‹ Le Serpent en Matière MédicaleChapitre 24 sur 60 · PARTIE EXPERIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPERIMENTALE

Déjà, en 1925, Rorro et BARBURA signalaient l’activation du venin de Naja tripudians par le sérum des porteurs de tumeurs. Et, c’est en juillet 1933 que MM. CALMETTE, SAENZ et CoSTIL publient les résultats des premières expériences tentées chez l’animal. Ainsi des souris greffées à la mamelle, à partir d’une souche de cancer très virulente et mortelle pour les témoins, guérissent par des injections intratumorales de 0 mg. 001 de venin de Cobra pratiquées toutes les quarante-huit heures.

L'adénocarcinome spontané de la mamelle guérit lui aussi.

En 1934, MM. VELLARD, PENNA, VIANNA communiquent aux comptes rendus de l’Académie des Sciences que les venins de Lachesis et de Naja peuvent agir sur les greffes cancéreuses ccujenctivales. Les Lachesis ont une action plus marquée. Ces deux venins présentent des propriétés protéolytiques. Ces

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auteurs soulignent « que la dose nécrosante in vivo coincide avec la dose minima protéolytique in vitro ; l’action nécrosante sur ces tumeurs dépasse peu le point d'injection ».

A la même époque, DumaTras présente à la Société de Pathologie comparée une observation du D' Vétérinaire FOURNEAU, où le traitement au venin de Cobra a particulièrement réussi.

Il s’agit d’une chienne fox-terrier, présentant un volumineux cancer de la mamelle, ulcéré depuis plusieurs mois ; l’ulcère était d’aspect sanieux et il existait un volumineux ganglion inguinal induré.

L'animal reçut respectivement les 2, 7, 10 et 14 juin 1/5° de

em de venin pur de Cobra, titré à 100 U.S. par centimètre cube et dilué dans 1 em de sér um, puis 1/3 de cm’, puis 2/3 de cm° et enfin 1/2 cm° dans la masse tumorale et 1/2 cm* au-dessous de celle-ci. En même temps, on applique quotidiennement sur l’ulcère des compresses imbibées de venin pur, du 2 au 17 juin.

Dès le 7 juin, l’ulcère, tout en gardant la même surface, commençait à bourgeonner légèrement, le ganglion avait presque disparu. Le 17 juin, la tumeur était devenue grosse comme une noix, les ganglions n'étaient plus palpables. Le 20 juin, on pratiquait l’exérèse de la masse néoplasique et on mettait des compresses imbibées de venin sur la plaie opératoire. Le 24 juin, on enlevait les crins.

Lors. de la date de la communication de M. DuMaTrAs, la chienne était en parfait état de santé, la cicatrice était invisible et on ne notait la présence d'aucune tumeur ni ganglions, si minimes fussent-ils.

En mai 1935, le Professeur MAIGNON signale à la Revue de Pathologie comparée l’expérimentation du venin de Cobra, à Alfort, sur une tumeur cancéreuse de la paroi abdominale d’une chienne fox-térrier. L'amélioration (effet calmant sur la douleur, diminution du volume de la tumeur et des ganglions)

a été passagère.

D’autres essais ont été réalisés, ainsi MM. GRASSET et LIGNE- Ris ont étudié l’action du venin de Cobra et de Vipère sur le sarcome de Rous chez la poule.

Les résultats n’ont pas toujours été constants, ces auteurs concluent « à la non spécificité de l’action de ces venins utilisés sur la tumeur de Rous in vivo ou in vitro ».

Enfin, des expériences ont été réalisées chez deux chèvres angora et un cheval porteurs de tumeurs mélanotiques spon-

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tanées. Les injections locales répétées de venin ou d’anavenin de Cobra, au cours de plusieurs mois, ont conduit à des régressions très sensibles qui ne se sont pas maintenues.

Le mystère existe encore, l’action du venin de Cobra n’est pas élucidée.

En 1935, MM. KAROTCHKIN et SPies signalent l’action nettement destructive du venin de Cobra sur le sarcome expérimental de rat. Cette action est uniquement locale et laisse les autres cellules voisines se développer à un rythme rapide.

Nous savons que les tumeurs sont rares chez les espèces venimeuses, Si M. PATAY relate le cas d’un épithelioma du rein chez le Tropidonotus natrix, M. PEYRON communique que lautopsie de 4.000 vipères n’a pas révélé l’existence de tumeurs.

MaAcHT attire lattention sur l’action retardatrice des venins de Crotalus et de Naja sur la croissance du lupinus albus.

Et MM. RosE et BERTHELOT (1939) ont réussi à produire des tumeurs expérimentales chez les végétaux supérieurs par inoculation de venin de Naja tripudians. Ce fait nous semble asez curieux.

Peut-être les recherches relatives à l’action du venin de Cobra sur le Saccharomyces cerevisiæ de MM. TAGUET, ROUSSEAU, DumaTrAs (1933) orienteront vers de nouvelles hypothèses. Lei, le venin n’exerce pas de pouvoir cytotoxique mais seul un pouvoir inhibant. Un jour, la thérapeutique pourra-t-elle bénéficier du bienfait du venin sur les tumeurs ?

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