ALGIES
En 1929, à Cuba, piqué par une tarentule, un lépreux voit sa souffrance apaisée. Saisi de cette curieuse observation, le D' MONAELESSER, de New-York, tente de traiter par les venins les algies rebelles. En attendant de voir cette étude clinique, notons les recherches expérimentales faites à ce sujet :
A) PARTIE EXPERIMENTALE
Ici, les travaux sont peu nombreux. Ils ont succédé aux recherches cliniques. Nous signalerons simplement l’action du venin de Cobra sur le seuil de la douleur étudiée par MACHT, en 1935, sur le cobaye. Ce dernier reçoit des excitations électriques d’intensité variable. Le pouvoir analgésique s’affirme et se révèle comparable à celui de la morphine. En 1936, Davin, MaAcHT, HiLAH et BRYAN concluent que « le venin de Cobra ne produit une action inhibitrice sur le processus d’autoxydation de la substance cérébrale qu'après un contact prolongé. L'action, ainsi réalisée, ést de durée beaucoup plus longue que celle obtenue avec la morphine. Ces effets sont comparables à ceux qu’on observe en clinique dans l’action analgésique de ces deux poisons ».
B) PARTIE CLINIQUE
Les travaux, ici, sont primordiaux., Le D' MoNAELESSER vient à Paris travailler à l’Institut Pasteur sous la direction du Professeur CALMETTE. Sur son conseil, avec son collaborateur le D''TAGUET, il utilise le venin de Cobra, riche en neurotoxine. La solution employée, très faible, titre 1/80.000°.
MM. LaIGNEL-LAVASTINE et KORESSIOS poursuivent des recherches analogues. Le 24 février 1933, ils publient six observations relatives à des douleurs 'paroxystiques de néoplasiques. Une dose assez élevée de venin de Cobra, 1/10° de mg, a la faculté de soulager ces malades. Le 14 mars 1933, le Professeur GOSsET présente à l’Académie de Médecine, au nom de MM. MONAELESSER et TAGuET, 115 observations d’algies cancéreuses traitées par le venin de Cobra. Ils notent une sédation très marquée chez la majorité des sujets, seules les lésions trop avancées ou des tumeurs spéciales ne semblent tirer aucun bénéfice de cette méthode nouvelle.
Le Serpent serait-il doué d’un pouvoir analgésique ?
En novembre 1933, PrroN communique le cas d’un cancer du colon favorablement traité par le « bouillon de peaux de Vipères ». Vu l'originalité de cette préparation, nous nous proposons de l’étudier plus amplement dans un de nos prochains chapitres ; nous limiterons ici notre exposé au venin de Cobra, dont l'importance croissante ne sera que plus en relief.
Le venin de Cobra, dès lors, ne va cesser de tenir le Corps médical en éveil. Les recherches seront l’objet de nombreuses thèses où observations sur observations s’accumuleront.
Le venin de Cobra agit-il ? Son action analgésique est positive. Parmi tant d’autres, nous citerons à l'appui les exemples puisés dans la thèse d’un de nos compatriotes, le D'° MIFFRE, de Martel (Lot) :
Observation (Centre anti-cancéreux de Toulouse). — « S.…, 24 ans : Sarcome fibro-blastique du cou. Le 26 janvier 1934, le malade accuse des douleurs lancinantes qui s’irradient au cou, à l'épaule et dans tout le membre supérieur gauche. Douze séances de radiothérapie sont pratiquées et font diminuer momentanément le volume de la tumeur, sans influencer les douleurs.
Du 1‘ juin au 16 juillet, 10 injections sous-cutanées de cobratoxine furent faites dans la région sus-épineuse.
Trois de 5 US.
Sept de 10 Us.
La première injection provoque une recrudescence des douleurs qui diminuent dès la troisième piqûre pour disparaître complètement après la quatrième.
Malheureusement, la tumeur cervicale ne cessa de s’accroitre et l’état général s’aggrava de jour en jour.
Le malade mourut, le 22 juillet, soit soixante-deux jours après le début du traitement par la cobratoxine. Les douleurs n’avaient pas reparu.