séro-réaction du nourrisson). — L'homme, dans son égoïsme, s’est beaucoup occupé de la préservation de sa descendance : aussi a-t-on édicté une foule de lois et de mesures, certaines même vexatoires contre la nourrice.
C’est l’intruse que l’on introduit à son foyer, l’ennemie possible, et l’on a pris contre elle de multiples précautions : visites médicales avec certificats obligatoires, examen approfondi, interrogatoire minutieux et enquêtes souvent peu discrètes sur les membres de sa famille, etc,
La société est bien armée contre la salariée, mais le contraire n'existe pas, et parfois il s’est trouvé des pères peu scrupuleux qui n’ont pas craint de confier à une nourrice saine un enfant qu'ils savaient manifestement malade.
Ce crime (car c’en est un, bien qu’il ne tombe pas directement sous le coup de la loi) a une influence désastreuse : non pas seulement en ce qui concerne la nourrice qui se contamine ainsi et peut ensuite transmettre la maladie aux siens: mais encore vis-à-vis de la société, puisque celle femme, mal renseignée et que l’on s'ingénie d’ailleurs à tromper.en se replaçant dans d’autres familles devient un agent actif de la dissémination de la syphilis.
Il y a donc actuellement peu de moyens pour défendre la nourrice contre un nourrisson suspect. La Société de prophylaxie a bien émis des vœux pour la protéger, mais ils sont restés jusqu'à présent lettre morte.
Eh bien, si la séro-réaction était pratiquée systématrquement dans tous les cas douteux, les nourrices évite-
raient sûrement d’être contaminées,